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 Departure at Dawn | Thomas Chartier

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MessageSujet: Departure at Dawn | Thomas Chartier   Sam 3 Déc - 20:16

' Where are you going, young man ? '
« ... Je ne sais pas... »


Je suis, le jour, cette ombre qui hante vos rues,
Et qui, le regard fuyant, semble un peu perdue.

Légèrement bronzée, ma peau semble charmante,
Et si mes cheveux sombres ne le cachaient pas,
Mon minois pourrait paraître comme cela,
Outre les marques d'une fatigue insistante.

Au fin fond de mes yeux azurés : la Tristesse.
Mon corps n'aspire plus qu'à la mélancolie,
Regardez-le donc avancer, ainsi fléchi,
Rongé par le mépris, en proie à la détresse.

N'approchez donc pas trop ce farouche animal,
Car son hérésie pourrait vous être fatale.


« J'ai vu un Fantôme... »


La porte grinça désagréablement jusqu'à claquer sèchement, et un bruit de bottes boueuses sur le plancher, terni à force d'être lavé, se fit entendre à un rythme presque régulier. Le silence paraissait pesant alors que la femme restait insensible à l'arrivée du mari qui déjà, tirait une chaise de bois pour s'y laisser tomber lourdement après un dur labeur qui l'avait occupé toute la nuit durant. L'horloge tinta sept coups et la femme ne délaissa par pour autant le verre qu'elle essuyait jusqu'alors.

Mme. Legrand : « Tu rentres tôt, aujourd'hui. »
M. Legrand : « J... J'ai vu un fantôme... »
Mme. Legrand : « Hm ? »

Le couinement répétitif du torchon contre le verre cessa à ces propos et alors que l'horloge sonnait pour la seconde fois, la femme délaissa enfin sa vaisselle pour faire face à l'homme qui l'avait épousé, vingt années plus tôt.

Mme. Legrand : « Tu as encore trop bu ? »
M. Legrand : « Non ! »

La femme était sceptique et l'homme s'évertuait à défendre son point de vue. Il est vrai qu'en dépit de tous ses efforts, sa figure rougeaude, presque grotesque, n'aidait en rien sa femme à le croire. Il avait pris pour habitude de boire excessivement depuis bien des années après tout, et elle ne se formalisait plus des histoires rocambolesques qu'il pouvait bien lui conter, même si cette fois-ci, chose qu'elle ne s'avouait pas, il faisait preuve d'une très grande imagination en dépit de l'alcool embrumant supposément son esprit de bon matin.

M. Legrand : « Tu ne l'as pas vu, toi ! »

La femme resta impassible malgré l'engouement de son mari. Il ne se découragea pourtant pas.

M. Legrand : « Je revenais tout juste du travail, et je comptais bien me rendre dans le centre avant de venir ici, quand je l'ai vu. La lune, pleine et majestueuse, était prête à se coucher face aux lueurs du jour frôlant à peine l'horizon et une légère brume maculait encore les ruelles endormies de la belle Paris. Étrangement, il n'y avait encore personne dans les rues et le silence régnait en maître. C'est alors qu'il a croisé mon chemin. Il s'est difficilement extirpé d'une ruelle étroite et glauque. Son corps se penchait naturellement en avant et il avançait avec peine, trainant des pieds comme s'il devait porter à sa suite un boulet lourds de tous les péchés qu'il avait bien pu commettre. On entendait presque le cliquetis habituel des chaines liant ses membres. Il paraissait si massif, si robuste, qu'il en était même insensible au vent, et, portée par cette brise légère, l'odeur de la mort elle-même m'est parvenue ! Ses bras, interminablement longs, semblaient dénués de toute force et ils se balançaient mollement au rythme de cette marche nonchalante. En leur extrémité, deux mains crochues, prêtes à saisir le cou pour le serrer jusqu'à étouffement. Je n'avais pas encore vu son visage mais déjà, il m'effrayait, tu entends ?! J'ai voulu rebrousser chemin, mais je ne pus me résoudre à le quitter des yeux, et en reculant, mon pied a heurté une caisse qui trainait là. Le bruit l'a fait se stopper soudainement et le silence n'en a été que plus pesant. J'ai cru percevoir un grognement rauque et sa tête s'est tournée brusquement. Malgré la brume encore épaisse, j'ai perçu son regard... Les lueurs orangées le composant me transpercèrent de part en part, et l'espace d'un instant, je crus mourir sous la brutalité inhumaine dont ce monstre pouvait bien être capable. En quelques secondes à peine, je pus saisir toute la dangerosité qui s'échappait de cette silhouette embuée. »

Pour toute réponse, la femme de l'ivrogne se contenta de soupirer. Elle qui avait délaissé sa vaisselle pour observer son mari un court instant, avait finalement repris ses activités préalables en ne prêtait maintenant plus qu'une attention toute relative aux propos que pouvait bien déblatérer l'homme assis en bout de table. D'un geste machinal et habituel, elle avait retiré du feu le lait fraichement récolté et l'avait versé, par la suite, dans une tasse en terre cuite, dont l'anse avait été cassée lors d'un geste malencontreux, il y a de cela quelques mois. Puis elle s'était finalement arrachée non sans difficulté au coin de la maison au sein duquel elle passait le plus de temps pour porter à son mari la tasse presque brûlante.

Mme. Legrand : « Tiens donc. Un peu de lait ne sera pas sans t'éclaircir les idées. »
M. Legrand : « ... J'étais comme tétanisé par ce que je venais de voir. Incapable de bouger simplement, et la lumière du jour m'a alors arraché à ce cauchemar. Un rayon de soleil salvateur m'a aveuglé et a brûlé sa silhouette qui s'est presque évaporée dans la brume. Le fantôme est resté, mais il était bien moins massif qu'auparavant. Il est resté un temps immobile et quelques unes de ses mèches de cheveux se sont finalement agitées, doucement. J'ai su qu'il me regardait encore, car il a tourné la tête de l'autre côté, d'une façon presque saccadée, mais ses cheveux, si sombres, si épais et désordonnés, n'étaient même pas aptes à laisser transparaître le regard que j'avais vu plus tôt... Comme s'il s'était éteint, balayé par l'éclat du soleil lui-même, à l'instar de la lune. Le jour arrivant, la brume s'est levée bien vite : j'ai tout juste eu le temps d'entrapercevoir sa mâchoire carrée, ses joues creusées que déjà, il reprenait sa route... Et il a disparu dans une ruelle adjacente... », avait-il alors repris, sans même écouter sa femme.

Ce n'est qu'en cet instant précis qu'elle perçut le regard perdu de son mari, chose qui lui arracha un froncement de sourcils. L'homme ne l'écoutait plus, peut-être ne la voyait-il pas davantage et même la douce odeur du lait chaud posé devant lui n'avait su l'arracher à ses pensées voilées. Il n'était pas dans les habitudes de M. Legrand de ne pas boire et manger plus que de mesure, on disait de lui qu'il était un bon vivant et sa figure, tout autant au moins que son allure générale, en témoignaient. Pourquoi ne déjeunait-il point de bon matin, alors ? Pourquoi son regard restait inlassablement figé sur une silhouette que sa femme ne pouvait voir et ne voulait sans nul doute discerner ? Inquiète malgré elle, l'une des mains de cette femme, usées par les travaux ménagers, s'était aventurée à tapoter la joue de l'homme, espérant ainsi le sortir de ses rêveries. Outre l'absence totale de réaction de la part de l'homme robuste et d'ordinaire si joviale, ce qui la choqua plus encore était la froideur de sa peau. Surprise par ce contact si peu ordinaire, elle s'était reculée de quelques pas en rabattant sa main sur sa gorge, retenant de justesse, un cri trahissant une peur au moins égale à celle de son mari, au vu de l'état dans lequel il se trouvait maintenant. Après plusieurs autres minutes d'immobilité parfaite, exactement comme s'il revivait la scène qu'il avait décrit plus tôt, l'homme s'était levé sans dire mot et avait rejoint la couche sans même lancer un coup d’œil à la tasse qui lui faisait pourtant face depuis quelques temps désormais. Madame Legrand se surprit alors à penser que peut-être, son mari n'avait pas rêvé. Peut-être bien que depuis peu, un fantôme parmi d'autres hantait les rues de Paris.



Dernière édition par Thomas Chartier le Ven 9 Nov - 16:18, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: Departure at Dawn | Thomas Chartier   Sam 3 Déc - 21:25



♔ En Cours ♔


Lizbeth C. Valentyne
♔ Noble Hybride ♔
« Au Nom de la Rose. »
    Dans le parc.

« .... »


« Changer n'est pas devenir quelqu'un d'autre, c'est devenir qui on est et l'accepter. » (J. Salomé)
    A la Plage.

« .... »
Aimée Delacroix
♔ Bourgeoise Lycane ♔


♔ Achevés ♔


Nathan A. Eastwood
♔ Noble Lycan ♔
« L'Œil ne se voit pas lui-même ; il lui faut son reflet dans quelque autre chose. » (W. Shakespeare)
    En forêt.
« Chaque nuit de pleine lune est source d'infinies souffrances. Chaque nuit de pleine lune est source de profondes craintes. Chaque nuit de pleine lune est source de vains espoirs. Je souffre de ne pouvoir résister à l'injonction d'une Mère cruelle et inaccessible. Je crains d'ôter la vie à l'innocent qui, se pressant, alors que la nuit recouvre de sa noirceur les terres françaises, ne souhaite que retrouver la douce chaleur de son foyer. J'espère à chaque hurlement poussé à l'encontre du Bourreau, à chaque pan de peau entravant mes griffes, ne plus jamais revivre cette éternelle torture... Mais toi que j'ai croisé cette nuit, toi qui me ressembles tant, tu dois le savoir, non ?

Tu es tout ce que je déteste. Tu es tout ce que j'abhorre. Tu es la force brute, la violence. Tu es la grandeur, le pouvoir. Tu es la peur, le désespoir. Tu es l'affrontement, le combat. Tu es l'excès. Tu es l'abus.
Voilà treize années maintenant que je te supporte, et tu me ronges à petit feu, tu me détruis. De peur de blesser, je ne puis m'attacher à personne. De peur de tuer, je ne puis approcher quiconque. Je les vois tous, rire et parler ; je les vois vivre, là où je me morfonds. Je subis ton courroux, je subis ton joug, mais c'en est assez maintenant. Il me faut te détruire.

Mère sera ce soir, le témoin d'un affrontement entre deux de ses Fils. Qu'elle voit ainsi, le désastre qu'elle a engendré ; que ses larmes bénissent la misère qu'elle a occasionné. Puissent-elles alors, réparer les souffrances causées. »

" Les autres sont des miroirs qui nous renvoient notre propre image. "
Gao Xingjian


« Une Rencontre au bord du Léthé ~ »
    Dans le Centre Ville.
« Combien de temps encore le souvenir de notre rencontre restera-t-il en ma mémoire ? Combien d'années dès lors, faudra-t-il pour arracher à mon esprit les réminiscences de votre flagrance délicieuse ? Combien de saisons enfin devront s'écouler avant d'emporter avec elles la grâce de vos traits, l'assurance de votre allure, la beauté de votre âme ?

Dans les eaux troubles de l'Oubli, je distingue encore les vagues contours d'une histoire qui, peu à peu, se fait happer dans les profondeurs de ce fleuve infernal.
Je ressens encore le trouble assaillant mon âme tandis que je vous découvrais ; la timide curiosité éveillant mes sens alors que je vous observais ; les vestiges d'une fureur passée lorsque l'on vous fit offense.
Je revois encore votre démarche assurée et entends toujours le bruit de vos bottes fouettant le plancher. Je perçois encore les reflets de vos mèches d'or et écoute toujours le son de votre voix porté par le vent glacial de l'hiver. Je vous revois enfin, menant la marche alors que je vous suis, espérant trouver en vos mains ce que personne n'a su m'offrir jusqu'alors.

J'ai souhaité le repos.
J'ai souhaité l'accalmie.
Dès lors, ma mémoire me fait défaut et je suis pourtant encore là, alors... Pouvez-vous me dire ce qu'il a résulté de notre rencontre, si ce n'est le rappel des tortures passées et les restes d'un espoir brisé.. ?

Voyez comme votre souvenir m'est douloureux. Pourquoi, alors, le chérir autant ? »

" La mort est belle, elle est notre amie ; néanmoins, nous ne la reconnaissons pas, parce qu'elle se présente à nous masquée et que son masque nous épouvante. "
Chateaubriand
Aurore Le Goff
♔ Bourgeoise Lycane ♔


♔ Envisagés ♔

Clarysse Bellange
...
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