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 Thomas Chartier [100%]

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MessageSujet: Thomas Chartier [100%]   Sam 24 Sep - 21:20

Chartier Thomas




feat. Inconnu _ Auteur : " Sinbaru "
    IDENTITÉ :


    Lycan
    Nom : Chartier.
    Prénom: Thomas.
    Age Apparent: 24 ans.
    Age Réel : Comptez treize années de plus à ce qui s'avère être désormais son calvaire quotidien.
    Sang-Pur/Mordu/Infant : Mordu.
    Date et Lieu de Naissance : Dans une petite bourgade au cœur d'une France rurale un beau matin de juillet.
    Orientation Sexuelle : Manifestement, hétérosexuel.
    Nationalité: Français.
    Groupe : Lycan.
    Classe Sociale: Paysan.




Description Physique :

« Thomas est de ceux qui puisent leur charme dans l'innocence de leur âme et la rudesse de leurs traits. Naturellement, tout le monde ne trouvera pas beau, celui qui a vu sa peau brunir par les heures de travail sous les rayons d'un soleil harassant au beau milieu des champs, tout comme ils ne trouveront aucun charme à la manière qu'il a de cacher maladroitement son visage derrière des mèches ténébreuses, pour la plupart, mal agencées. Mais il est vrai qu'à le voir errer telle une âme en peine au beau milieu des autres sans pour autant les voir, à le voir vouté, avançant les bras ballants et l'air hagard, il n'est pas aisé de trouver la motivation suffisante pour avancer jusqu'à lui et l'interpeler. Quand bien même alors, nous parviendrions à réunir le courage nécessaire pour approcher cette silhouette fuyante, il n'est pas dit que l'homme se prête au jeu et souhaite lui-même croiser qui que ce soit. Et pourtant, quelle grande perte que de ne pas pouvoir contempler son visage librement en réajustant au besoin les mèches folles qui barrent son front et couvrent jusqu'à ses pommettes saillantes. Quelle cruauté que de priver les mortels d'un charme si sauvage et inaccessible. En nous fuyant, il nous empêche de voir ces lèvres fines tristement taillées dans le roc qu'il est devenu au fil des années, il nous est alors impossible de voir les traits tirés d'un visage épuisé par une lutte continuelle et sans fin. On ne peut ainsi s'attarder sur un nez légèrement retroussé, ou sur des sourcils plutôt bien dessinés pour l'homme qu'il est. La plus grande perte pourtant, qu'il nous faudrait déplorer, est celle de ne jamais pouvoir contempler son regard suffisamment longtemps pour s'y perdre. Quelle triste privation que de ne point pouvoir observer cette iris azurée dont la pupille seule, apporte obscurité. Certains diront que c'est un bien beau regard pour une si misérable personne, mais ce sont là ceux qui ne peuvent que le voir hanter les ruelles d'une ville lumière éclairée de faux-semblants.

Alors, ils regardent s'éloigner cette silhouette qui s'est étiolée au fil des années. Malgré le dur labeur qu'il n'a de cesse de fournir, rien ne laisse à croire que sous ces vêtements amples se cachent quelques muscles déjà bien dessinés. Mais comprenez : on ne peut décemment être charmé s'il on s'en tient à cette carcasse aux membres fuselés qui n'est plus désormais que le reflet d'une sombre histoire. Car à le voir ainsi trainer les pieds alors qu'il se laisse porter par les effluves diverses emplissant les quartiers, on le prétend maudit. Il est bien vrai qu'outre son allure, les pans de peau qu'il laisse contempler n'attirent guère l’œil tant ils sont crispés : voyez ses poignets continuellement arqués et ses doigts perpétuellement crochetés. Telle une bête de foire, et bien malgré lui, Thomas attire l’œil et suscite la curiosité, mais voilà que lorsque l'on croise son regard perturbé, ou lorsque l'on surprend ses mâchoires serrées, la bête effraie et on la fuit, lui laissant ainsi recouvrer une paix vitale devenue, depuis quelques années, sa seule compagnie. Mais dès lors, quel charme irait-on trouver à l'animal qui se terre jalousement en lui et qui ne trouve la force de s'exprimer que lors de la pleine hégémonie de l'astre lunaire ? L'enivrant appel de la Mère aux enfants n'est autre, pour lui, qu'une torture de plus. Alors que l'astre trône fièrement et porte sur ses fils et ses filles un regard délicieusement maternel, les rejetons se tuent à lui hurler leur peine et leur rancœur. Face à cette Mère détachée qu'il hait au moins autant qu'il désire, le loup ne peut que s'incliner et se laisser baigner dans ses tristes rayons. Devant cette figure maternelle qu'il ne pourra jamais saisir, Thomas se laisse souvent mollement tomber et observe silencieusement la Lune, alors que son pelage d'ébène lui renvoie ses rayons de nacre. Chacun de ces soirs et secrètement alors qu'Elle l'observe, il espère que son tumultueux périple s'éteindra en ce jour, apaisant ainsi son âme tourmentée et mettant fin à ses innombrables souffrances. Le lendemain alors, les larmes maculeront une fois de plus ses joues lorsqu'il sera réveillé par les rayons du soleil venant caresser tendrement sa peau, mais ce sera là un bien maigre réconfort qui ne suffira nullement à contenir sa peine. »



Description Mentale :

« Rien n'est simple en ce bas monde, mais sachez qu'il est plus difficile encore de comprendre cet homme à l'allure disparate. En dépit des années que nous avons généreusement partagé, je n'ai toujours pas réussi à appréhender chacune de ses réactions, et savoir ce à quoi il peut bien penser est une chose qui n'est sans doute pas à la portée de n'importe qui, moi-même, ayant échoué sur ce point. Pense-t-il simplement ? Il m'est arrivé à de nombreuses reprises de me poser cette question alors que je cherchais à comprendre les sentiments fluctuant ses yeux inéluctablement perdus dans le néant. Depuis sa plus tendre enfance, Thomas est affreusement seul et introverti, aussi, il est impossible de savoir s'il s'accommode de cette situation ou s'il en souffre plutôt. Rares sont les fois où il s'attache aux personnes, leur préférant les animaux, mais lorsque cela arrive, soyez certains que celles-ci auront une grande bonté d'âme. Je n'ai d'ailleurs jamais compris par quel miracle il parvenait à discerner les bons des mauvais sans leur avoir adressé la parole, ni même jeté un regard : sans doute est-ce là un sixième sens, chez lui, mais c'est en tout cas un don précieux et infaillible qui préserve avant tout la naïveté et l'innocence qui pourraient le mettre en danger. Qui irait en effet croire, à la façon qu'il a de marcher ou à l'expression presque sévère qui macule inlassablement son visage, que Thomas est d'une rare sensibilité ? Certes, pour quelqu'un qui ne fait que le croiser, ce jeune homme n'est autre qu'un paysan parmi d'autres, tout juste bon à faire la besogne qui lui est désignée. En effet, on le dit fort peu intelligent, voire même idiot, mais ce n'est pas là l'exacte vérité : je préfère dire de lui qu'il n'use pas de son intelligence comme les autres, et c'est précisément ce qui le différencie du commun des 'mortels'. Maudit, damné, ou affublé de divers autres maux, on ne cherche pas à s'intéresser à lui et on dit même de ceux qui s'y risquent, que la Mort ne tardera guère à venir frapper à leur porte. Et pourtant, il n'a rien de ce que l'on peut bien prétendre. Il n'est pas simple d'attirer son attention tant il est rêveur, certes, mais si vous faîtes preuve d'un peu d'obstination, il pourra sans nul doute s'ouvrir progressivement, à condition de ne pas avoir peur d'être rejeté les premières fois s'il on fait le premier pas, puisqu'il est bien rare que ce soit lui qui le fasse.

Lorsqu'il daigne s'intéresser à vous, et une fois qu'on le connait un peu, que dire alors, de cet être un peu brute et maladroit, mais néanmoins exquisément attachant ? La meilleure façon de décrire Thomas est sans doute de le comparer à un enfant car il n'a guère évolué depuis son jeune âge, il faut bien l'avouer, même si cela n'enlève en rien le charme que je lui trouve. A la manière d'un jeune garçon, il n'est pas nécessairement délicat et se montre bien souvent impatient, ce qui n'arrange en rien la brutalité dont il peut faire preuve parfois, puisqu'il n'a guère conscience de sa force. En faisant preuve de patience néanmoins, il est possible de lui arracher quelques gestes tendres, doux et délicats, mais rares seront ces moments pourtant affreusement délectables. Ne mentons point : Thomas est un jeune homme difficile et susceptible qui plus est. Une parole ou un geste pourront aisément le vexer et il s'éloignera de vous sans une once de regrets. Par chance, il n'est pas rancunier, aussi les excuses ne tarderont pas même si, depuis quelques années, elles se font de plus en plus rares à l'instar de ses mots. Bien que très peu souriant, il n'en est pas désagréable non plus, cela étant, Thomas est quelqu'un d'irascible, et son apparente sérénité ne manquera pas de s'effacer au profit d'une rage insoupçonnée. Il est toujours étrange et presque impressionnant de voir comme ce jeune homme qui parle peu, peut se montrer sous un tout autre jour sans que l'on s'y attende. A le voir insensible aux remarques des étrangers, ignorant les moqueries et autres quolibets, on le pensait, visiblement à tort, incapable de s'emporter face à ceux qu'il affectionne. Mais c'est peut-être justement parce qu'il nous a offert son affection qu'il attend en retour, un comportement irréprochable de notre part. Crier plus fort que lui aura néanmoins raison de son insolence et c'est à nouveau une autre facette de lui-même qu'il dévoilera. Contrarié peut-être, ou juste peiné qu'on s'emporte contre lui, il se recroquevillera sur lui-même et joindra ses mains sur son crâne en gagnant un immobilisme inhumain. Dans cet état, on ne sait trop s'il dort ou s'il réfléchit, mais il peut rester des heures durant dans cette posture sans qu'on ne parvienne à l'y arracher, au Diable les arguments avancés. Alors, on ne peut qu'attendre qu'il se relève de lui-même, après quoi il viendra s'excuser, penaud, une fois encore. »




Derrière l'écran:


    Pseudo : Miel.
    Age: 20 ans.
    Comment t'es-tu retrouvé parmi nous?: Longue histoire : j'étais sur Bathory, aussi, depuis sa fermeture et la création de ce petit forum, j'ai suivi ce dernier avec attention pendant longtemps sans pour autant trouver le courage de m'y inscrire. Mais finalement, j'ai craqué ~
    Des Remarques ou impressions? Comme toujours : le forum est un délice pour l'oeil. J'ai aussi pris le temps de survoler quelques fiches et rps, et le niveau semble très élevé ! J'espère être à la hauteur, mais en tout cas, c'est un plaisir de lire tout ça ^^
    As-tu lu le règlement ? Voui !
    Code du règlement : Validé par Alucard.


Dernière édition par Thomas Chartier le Mer 5 Oct - 11:47, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Thomas Chartier [100%]   Lun 3 Oct - 9:04

Prologue.

[...]
M. Prévot : « Ah, le voilà qui arrive ! Bonjour Thomas ! Je crois que tu n'as jamais rencontré ma fille ! Présente-toi, Anne ! »
Thomas : « ... »

J'avais six ans à l'époque, et déjà, je trouvais un certain charme à cet enfant au teint bruni et aux cheveux hirsutes. Et pourtant, il était assez mal habillé dans sa chemise trop longue et bien trop large, puis la façon qu'il avait de rabattre ses mèches de cheveux devant ses yeux avait le don d'en effrayer plus d'un. A peine avais-je ouvert la bouche qu'il était parti en courant, mais il m'en fallait bien plus pour me décourager, même à l'époque. Je ne connaissais encore rien de ce petit être et pourtant tout tournait déjà autour de lui. Nous semblions différents en tout point et seule la couleur de nos yeux était semblable, car j'étais aussi blonde qu'il était brun et ma peau était bien plus pâle que la sienne. Après avoir trottiné longuement afin de faire le tour de la fermette pendant que mon père s'entretenait avec celui du dénommé Thomas, je cherchais encore ce dernier parmi les machines de travail. Ma posture n'avait strictement rien de féminin et voilà que j'arborais une mine déterminée, presque boudeuse, en scrutant avec attention les environs de la ferme sans parvenir à discerner cette petite tête échevelée, au moins jusqu'à ce qu'un caillou ne vienne heurter mon soulier. Immédiatement interpelée, mon minois se redressa pour voir enfin le jeune garçon que j'avais aperçu plus tôt. Son bras était armé au dessus de son crâne, et sa main refermait un autre de ces petits cailloux.

Thomas : « Va-t'en ! »
Anne : « Non ! Et je t'ai déjà vu... Tu nous regardes tout le temps jouer sans jamais venir nous voir ! »
Thomas : « Pars ! »

S'il était entêté, il ne savait pas à qui il avait à faire, aussi, empoignant ma petite robe, je me mis à courir jusqu'à lui et avant même qu'il n'ait le temps de réagir, il était étalé au sol et je me tenais sur lui à califourchon, fière et victorieuse. Ceci étant, ma fierté eut bien rapidement un goût d'amertume tout particulièrement prononcé lorsque je le vis pleurer au sol : je me souvenais alors des raisons de notre venue. Ma famille est celle de Thomas se connaissaient depuis longtemps et mon père était venu pour soutenir son ami après une lourde perte : il y a de cela quelques jours, la femme de monsieur Chartier avait accouché, et la naissance du nouveau-né lui avait ôté la vie sans que le patriarche ne puisse rien y faire. Le destin s'était pourtant acharné et l'enfant avait été emporté peu après, tant cette nuit de pleine lune avait été fraîche en ce début d'année. Par un malencontreux concours de circonstances, le médecin du village n'avait pas pu se présenter au chevet de cette femme et c'est d'ailleurs lui le premier qui était venu présenter ses condoléances à cette famille en deuil. Le père n'avait plus maintenant que des fils et Thomas était le plus fragile alors même qu'il n'était pas le plus jeune. Mon père m'avait vaguement expliqué les problèmes de ce jeune garçon mais à l'époque, je ne l'avais pas compris.

Anne : « Tu es triste ? »
Thomas : « ... Laisse-moi... », avait-il sangloté.

Sans qu'il n'ait son mot à dire, mon corps s'était courbé sur lui-même pour l'enlacer en douceur alors qu'il pleurait à chaudes larmes. C'était la première fois que je pouvais réellement parler avec Thomas, car même si je l'avais croisé à plusieurs reprises, il se montrait particulièrement distant avec les autres enfants, d'ordinaire. Au cours de cette soirée, il me confia quelques uns de ses sentiments et m'avoua la tristesse qu'il ressentait, mais alors que la nuit allait tomber, mon père et moi partîmes, les laissant, à regret, à leur triste sort. Dès le lendemain, mon père m'autorisa à rejoindre la fermette des Chartier et le patriarche eut tout juste le temps de voir passer une petite tête blonde dans ses jambes, que déjà, je me dirigeais dans l'arrière-cour. J'avais mis moins de temps à trouver l'objet de ma venue cette fois-ci, et il n'avait pas cherché à m'éviter, même s'il ne m'invitait pas non plus à le suivre. Thomas était très calme et silencieux, il se trainait toujours lentement, presque paresseusement alors qu'il parcourait la ferme de son père. Sa vie n'était ponctuée que par les appels divers des animaux et il passait la majeure partie de son temps à prendre soin d'eux, leur vouant un amour aveugle et leur parlant même, avec une facilité presque déconcertante. Les jours suivants furent identiques mais il me semblait voir chez lui quelques changements de comportement : dès le troisième jour par exemple, il se tenait immobile au milieu de la cour à patienter calmement et ce n'est que lorsque j'approchais qu'il commençait son ouvrage quotidien. A partir du sixième jour, il commença à me confier quelques animaux tout en me donnant leur nom et finalement, le dixième jour, il m'adressa son premier sourire.

Anne : « Bonjour Thomas ! »
Thomas : « Bonjour, Anne. »
Anne : « Par quoi commence-t-on aujourd'hui ? »
Thomas : « Thomas s'est occupé des animaux ce matin. »
Anne : « Oh... », rétorquai-je presque immédiatement, déçue.
Thomas : « Il l'a fait exprès pour pouvoir se promener avec toi. Tu veux bien ? »

Mon visage s'illumina d'un sourire à peine sa phrase terminée. Inutile de dire que j'avais accepté avec joie et l'avais laissé me trainer où bon lui semblait : je ne sais pas vraiment où il m'a emmené, mais tout ce qui importait était sa simple présence. Lorsque nous rentrâmes à sa ferme, le médecin de la ville parlait avec le père de Thomas. En nous voyant, cet homme robuste à l'air grave, un tantinet effrayant pour une jeune fille de mon âge néanmoins, s'accroupit et nous observa.

Médecin Bonneau : « Voyez-vous ça ! La petite Prévot te tient compagnie, Thomas ? Quel succès, dis-moi ! »
Anne : « Bonjour, monsieur Bonneau... », avais-je dis d'une voix tremblante.
Médecin Bonneau : « Vous venez de la forêt tous les deux, non ? Justement, je viens d'en parler à ton père, Thomas. Des traces de loups ont été vues dans les parages, alors n'allez pas trop loin, tous les deux, ça peut être dangereux. »

Alors que Thomas avait l'air heureux d'apprendre la nouvelle, je me cachais un peu derrière lui, intimidée par cet homme gigantesque, et nouvellement secouée par l'annonce qu'il venait de faire. Mon comportement eut visiblement raison de son inébranlable sérieux, et il se mit à rire à gorge déployée. Une fois calmé, il adressa une brève salutation au patriarche et reporta son attention sur moi-même.

Médecin Bonneau : « J'ai croisé ton père, petite, et il m'a dit de te ramener. Il se fait tard, viens. »

Cette nouvelle annonce ne me mit guère de baume au cœur mais on ne discutait pas les ordres de mon père, alors je me contentai d'acquiescer en délaissant Thomas pour rejoindre le médecin. A ses côtés dans la charrette, je n'étais guère plus rassurée et même assis, cet homme me paraissait bien trop imposant pour moi. Ses mains puissantes tenaient les rênes et il y avait des poils jusque sur ses doigts trapus. Pour la petite fille que j'étais à l'époque, c'était une vision effrayante, et la barbe abondante qui masquait sa figure n'arrangeait en rien ces premières impressions. A côté de cet homme massif, je n'étais pas grand chose et du haut de mes six années de vie, j'en avais pleinement conscience, d'où mon air penaud à ses côtés. Sa voix puissante ordonna à la monture de s'arrêter alors que nous étions enfin arrivés : étrangement, j'étais si terrifiée à l'idée d'être si proche de lui que le voyage ne m'avait pas duré tant j'avais songé tout le long. Mon visage s'éclaira enfin lorsque mon père vint me récupérer, et sentir ses bras puissants enserrer mon petit corps avait été une sensation des plus douces. Mon père échangea quelques paroles avec le médecin avant de rentrer pour le dîner, c'est d'ailleurs plus tard dans la soirée, alors que la nuit était déjà tombée, qu'il me fit part de ses sentiments. J'étais assise sur un petit tabouret dans ce qui nous faisait office de salon, face à la cheminée embrasée qui réchauffait agréablement l'atmosphère de la maison, tandis que mon père coiffait mes longs cheveux d'or aux reflets flamboyants.

M. Prévot : « Tu passes beaucoup de temps chez les Chartier en ce moment. », avait-il lancé.
Anne : « Oui ! Je joue avec Thomas ! »
M. Prévot : « C'est bien ma fille... Mais tu sais, il n'est plus nécessaire de passer autant de temps avec lui, maintenant. »
Anne : « Ça ne me dérange pas ! »
M. Prévot : « Anne... Je sais que tu l'aimes bien, mais tu vas lui faire du mal, au même titre que les autres. Tu sais très bien que Thomas n'est pas comme tout le monde. », m'avait-il avoué, l'air grave.
Anne : « Non, je t'assure. On s'amuse bien tous les deux ! »
M. Prévot : « ... Je t'interdis de le voir désormais. » avait-il alors rétorqué plus sèchement encore.

Dans un premier temps, j'avais ri légèrement en croyant déceler une plaisanterie dans ses mots mais le silence qui retomba par la suite ne fit qu'amener la peur à mes entrailles. J'eus beau insister une bonne partie de la nuit, mon père ne fournit aucune explication de plus, et puisque je ne pouvais discuter ses ordres, je me contentai d'obéir. Le lendemain, et les jours qui suivirent, je ne vis pas Thomas. Je ne sais plus exactement combien de temps cette séparation dura, d'ailleurs, mais quelques temps après cette interdiction, alors que je venais de faire quelques courses avec ma mère, l'un de mes amis courut à ma rencontre.

Antoine : « Anne ! Anne ! Viens vite ! »
Anne : « Qu'est-ce qu'il y a ? »
Antoine : « Mais viens, j'te dis ! Tu verras ! »
Anne : « Je... je ne sais pas si je peux... », balbutiai-je, hésitante, tout en relevant le visage vers ma mère.
Mme. Prévot : « Va, mais ne rentre pas tard. »

Antoine n'attendit pas davantage et me prit le poignet de force, m'entrainant à sa suite prestement. J'essayais d'emboîter le pas à ce jeune garçon qui vivait à quelques kilomètres en amont du village, dans une ferme un peu plus grande que les autres, mais déjà, à l'époque, j'étais bien plus petite que lui et il m'était impossible de ne pas trébucher à quelques reprises tant ses enjambées étaient grandes. Cette course prit tout de même fin, mais il me fallut quelques secondes pour reprendre mon souffle aux côtés d'Antoine. Il n'attendit pas mon rétablissement complet et m'interpela à nouveau, me forçant ainsi à regarder ce à quoi il tenait tant. Je ne sais trop à quoi je m'attendais sur le moment, mais je n'aurais jamais pensé voir Thomas recroquevillé ainsi sur lui-même alors que quatre de mes amis s'amusaient à tourner autour de lui en chantant une comptine du village. Jamais encore je n'avais vu ce jeune garçon farouche et sauvage, se mettre dans de tels états face à quiconque : accroupi, sa tête était rentrée dans ses épaules et il avait rabattu ses bras pour cacher le restant du visage qu'il avait niché à hauteur de ses genoux.

Ce bien triste spectacle m'immobilisa quelques instants, le temps qu'une colère noire empoigne ma chair : sans plus attendre, je me jetais presque corps et âme sur mes amis pour délier leur ronde infernale non sans leur adresser quelques leçons de morale en enserrant tendrement les épaules de Thomas. Vexés ou peut-être déçus par mon comportement, le petit groupe se contenta de rire un peu avant de s'éloigner, me laissant alors seule avec Thomas qui demeurait immobile et bien entendu, silencieux. En dépit de mes efforts, le jeune garçon restait stoïque et se refusait à bouger, c'est à peine s'il m'écoutait d'ailleurs. Désespérée à mon tour, je m'étais assise à même le sol, face à lui, et j'attendais maintenant qu'il daigne sortir de sa torpeur.

Médecin Bonneau : « Anne ? »
Anne : « ! ... Oh Docteur, vous m'avez fait peur... »
Médecin Bonneau : « Désolé. Que fais-tu do... Mais, c'est Thomas ? Que lui est-il arrivé ? »
Anne : « Antoine et les autres l'ont embêté... Il ne veut même pas me parler... »
M. Prévot : « Anne ! Te voilà. »

Et les ennuis commençaient. Mon père se figea en voyant que, malgré ses recommandations, j'étais en compagnie de Thomas. Le docteur lui, semblait perplexe quant au comportement du garçon et essayait à son tour de le raisonner. Je n'eus pas le loisir de savoir comment s'était terminée cette histoire, je ne pus même plus revoir Thomas après ça. En effet, mon père était venu me chercher en hâte et il ne m'avait pas ménagé puisque je lui avais désobéi ; à peine étions-nous à la maison qu'il annonçait déjà à ma mère une heureuse nouvelle : un héritage récent nous apportait la richesse et nous permettait de nous hisser au sein de la classe sociale. Voilà que nous étions bourgeois désormais. Visiblement, cette avancée était déjà connue de mes parents et ils semblaient l'attendre avec impatience, quoiqu'il en soit, nous ne perdîmes pas de temps et le soir même, nous regagnions notre nouvelle demeure sans qu'on ne me laisse l'opportunité de revoir une dernière fois mes amis pour leur dire seulement au revoir.




Chapitre I - Fuis-moi je te Suis. Suis-moi je te Fuis.

[...]
Nourrice : « Cessez de vous mordre ainsi la lèvre, mademoiselle, je vous en conjure ! »
Anne : « Ô par pitié nourrice, laisse-moi donc manifester mon impatience tant que je le peux encore ! »
Nourrice : « Êtes-vous donc si heureuse de le revoir, mademoiselle ? »
Anne : « Tu ne peux t'imaginer ! Je n'ai pas arrêté de penser à lui toutes ces années, voilà déjà neuf ans que nous ne nous sommes plus revus !.. Mais, et s'il m'avait oublié ? »
Nourrice : « Mademoiselle, allons, vous ne... »

Ma nourrice parlait encore mais voilà que je ne l'écoutais plus alors que le doute m'assaillait. Telle une centaine de pics perforant ma poitrine, mon corset devenait soudainement gênant et ma respiration se faisait plus hâtive. Mon père avait hérité depuis neuf ans déjà et nous avions quitté cette petite bourgade peu de temps après, sans que je ne puisse faire mes adieux à ce jeune paysan au regard lumineux qui dénotait tant son apparence globale. Le carrosse qui nous amenait à destination était parti à l'aube, et au fil des heures s'égrainant, mon impatience n'avait eu de cesse de se manifester de diverses façons. Les premiers temps, j'avais simplement tapoté mes nouvelles chaussures sur le plancher d'une façon presque frénétique après quoi, j'avais finalement trituré quelque pan de ma robe et dernièrement, voilà que je me mordillais la lèvre inférieure comme avait pu le remarquer ma nourrice. Je profitais des quelques minutes restantes pour reprendre ma contenance et essayer de paraître digne de mon rang à notre arrivée. Je n'étais plus cette petite paysanne qui pouvait hurler si elle le désirait, je faisais désormais partie de la bourgeoisie, au même titre que mon père, aussi je devais me comporter impeccablement, un temps tout du moins : c'était là, la limite que je m'étais fixée. C'est alors que je prenais une grande inspiration que la voiture s'arrêta, et l'espace d'un instant, ce fut la panique qui prit possession des traits de mon visage : mes craintes redoublaient, et s'il ne me reconnaissait pas ? Après tout, j'avais changé, j'avais grandi, j'étais presque femme, désormais. Le cocher quitta sa place et vint m'ouvrir, me prêtant sa main pour descendre les quelques marches qui me séparaient du sol alors que je cherchais à ne pas m'empêtrer dans les coutures de ma robe. Ma main ne tarda pas à lâcher celle du cocher alors que j'avançais de quelques pas, laissant ainsi ma nourrice prendre ma suite. Mes yeux s'illuminaient déjà face à ce petit village que je reconnaissais. Plusieurs paysans s'étaient arrêtés pour m'observer et j'entendais parfois mon nom être prononcé. C'est avec un sourire resplendissant que je me tournai alors vers ma nourrice.

Anne : « Allons-y nourri... »
Médecin Bonneau : « Mademoiselle Prévot.. ? »

Coupée dans mon bel élan, mes sourcils se froncèrent imperceptiblement tandis que je pivotais sur moi-même, suivant les tonalités rauques de cette voix toute proche. A nouveau, mon visage s'illumina en voyant le médecin des environs : il n'avait guère changé au fil des années, et avait conservé cet air sévère et cette mâchoire carrée recouverte d'une barbe plus abondante que dans mes souvenirs d'enfant. Il restait néanmoins imposant et si je me souvenais encore de son improbable carrure, j'avais mis ce souvenir sur le compte de mon jeune âge à l'époque et donc, de ma petite taille.

Anne : « Docteur ! Qu'il est bon de vous revoir, comment allez-vous ? »
Médecin Bonneau : « A merveille. Mais dîtes-moi, vous êtes resplendissante ma chère, une vraie femme. »

Son compliment m'amena le rouge aux joues. Il est vrai que les compliments étaient nombreux dans notre nouvelle demeure, mais pour le peu d'objectivité qu'ils contenaient, je n'y prêtais guère d'attention. Venant de la part de cet homme qui n'avait pas manqué, qui plus est, de le faire savoir à tous de sa voix tonitruante, je ne pouvais qu'être intimidée cependant. La bienséance me força néanmoins à lui adresser ma plus respectable révérence accompagnée d'un élégant sourire de surcroît.

Médecin Bonneau : « Que venez-vous donc faire en ces terres, mademoiselle ? »
Anne : « Les souvenirs de mes jeunes années n'eurent de cesse de se manifester ces derniers temps, aussi, j'ai rapidement éprouvé le désir de retrouver celles et ceux qui m'avaient vu grandir au moins un temps. »
Médecin Bonneau : « Je suis certain que vos amis d'enfance se feront une joie de vous retrouver ! Faut-il les appeler ? Ils doivent être dans les champs à cette heure-ci. »
Anne : « Non docteur ! Je vais y aller par moi-même, mais je vous remercie pour votre proposition, au plaisir de vous revoir prochainement ! »

Après une nouvelle révérence à l'adresse de cet homme massif, je ne m'attardai pas davantage dans les environs et ne pris pas même la peine d'attendre ma nourrice pour rejoindre les champs. Mes souvenirs étaient intacts : j'avais parcouru tant de fois ce chemin qu'il m'était désormais impossible d'en oublier le trajet. Sans que je ne puisse me contrôler et en dépit de ma robe encombrante, mon pas se faisait rapide au fil des maisons se faisant de plus en plus rares. Finalement, quelques barrières délimitant l'orée du village m'apparurent et je distinguai d'ores et déjà quelques silhouettes au milieu des champs labourés. C'est essoufflée, presque haletante, que je pus enfin distinguer chaque silhouette. Je reconnus quelques uns de mes amis, mais celui que je cherchais plus que les autres semblait ne pas être présent, tant est si bien que je ne pus empêcher ma déception de se manifester en un bruyant soupir qui ne passa visiblement pas inaperçu.

Médecin Bonneau : « Allons bon, que vous arrive-t-il, ma chère ? »
Anne : « ... Je ne pensais pas que vous me suivriez. »
Médecin Bonneau : « C'est que vous avez semé votre nourrice en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, je me suis donc proposé alors qu'elle se reposait. Cette femme se fait vieille, vous devriez en prendre soin. »
Anne : « Je suis désolée. J'étais si impatiente de revoir les champs... »

Comment pouvais-je expliquer à cet homme actuellement rieur, que finalement, les terres n'avaient pas autant d'importance que je le laissais bien croire ? J'allais rebrousser chemin quand la voix du docteur, plus forte encore que d'ordinaire, hurla, à qui voulait bien l'entendre, que 'Mademoiselle Anne Prévot' était de retour dans son petit village natal. Même si j'étais gênée par une telle annonce, au fond, je ne pouvais m'empêcher de sourire et d'être amusée par cet homme. Aussi loin que je me souvienne, il avait toujours été auprès des villageois pour les aider, qu'il s'agisse de soins ou d'autres services plus divers. Néanmoins, son intervention avait attiré pas mal de jeunes gens que je reconnaissais peu à peu comme étant mes amis d'autrefois. Les garçons avaient bien grandis, mais ils restaient aussi taquins : Antoine était le plus grand des trois garçons, il avait gardé son regard sombre et ses cheveux châtains étaient coupés courts, à l'inverse de Jean. Lui, avait encore gardé son visage d'enfant et ses quelques mèches hirsutes le grandissaient légèrement, ce qui n'était pas négligeable puisqu'il était le plus petit. En effet, même Louis avait dépassé son frère ainé, et il était d'ailleurs bien plus fin que ce dernier, je ne l'aurais d'ailleurs pas reconnu sans la présence des deux autres : lui qui, enfant, avait toujours une tignasse impressionnante, voilà qu'il avait les cheveux presque courts et assez bien peignés. Quant aux femmes, elles s'étaient trouvées là par hasard afin d'apporter un peu d'eau aux hommes, deux d'entre elles n'étaient autre que les voisines avec qui je jouais lorsque j'étais enfant : l'une d'elle avait quatre années de plus que moi et répondait au doux nom de Caroline ; l'autre, Jeanne, avait les cheveux aussi longs et aussi bruns que la première, mais elle avait mon âge. Sans que je ne m'en rende compte moi-même, j'avais laissé de côté cette apparence que je voulais soignée : les éclats de rire se faisaient entendre et les taquineries voyaient déjà le jour. Malgré tout, un vide se faisait sentir au creux de ma poitrine.

Médecin Bonneau : « Bien. Faites attention à vous, Anne. »
Anne : « Hm ? Vous partez, docteur ? »
Médecin Bonneau : « L'un des enfants Chartier est malade depuis quelques jours, je dois me rendre à son chevet. »

Sur le coup, et malgré les jeunes femmes s'extasiant encore devant ma toilette, je ne pus m'empêcher de penser au pire en lançant un regard presque affolé au docteur.

Anne : « Les Chartier... Puis-je vous accompagner, docteur ? », avais-je murmuré.

Le sourire du docteur dessina sur son visage deux fossettes qui me déplurent presque immédiatement. Soudainement, son air enjoué me laissait penser qu'il voyait clair dans mon jeu depuis le début, aussi, il lui sembla indispensable d'ajouter un commentaire lourd de sous-entendus qui ne manqua pas de faire rire mes anciens camarades de jeu.

Médecin Bonneau : « Il ne s'agit pas de Thomas, Anne. » m'avait-il rétorqué, un sourire étirant ses lèvres charnues.
Anne : « P... Pourquoi diable me parlez-vous de lui ?! Les Chartier sont des amis de longue date, il est normal que je m'en soucie ! », balbutiai-je.

Mon argumentation ne suffit visiblement pas à convaincre le médecin qui ne trouva pas la force nécessaire afin effacer l'innommable rictus qui étirait ses lèvres, ce qui, d'ailleurs, eut pour effet de me faire grogner presque vulgairement, chose parfaitement impropre à une jeune femme, je vous le concède. Il ne posa pas davantage de questions cependant, et m'invita à monter en sa compagnie dans sa charrette : bien entendu, curieux, et moqueurs avant tout, mes amis ne manquèrent pas de se joindre à nous alors que nous nous dirigions vers la fermette des Chartier. Le voyage fut loin d'être calme et les questions à mon adresse s'enchainaient à une vitesse folle : mes amis ne semblaient pas être à court d'inspiration, mais je les comprenais presque, j'avais posé au moins autant de questions à mon père alors que nous quittions ce petit village, il y a de cela quelques années maintenant. D'un autre côté, je dois bien reconnaître que ces mêmes questions m'arrangeaient bien : elles m'évitaient quelques pensées susceptibles d'altérer mon comportement. Mon cœur s'emballa tout de même lorsque la charrette se stoppa, et il me fallut un certain temps pour descendre alors que j'écoutais avec attention la discussion qui semblait s'engager entre le docteur et le patriarche.

Médecin Bonneau : « Bonjour Victor, alors, comment va le petit aujourd'hui ? »
Victor Chartier : « Mieux, docteur, mais venez voir par vous-même. »
Médecin Bonneau : « Je vous suis. Ah, Thomas, tu tombes bien : tu as de la visite. »
Thomas : « .. ? »

Je venais de poser pied-à-terre lorsque son nom fut prononcé, je ne pus alors empêcher mon cœur de louper un battement. Mes amis ne tardèrent pas à descendre à leur tour, mais ils ne s'attardèrent pas dans les parages, et d'ailleurs, c'est à peine si Antoine se soucia de mon avis alors qu'il me demandait de les rejoindre un peu plus tard, non loin de la forêt bordant le champ à l'Est de la ferme. Cela dit, je ne peux décemment nier que leur départ fut la source d'un profond soulagement pour moi. Après une grande inspiration, je me décidai enfin à contourner la charrette pour au moins chercher à apercevoir Thomas, je n'avais toutefois pas imaginé un seul instant qu'il puisse déjà être à mes côtés, tout proche. Il était si près qu'en me retournant, je faillis me cogner contre son torse et sa proximité m'arracha un cri qui effraya le jeune chiot qu'il tenait dans les bras. Après avoir fait un pas en arrière, je tentais de reprendre mon souffle en m'appuyant contre la charrette. Il n'avait pas changé sur le plan de la discrétion au moins, car même enfant, il se montrait tout particulièrement silencieux. Une nouvelle inspiration me fut nécessaire et je me décidai enfin à me montrer sous un meilleur jour, c'est néanmoins timidement que mon visage se leva vers lui, et un premier sourire étira mes lèvres.

Anne : « Thomas... Tu n'as pas changé. »

J'étais rassurée au moins sur ce point : je le voyais inchangé, mais c'était, tout du moins, ce que je croyais car je ne voyais là que ses mèches de cheveux et sa peau bronzée. Soulagée de l'avoir enfin en face de moi, je ne pus retenir un rire tout en levant ma main vers lui pour écarter les mèches qui m'empêchaient de contempler son visage : mon rire fut de courte durée car en me voyant faire, il recula sensiblement son minois. Malgré tout, je ne me décourageai pas : il m'en fallait un peu plus pour ce faire, aussi, quand bien même mon rire avait cessé, mon sourire demeurait.

Anne : « Allons, Thomas, ne fais pas l'idiot ! »

Renouvelant mon geste, il fit de même et recula encore, ayant cette fois, raison de mon sourire. Le soulagement que j'avais ressenti précédemment n'était plus désormais, et le vide que j'avais préalablement ressenti refaisait surface.

Anne : « Thomas, tu... Tu ne me reconnais pas ? »

Ce que j'avais redouté le plus en arrivant là semblait se réaliser. J'avais été si heureuse de le retrouver, j'avais alors espéré qu'il en serait de même pour lui. Peut-être avais-je été trop optimiste : après tout, cela faisait déjà neuf années que nous nous étions quittés, et nous n'étions alors que des enfants. Je ne l'avais jamais oublié car il m'avait intrigué dès le début, et sans que je n'ai à parler il était en mesure de me comprendre, ce qui n'était pas mon cas d'ailleurs. Mais lui, qui était si différent, n'avait peut-être pas apprécié autant que moi cette époque lointaine. Je n'étais pas quelqu'un de sensible, bien au contraire : bourgeoise ou non, il était fréquent d'entendre dire de moi que j'avais un fort caractère et qu'il était difficile d'obtenir mes faveurs. Pourtant en l'instant, face à cette froideur inexpliquée, je sentais presque les larmes brûler mes yeux. A côté de cela, j'avais ma fierté, aussi il était hors de question de pleurer devant lui, ni même devant qui que ce soit. J'essayai donc de sauver les apparences en masquant ma tristesse derrière un sourire faux tandis que ma main venait rejoindre l'autre, posée sur mon ventre.

Anne : « Ce n'est rien. J'ai tout de même été heureuse de te revoir ! »

Sans plus attendre, je tournai les talons et m'éloignai d'un pas rapide. Le pauvre n'y pouvait rien, mais je lui en voulais : comment avait-il pu m'oublier ? Je pensais avoir été différente des autres à l'époque, je lui avais apporté de l'attention là où les autres ne faisaient que se moquer, après tout. Certes, je n'avais pas fait ça pour la reconnaissance, mais aujourd'hui, j'aurais voulu qu'il se souvienne. Petit à petit, mais bien plus rapidement que ce que j'avais bien pu imaginer, la tristesse que j'avais ressenti se transformait en colère et c'est donc tout naturellement que je me débattis alors qu'il m'avait rattrapé sans mal, et me maintenait désormais prisonnière de ses bras. Je le reconnaissais bien là : il était toujours aussi brutal, aussi maladroit, mais je ne me laissais pas faire, et continuais de me débattre. Ceci étant, je n'étais pas certaine de vouloir échapper à son emprise et bien vite, le calme me gagna à nouveau. Son visage se pencha alors un peu sur moi et je sentis son souffle frôler mon cou. C'en était trop ! J'avais beau être heureuse de le sentir tout proche, il n'avait pas à en profiter non plus.

Anne : « Thomas, ça suffit maintenant ! Que fais-tu à la fin ?! »
Thomas : « ... Anne... »
Anne : « Qu... ? »

J'étais subjuguée et je dois bien avouer qu'il m'avait eu au dépourvu. Alors qu'il s'était montré si froid préalablement, je ne m'attendais pas à ce qu'il se souvienne de moi aussi soudainement. J'étais encore en état de choc lorsqu'il redressa son visage jusque dans mes cheveux pour en humer l'odeur une nouvelle fois. L'une de ses mains délaissa cette étreinte pour venir se saisir des barrettes qui soutenaient ma chevelure et il me fallut alors fournir un effort surhumain pour l'arrêter dans son élan, posant ma main sur la sienne.

Anne : « S'il te plaît, non... »
Thomas : « ... Hm... »

Sa présence se fit plus faible et comme je m'y attendais, il disparut avant même que je me retourne. Son comportement me fit sourire et là encore, je voyais qu'il n'avait pas changé : dès qu'on le contrariait, il le faisait savoir d'une quelconque façon que ce soit. Son départ fut toutefois une espèce de soulagement pour moi. J'avais tant voulu le voir, le toucher, que le sentir si proche aussi soudainement ne m'aidait pas à réfléchir. J'avais pris une nouvelle inspiration et avais repris ma route afin de rejoindre les autres qui m'attendaient comme convenu. La soirée n'avait pas duré, mais elle avait été suffisante pour décréter que le chêne serait notre lieu de rendez-vous pendant toute la durée de mon séjour. Jusqu'à ce que la nuit tombe et que l'on vienne nous chercher, les questions furent encore nombreuses mais le soir venu, je ne me souvenais déjà plus de tout ce qui avait bien pu susciter ces interrogations. Ma nourrice ne fit aucune remarque sur mon attitude, trop soulagée qu'elle était de me voir enfin revenir saine et sauve, elle servit simplement le dîner et la suite m'échappa une nouvelle fois : il me tardait tant d'être demain.

Une nuit entière me fut nécessaire afin de recouvrer pleinement mon esprit : j'avais les idées claires très tôt le matin et j'envisageai de partir la journée cette fois, afin de réaliser quelques visites, mais c'était toutefois sans compter sur mon père. En effet, il n'avait accepté de m'envoyer sur ces terres qu'à une certaine condition : me charger de quelque affaire pour lui. Il était plutôt rare de voir mon père me confier quoi que ce soit à faire, surtout lorsque le sujet touchait de près ou de loin à ses affaires personnelles, cela dit, il me suffisait de donner quelques papiers et recueillir des signatures : femme ou non, je serais sans doute apte à le faire. Je n'avais toutefois pas pensé un seul instant que ces formalités prendraient autant de temps : il ne me fallut pas loin d'une journée entière pour réussir à accomplir la besogne que m'avait confié mon père, or je n'étais ici que quatre jours, le jour de mon arrivée étant inclus. J’abhorrais tout ce qui touchait à la paperasse, tant est si bien que cette journée m'avait éreinté, à côté de cela, je n'avais pas le temps de trainer puisqu'il ne me restait que deux jours pour profiter de mes amis, bien que le dernier soit également celui du départ, prévu en fin de soirée. Quoiqu'il en soit, j'avais changé mes plans et il n'était plus question de rendre visite à quelques anciennes connaissances de mon père pour lui rendre de quelconque service, je n'avais plus qu'une idée en tête, dès lors. Me promener dans de beaux habits m'avait été tout particulièrement désagréable ces derniers jours, si bien que je m'étais arrangée avec Jeanne afin de pouvoir lui emprunter une tenue, ce petit stratagème me permettant également de passer inaperçu auprès de la plupart des villageois, ce qui n'était pas négligeable. Sans que je ne cède aux questions incessantes de mes deux amies, j'avais réussi à les semer et rejoignais maintenant la ferme des Chartier. Lorsque j'arrivai devant la fermette, le père était dehors et coupait du bois d'un bon train. Sourire aux lèvres et bras croisés dans le dos, je m'approchai de lui, joviale.

Anne : « Bonjour, monsieur Chartier ! »
Victor Chartier : « ? Anne ! Quelle surprise ! Le docteur m'a dit que tu étais dans la région et je ne t'ai même pas salué l'avant-veille, excuse-moi ! »
Anne : « Ce n'est rien monsieur, comment va votre fils ? »
Victor Chartier : « Thomas ? Il va bien ! »

Qu'avaient-ils tous à croire que je ne pensais qu'à Thomas, lorsque je parlais des Chartier.. ?

Anne : « Non, je parle de celui qui est malade. », avais-je rectifié sur un ton presque froid.
Victor Chartier : « Ah ! Il va mieux, il sera debout demain d'après les dires du docteur ! Merci de t'en soucier. », m'avait-il répondu, toujours aussi enjoué.

Un fin sourire étira mes lèvres en réponse à celui de l'homme qui me faisait face. Comme le médecin, bien qu'un peu moins grand, Victor Chartier était un paysan large d'épaules et avait ainsi une présence relativement intimidante. Il avait une carrure imposante et deux de ses quatre fils tenaient de lui là où le plus jeune, le malade, et Thomas, tenaient plutôt de leur mère.

Victor Chartier : « Si tu viens voir Thomas, tu l'as manqué de peu ! »
Anne : « Où est-il parti ? »
Victor Chartier : « Il est parti se promener dans la forêt comme à son habitude. Je ne sais pas quand il va rentrer, mais tu peux l'attendre là si tu veux. »
Anne : « Je vous remercie, monsieur. »
Victor : « Anne. Si tu vas le chercher, fais attention, les loups rôdent toujours... »
Anne : « Encore ? Voilà bien une chose qui n'a pas changé depuis mon départ. Je tâcherai de faire attention, monsieur Chartier ! Merci à vous. »

Je n'avais pas prêté grande attention aux paroles du patriarche car mon seul vœu était de retrouver Thomas, chose loin d'être aisée puisque la forêt était grande : j'avais marché si longtemps que je ne savais plus vraiment où j'étais et je n'avais pas même trouvé une trace du passage de Thomas. Sans qu'il n'y puisse rien, voilà que je la haïssais une nouvelle fois : comment pouvait-il m'infliger cela ? Un soupir eut raison du courage qui me restait. Je n'étais pas réputée pour ma patience, aussi je me décidai à rebrousser chemin et à nouveau, il était là, tout près, à quelques centimètres. Un nouveau hurlement, plus fort encore que lors de nos retrouvailles, avait parcouru ma gorge et le recul pris m'avait finalement fait trébucher sur une racine apparente. Cette fois-ci, c'en était vraiment trop ! Folle de rage, mes poings frappèrent le sol.

Anne : « Cesse ces imbécilités Thomas ! Ce n'est absolument pas drôle et ça ne fait rire que toi ! », grondai-je à son adresse.
Thomas : « ... Anne... »
Anne : « Ô non pas cette fois, il n'y a pas de 'Anne' qui tienne, monsieur ! Et aide-moi à me relever, qu'attends-tu ?! »

J'étais peut-être un peu dure avec lui, mais la frayeur qu'il m'avait faite avait été bien trop grande cette fois. Pourtant, je n'arrivais pas à lui en vouloir trop longtemps. Plutôt que de m'aider à me relever, il s'agenouilla tout près de moi et s'avança un peu : ses bras étaient disposés de part et d'autre de mes jambes et je me surpris à déglutir en le voyant si près de moi. Que m'arrivait-il à la fin ? Être intimidée par quiconque ne me ressemblait absolument pas et pourtant, je voulais profiter de la situation. Mon buste se redressa un peu et mes mains quittèrent le sol pour s'approcher de son visage doucement. Cette fois mes doigts eurent le temps de frôler sa peau sans qu'il ne bouge, mais ce fut ma main qui recula, surprise de pouvoir accéder si facilement à son visage. Après un rire nerveux m'ayant échappé, je repris ma progression et ma paume entière se posa sur sa joue. J'avais eu tort : il avait changé. Il n'avait plus son visage d'enfant et à ce titre, sa mâchoire était bien plus dessinée que par le passé, ses joues semblaient presque creusées et ainsi, faisaient ressortir ses pommettes. Mes doigts s'enchevêtrèrent à ses mèches brunes pour dégager son front, dévoilant alors une peau salie par le travail mais aussi douce que le premier jour. Et ce n'est qu'en l'instant que ses yeux croisèrent les miens. Peut-être est-ce mieux ainsi, sans quoi je n'aurais pu le contempler pleinement. Ses iris infiniment bleutées scrutaient les miennes avec une certaine insistance et un nouveau malaise prenait naissance aux creux de mes reins, enflammant mon corps sans que je n'en ai conscience. Ce que j’interprétai comme étant toutefois une douleur me semblait bien trop doux, ce fut néanmoins suffisant pour relâcher ses mèches et me couper de tout contact prolongé avec ses yeux. Si les siens n'étaient que le reflet de son imperturbable innocence, les miens semblaient tout dire, et il lisait sans gène.

Anne : « Th... Thomas, rentrons, j'en ai assez, maintenant. »

Bien entendu, c'était sans compter sur les désirs de Thomas et il s'approcha un peu plus de moi avant de m'imiter : ses mains se posèrent doucement sur mon visage et en frôlèrent tout juste les contours, amplifiant cette douleur délectable qui me faisait peu à peu perdre la tête. Je le sentis tendre ses doigts pour la première fois alors qu'il les perdait dans mes cheveux d'or, les défaisant ainsi sans mal des quelques attaches qui les maintenaient liés. C'est à peine si je le reconnaissais dans la douceur dont il faisait preuve, c'est d'ailleurs avec cette même délicatesse qu'il prit possession de l'une de mes mèches de cheveux pour la porter à son visage, humant son parfum un court instant. Je ne savais trop à quoi m'attendre avec lui, et c'est peut-être ce qui m'effrayait au moins tout autant que ce qui me charmait. Ce soir pourtant, je n'avais pas cherché à pousser le vice plus loin et je m'étais relevée prestement, lui sommant de bien vouloir me ramener au village au plus tôt et alors, sans s'y opposer, il s'était silencieusement exécuté mais s'était bien gardé de m'accompagner jusqu'à ma demeure.

Le lendemain fut presque identique : je me levai avec le même entrain que la veille avant de rejoindre mes voisines qui ne manquèrent pas de m'assaillir une nouvelle fois de questions. Quoiqu'il en soit, nous avions convenu de nous retrouver au grand chêne pour fêter dignement mon départ et profiter tous ensemble d'une dernière journée. Nous avions prévu de nous retrouver à 10h aux environs du grand chêne et j'avais ainsi tout le temps qu'il me fallait pour trouver et convaincre Thomas de bien vouloir m'accompagner. A mon arrivée à la ferme, je ne vis pas le père, contrairement à la veille, mais des jappements répétés provenant de l'arrière de la ferme m'incitèrent à m'y rendre. Quel spectacle attachant que de voir Thomas jouer avec son chiot de tout juste quelques mois, tel un enfant. Il régnait entre les deux une parfaite entente qui ne me laissait nullement indifférente, et je ne pouvais d'ailleurs m'empêcher de sourire. Ma présence ne passa guère inaperçue pourtant et Thomas releva la tête avant de sourire une fois encore. Dieu comme son sourire était beau... En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il m'avait déjà rejoint et me tenait dans ses bras, me faisant presque perdre l'équilibre au passage.

Anne : « Thomas ! Arrête je vais tomber ! Mais... Attends ! Calme-toi ! »

Il me faisant tant rire que j'avais déjà du mal à respirer mais il se décida à me lâcher, me permettant ainsi de reprendre un peu mon souffle. J'appréhendais néanmoins sa réaction quant à ma proposition future, je savais qu'il n'appréciait que bien peu les jeunes gens qui nous attendaient près du chêne, aussi je préférai repousser encore un peu la venue de ce sujet.

Anne : « Où as-tu trouvé ce jeune chiot, Thomas ? »
Thomas : « Il y a plusieurs mois : il était sur le bord de la route. Thomas revenait d'une promenade et en le voyant, il l'a récupéré. »

Je ne pouvais m'empêcher de lui sourire tant je le trouvais touchant. Les années m'avaient d'ailleurs fait oublier ses tics de langage, quand bien même j'aurais espéré le voir user d'un 'je' après toutes ces années. Le moment me semblait toutefois opportun pour lui faire part du programme que j'avais envisagé pour cette dernière journée passée en ces lieux.

Anne : « Hm... Je pars ce soir, te l'avais-je dit ? J'aimerais passer cette journée avec toi et les autres. »
Thomas : « ... Les... autres ? »
Anne : « Oui, il y aurait toute la bande d'autrefois... »
Thomas : « ... »
Anne : « Je t'en prie, je sais que tu ne les aimes pas, mais s'il te plaît ! Fais-le pour moi. » suppliai-je.

Son sourire avait disparu et sa mine s'était renfrognée, ce qui m'attristait plus que de mesure. Il avait pris tout son temps pour répondre et avait fini par acquiescer. De joie, j'aurais volontiers sauté dans ses bras mais l'éducation qui m'avait été inculquée après l'héritage de mon père rattrapa bien vite mes désirs et un sourire suffit à le remercier. Étrangement, il me suivit sans chercher à se dérober comme il le faisait si souvent, et il ne nous fallut que bien peu de temps pour rejoindre les autres déjà disposés autour de l'arbre majestueux. Ce fut Antoine le premier qui me vit, mais il remarqua également Thomas.

Antoine : « Anne ! Te vo... Ah. Tu l'as amené.. ? »
Anne : « Au même titre que vous, Thomas est quelqu'un que j'affectionne, alors pour l'amour de Dieu, appréciez-vous mutuellement au moins aujourd'hui. »
Antoine : « Mais il n'est pas... »
Jeanne : « Allons Antoine ! Pour Anne, on peut bien faire ce petit effort rien qu'aujourd'hui ! Sois le bienvenu, Thomas ! »

Je remerciais la diplomatie dont pouvait bien faire preuve Jeanne en l'instant et son intervention m'avait fait sourire alors que je reportais mon attention sur Thomas qui, lui, ne laissait rien paraître de ses émotions. Les quelques heures suivantes furent un pur régale : nous nous amusâmes comme jamais, et Thomas essaya même de participer quelque peu. Bien que fortement modéré aux yeux des autres, je savais l'effort qu'il venait de fournir relativement important, aussi je ne pouvais qu'admirer ce qu'il avait bien voulu faire pour moi. Aux environs de 14 heures, nous avions pris place au pied du chêne et déjeunions calmement, j'avais toutefois pris la peine de m'éloigner un peu des autres pour rejoindre Thomas qui demeurait à l'écart.

Anne : « Merci d'être venu, Thomas ! »
Thomas : « ... Hm... »

Je n'avais pu m'empêcher de rire un peu et pourtant, les circonstances ne s'y prêtaient guère : sa mine était toujours aussi renfrognée et il paraissait même vexé d'être venu. Bien sûr, mon ton moqueur ne devait pas l'aider à sourire ne serait-ce qu'un peu, néanmoins, je me sentais d'humeur joueuse, aussi je ne pouvais m'empêcher de faire abstraction au moins un instant de l'éducation que l'on m'avait enseigné. Mes mains se tendirent alors vers lui et prirent possession de son crâne en douceur afin de le faire reposer contre ma gorge exceptionnellement et partiellement découverte pour l'occasion. Je ne pus m'empêcher de rire un peu en sentant sa joue contre ma peau brûlante, mais l'amusement fit bien vite place à la tendresse et mes gestes envers lui furent bien plus doux. Je ne sais combien de temps nous passâmes de la sorte : la position semblait plaire à Thomas puisqu'il n'avait pas bougé depuis longtemps maintenant, et sentir son souffle se heurter doucereusement contre ma peau était un délice dont je me délectais sans retenue. C'est alors que mes caresses se faisaient plus légères à son égard, qu'il jugea opportun de prendre la relève : l'une de ses mains se leva jusqu'à mon cou et se laissa paresseusement glisser jusqu'à crocheter mon vêtement. D'abord surprise, je ne pus m'empêcher de rire finalement en repoussant sa main.

Anne : « Ciel, comme tu es crasseux ! »
Thomas : « .. ? »

Je me défis difficilement de cette étreinte, mais souriante, j'observais Thomas qui semblait surpris de me voir partir si vite. Je ne parvenais pas encore à maîtriser mon sourire si bien qu'il étirait inexorablement mes lèvres, mais il avait au moins réussi à attirer l'attention frivole de Thomas qui me fixait désormais. Un nouveau ricanement m'échappa et je surpris un brin de nervosité en son sein, quoiqu'il en soit, je ne m'attardai pas plus longtemps à ses côtés, et entrepris de courir à travers les herbes courtes du champs bordant la forêt. Je ne savais pas encore si Thomas me suivait, je ne savais même pas si, quand bien même il le ferait, il serait apte à me retrouver au beau milieu de ces vastes bois, mais j'avais ressenti le besoin de courir pour m'éloigner au moins temporairement de lui, mais bien certainement des autres. Le souffle haletant, mes pas ralentirent peu à peu jusqu'à s'arrêter complètement à l'ombre d'un large tronc d'arbre. Que m'arrivait-il ? Pourquoi le fuir en désirant pourtant si ardemment qu'il me suive jusque dans ces bois ? Un craquement coupa court à mes réflexions et sans même savoir s'il s'agissait de Thomas ou d'un autre, ma course effrénée reprit son cours jusqu'à m'amener à un petit lac perdu au beau milieu des bois. La splendeur de l'endroit me poussa à m'arrêter, oubliant alors mon poursuivant et tout ce qui pouvait bien fouler le sol de ce divin Eden. Prenant naissance au creux de mes reins et s'étirant délicieusement le long de ma colonne vertébrale, un long frisson me poussa à m'approcher encore : anormalement claire, l'eau bruissait agréablement et reflétait les quelques rayons de soleil filtrant au travers du couvert des majestueux arbres environnants. Tout comme il m'avait incité, le matin même, à enlacer Thomas, un nouveau désir enflammait mon corps entier et me poussait à entrer dans l'eau, et je n'eus pourtant pas la force de réfréner ce désir-ci, si bien que mes vêtements longèrent mon corps avec grâce jusqu'à s'accumuler au sol. Un nouveau bruit, plus que léger et provenant de mon dos me força à tourner la tête et j'eus le loisir d'apercevoir Thomas, cette fois. C'est avec un naturel certain que mon sourire étira une fois de plus mes lèvres sans parvenir encore, à laisser sa place à la gène, puisque je me présentais désormais à lui dans le plus simple appareil. Peut-être étais-je rassurée de sentir mes longues mèches d'or recouvrir plus ou moins efficacement mes courbes jusqu'à mi-cuisse.

A nouveau, le ricanement fut la seule parole capable de m'échapper et sans tarder, je me précipitai dans l'eau, frissonnant encore au contact de la température glaciale du liquide qui caressait mes chevilles. Le pas suivant fut bien plus hardi mais les conséquences se firent ressentir : la descente s'était avérée un peu plus abrupte que je ne l'aurais imaginé, aussi l'eau engloutit la totalité de mes cuisses jusqu'à frôler agréablement ma taille, m'arrachant alors une nouvelle salve de frissons. J'observais, souriante, les stries légères partant de mon corps pour s'étendre indéfiniment à la surface de l'eau jusqu'à troubler les reflets des bois. Bien que satisfaite par l'exquise sensation qui parcourait mon corps, je m'étonnais encore de ne pas voir Thomas à mes côtés. Après avoir pris soin de rabattre quelques unes de mes mèches de cheveux sur ma gorge, je tournai légèrement sur moi-même pour reporter mes yeux sur lui : il n'avait pas bougé depuis son arrivée et gardait ses yeux braqués sur moi. Bien qu'intimidée par ce regard insistant, je ne pus m'empêcher de pousser le vice un peu plus loin.

Anne : « Pourquoi ne viens-tu pas.. ? »

Comme s'il avait attendu cette invitation depuis le début, Thomas bougea enfin et s'approcha jusqu'à regagner mes vêtements abandonnés non loin de l'eau. Son observation dura quelques temps et il se décida finalement à m'imiter, s'effeuillant avec une lenteur presque exagérée et je me surprenais à mordiller une fois de plus, ma lèvre inférieure. Le rouge me vint pourtant bien vite aux joues lorsque son corps délicieusement masculin s'avança vers moi d'un pas certain. Mais à quoi pouvais-je décidément bien jouer ? N'avais-je point désiré cet instant, depuis le début ? Mon prénom s'échappa finalement de ses lèvres tentatrices et m'arracha à mes songes pour remarquer enfin sa proximité soudaine. Surprise, mais sans doute anxieuse également, je ne pus m'empêcher de me reculer un peu, accélérant alors qu'il m'emboîtait le pas et bien vite, mon dos se heurta brusquement à une pierre poreuse délicieusement chauffée par les rayons du soleil. Désormais acculée et prise à mon propre piège qui plus est, je ne pouvais que l'observer : à nouveau immobile et me faisant face. Il fut le premier à entamer un contact réel, et sa main épousant ma gorge m'arracha un soupir léger qui éveilla bien vite cette agréable douleur latente aux creux de mes reins, me poussant ainsi à l'imiter. Mon erreur fut toutefois de dégager les mèches de cheveux qui obstruaient ses beaux yeux car je ne pus, dès lors, me résoudre à les délaisser un seul instant si ce n'est pour sceller amoureusement mes lèvres aux siennes.

Il me surprit une fois de plus en faisant preuve d'une impressionnante douceur à mon égard et ce, du début à la fin. Ses doigts parcourant ma peau m'offraient une délectable sensation qui parvenait au moins en partie, à combler la douleur véritable, cette fois, qui m'avait pris à la gorge et qui dévorait maintenant mes entrailles alors qu'il s'était inexorablement rapproché ... Je ne sais combien de temps notre étreinte langoureuse dura, mais une fois la douleur et ce savoureux contact passés, la délicatesse de ses gestes était encore là et je ne pouvais m'empêcher de m'en réjouir. Il était resté à mes côtés et s'était plu à reposer sa tête sur ma gorge, une nouvelle fois, ce qui me faisait sourire d'ailleurs, alors que l'expression qui parcourait son visage restait somme toute neutre. Bien vite pourtant et alors que les rayons du soleil se faisaient de plus en plus rares, mon sourire disparut et une mélancolie certaine prit possession de mon esprit. Distraitement, mes doigts s'étaient mêlés à ses mèches sombres ondulant sous les perles d'eau qui s'y trouvaient encore, et je profitais une dernière fois de son odeur si fraîche et sauvage.

Anne : « ... Te manquerai-je ? »
Thomas : « Tu reviendras. »
Anne : « Hm... Tu en sembles bien sûr... »
Thomas : « Si tu ne reviens pas, Thomas ira te chercher. »
Anne : « Idiot... »

Sa réplique m'avait fait rire, le secouant ainsi au passage puisqu'il n'avait pas daigné délaisser ses positions. Le rire passé, la mélancolie revint et je ne pus retenir un soupir cette fois-ci.

Anne : « Je ne veux pas partir... »
Thomas : « Alors reste. »
Anne : « Ce n'est pas si s... »
Thomas : « .. ? »

Je m'étais coupée dans ma propre phrase : rester m'était impossible puisque ma famille ne résidait plus là, et il était tout bonnement impossible qu'ils reviennent en ces lieux, mais si je ne pouvais rester, Thomas pouvait bien partir ! Sur le coup, je ne me rendis pas compte de l'égoïsme de cette requête tant j'étais heureuse de trouver une échappatoire à une nouvelle séparation, mais quand bien même j'aurais pris conscience de cet égoïsme grandissant, je n'aurais pas renoncé pour autant à cette possibilité. Sans ménagement, je m'étais redressée, l'obligeant ainsi à user de ses propres appuis.

Anne : « Viens avec moi ! »
Thomas : « .. ? »
Anne : « S'il te plaît ! Il n'y a rien qui te retienne ici, et tu pourras venir voir ta famille de temps en temps. Tu verras les belles robes et les beaux costumes des cours de Paris ! »

Je suis bien incapable de dire l'expression que son visage arborait tant ma joie était grande. Je ne sais pas même s'il avait seulement manifesté son accord alors que je le trainais jusqu'à chez lui pour énoncer cette proposition à son père. Cet homme, un peu rêveur et ami de longue date avec mon père, avait laissé le choix à son fils tout en le gratifiant d'un large sourire et ce n'est qu'en cet instant précis qu'un 'oui' s'aventura hors de la bouche de Thomas : je dus alors fournir nombre d'efforts, une nouvelle fois, pour contenir ma joie et ne pas lui sauter au cou en le couvrant de baisers. Après l'avoir aidé à réunir les quelques affaires en sa possession, nous rejoignîmes ma nourrice et le carrosse qui devait nous mener à mes parents. Il fut difficile pour Thomas de comprendre qu'il ne devait pas m'approcher, ou manifester quoi que ce soit à mon égard mais il s'en accommoda finalement, les paysages divers aidant sans doute à lui changer les idées. L'arrivée à Paris fut complexe : là encore, il fallait expliquer à ce petit paysan comment se tenir convenablement et il devait surtout apprendre à ne pas partir à sa guise. Passer la découverte de la ville et l'illumination de son regard, nous arrivâmes enfin à bon port et ma mère m'accueillit joyeusement, réservant un accueil un peu plus froid à ce jeune homme qui l'effrayait parfois. La réaction de mon père à ce propos fut moins flagrante : fort peu démonstratif, il n'avait pas pris la peine de me prendre dans ses bras, mais n'avait pas manqué de me demander si j'avais mené à bien la mission qu'il m'avait confié. Une fois rassuré, il s'était autorisé un sourire et avait demandé à ce qu'on fasse préparer une chambre pour Thomas, encore passionné par ce qu'il voyait.




Dernière édition par Thomas Chartier le Ven 7 Oct - 10:39, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Thomas Chartier [100%]   Mer 5 Oct - 7:17

Chapitre II - Inévitable Lassitude.

[...]
M. Prévot : « Ah mais la voilà justement ! Ciel... Ne la trouves-tu pas merveilleuse, Thomas ? »
Thomas : « A n'en pas douter, monsieur Prévot. »
Anne : « Cessez donc vos viles flatteries, messieurs ! »

La plaisanterie était de mise ce soir et je ne pouvais m'empêcher de rire face à ces deux hommes souriants. Voilà déjà trois ans que Thomas nous avait rejoint et il était à présent un parfait gentilhomme, aussi il était bien difficile de revoir le petit paysan derrière ce magnifique jeune homme, outre la façon qu'il avait de se tenir car ce n'était pas encore tout à fait parfait sur ce point. Ainsi dégagé, son regard semblait malicieux et son sourire ne faisait qu'accentuer cet effet. Je venais de parcourir le long corridor séparant ma chambre des escaliers conduisant à l'étage, et alors que je descendais lascivement les marches de marbre recouvertes d'un tapis de velours, les deux hommes m'attendaient en leurs pieds, troublant la concentration qui m'était nécessaire pour ne pas trébucher. J'arrivai enfin au bas des escaliers et mon père nous laissa, Thomas et moi, alors que ce dernier s'inclinait respectueusement devant moi, se saisissant au passage de ma main gantée pour feindre de la porter à ses lèvres.

Thomas : « Tu es d'une splendeur à faire pâlir les plus belles déesses, Anne. »
Anne : « Ne t'avais-je point demandé de cesser les flatteries ? »
Thomas : « Allons ma chère, ce n'est là que la triste vérité. A quoi bon vous flatter lorsque vous m'êtes acquise ? »

Sa dernière remarque m'avait fait monter le rouge aux joues en une fraction de secondes et je n'avais pas même eu l'inspiration nécessaire pour lui répondre quoi que ce soit, ne serait-ce que pour le mettre en doute. Thomas parvenait à me surprendre souvent il est vrai, mais ses talents m'éblouissaient un peu plus encore chaque fois qu'il daignait me les montrer. Le faire à ce point évoluer n'avait pourtant pas été d'une simplicité exacerbée et nous avions essuyé de nombreuses disputes avant d'en arriver à ce jour. Les premiers mois ayant précédé son arrivée avaient été relativement difficiles car bien vite, cette nouvelle vie lui avait fait regretter sa famille et sa ferme. Par ailleurs, je n'avais pas été apte à honorer les promesses que je lui avais faite afin qu'il daigne me suivre jusqu'à Paris, et il s'en était rendu compte assez rapidement, il faut le reconnaître. Lorsque j'y repense, cette période-ci est bien sombre et je l'ai haï plus que je ne l'ai aimé, c'est certain. Lui apprendre la bienséance avait été un apprentissage long et fastidieux, chaque jour étant ponctué de rebondissement divers, de colère et de disputes. Alors qu'il était à peine arrivé, mon père n'avait pas manqué de me prévenir : il ne comptait certainement pas dépenser son argent pour ce 'rustre sauvage et farouche', aussi, si je voulais le garder près de moi, il me revenait tout naturellement le soin de l'éduquer convenablement quand bien même cette décision avait lourdement déplu. Aujourd'hui pourtant, on saluait mon entêtement et mon père avait même pris le temps de redécouvrir ce jeune homme qu'il considérait presque comme un fils désormais. Finalement, j'étais peut-être la plus sceptique de tous car au fil du temps, Thomas s'était prêté à mon enseignement et ses progrès avaient été notables si bien qu'aujourd'hui et ce, depuis quelques mois maintenant, il paraissait être un homme épanoui et à mes yeux, peut-être l'était-il un peu trop. Il avait gagné en assurance et ne manquait pas de me le faire remarquer puisque par ma faute, un large côté facétieux avait vu le jour chez lui. Malgré tout, à le voir aussi beau, je ne pouvais que l'aimer désormais. Bien avant déjà, sa rare tendresse parvenait à me faire oublier sa trop grande susceptibilité et lorsque ses lèvres se posaient sur ma peau, je ne pouvais que lui pardonner ses colères. Aujourd'hui encore, la passion me consumait mais il n'avait même plus besoin de s'approcher car seul son regard suffisait. Afin qu'il soit présentable, les mèches qui n'avaient de cesse de cacher en grande partie son visage avaient été coupées et ses cheveux étaient maintenant délicieusement ondulés. Contempler ses iris était un délice, mais lorsqu'il les braquait sur moi de lui-même...

Thomas : « [...] Anne ? M'entends-tu seulement ? Nous devrions y aller. »
Anne : « Hm ? Oh ! Bien sûr, pardon. »

Sans attendre, j'enfilai le long manteau noir qu'il me proposait et gagnai l'extérieur pour rejoindre le carrosse. Je me surpris à être soulagée de ne pas me retrouver face à Thomas alors que nous nous rendions à une fête organisée par un bourgeois, proche ami de mon père. Je ne pouvais m'empêcher d'être anxieuse cependant, car mon père comptait bien profiter de cette fête pour me trouver un fiancé digne de ce nom et j'avais malencontreusement omis de faire part de ce détail à Thomas qui, aux yeux de tous, n'était resté qu'un ami d'enfance. A mon grand regret, le voyage ne dura pas longtemps et bien vite, bien trop vite, le carrosse se stoppa pour nous faire descendre dans la cour d'une splendide demeure. Le maître des lieux en personne, accompagné de son fils, prit soin de nous accueillir et je dois bien avouer que lorsque la musique me parvint, mon anxiété ne manqua pas de s'évaporer. J'aimais tout particulièrement ce genre d'endroits fastueux et les robes des grandes dames étaient toujours un délice pour l’œil. Très vite pourtant, je cherchai à trouver Thomas : il n'était pas sans sortir de notre demeure depuis quelques temps, mais c'était là sa première grande soirée, j'espérais donc de tout cœur ne pas le voir recroquevillé dans un coin de la salle. Force est de constater qu'il n'était pas recroquevillé, loin de là, et je ne manquai pas de le déplorer lorsque je le vis plutôt bien entouré. Plusieurs jeunes femmes de mon âge semblaient s'intéresser à lui, et je reconnaissais parfaitement le sourire qu'il leur adressait pour ne l'avoir que trop rencontré par le passé. Le voir ainsi me déplut fortement et je ne m'attardai pas sur cette vision, préférant d'ores et déjà chercher des yeux le fils du bourgeois qui organisait cette fête afin d'exécuter dignement les plans de mon père. De toute la soirée, je n'ai plus revu Thomas, et le lendemain, c'est moi qui le fuyait plus ou moins subtilement. Il me rejoignit pourtant le soir venu comme bien souvent, et alors que la maison dormait calmement, il chercha à se glisser à mes côtés alors que je feignais le sommeil. Son attitude me laissa de marbre au moins jusqu'à ce que son souffle ne s'égare sur ma peau mais, plutôt que de m'arracher un frisson, il ne fit qu’attiser l'agacement que je ressentais pour lui.

Anne : « Tu perds ton temps. », avais-je murmuré sèchement.
Thomas : « Le crois-tu.. ? »
Anne : « Assurément. »

Comme pour en être certain, Thomas mêla ses mains à cette histoire, m'obligeant cette fois-ci à me redresser vivement dans la couche pour le repousser sans hésitation alors qu'il riait de me voir en un si triste état.

Thomas : « Allons, tu vas nous faire entendre. »
Anne : « Qu'ils t'entendent ! Peut-être alors, te mettront-ils dehors ! »
Thomas : « Tiens donc, tu ne veux plus de moi ? »
Anne : « Assez ! N'as-tu donc point d'autres femmes à aller voir ?! »
Thomas : « Je n'ai que faire des autres femmes... »
Anne : « ... Je ne pensais pas vous avoir enseigné le mensonge, monsieur Chartier... »

Semblables aux tic-tac mécaniques et sans fins d'une horloge, le rire de Thomas se fit plus faible mais resta néanmoins présent alors que j'étais hors de moi, une fois encore. Cet homme me rendait folle et il en avait désormais conscience. Ignorant délibérément mes ordres ou abusant peut-être des sentiments que j'avais pour lui, il se saisit de mes poignets et s'allongea presque sur moi pour venir nicher son visage dans mon cou. J'allais protester et me débattre de plus belle, mais son rire se tût enfin afin de laisser place à un murmure tout juste audible.

Thomas : « J'essaye de comprendre, de réfléchir sans y arriver. Dis-moi pourquoi tu peux être en colère quand je suis avec d'autres femmes, quand je dois me taire, alors que tu côtoies d'autres hommes.. ? »

Au fil de ses paroles, je sentais son visage se déchirer peu à peu et laisser ainsi place à la tristesse jusqu'à ce que ses larmes se heurtent à mon cou. C'est en de telles circonstances que la fragile frontière entre le Thomas que j'avais créé de toute pièce et celui qui avait toujours existé m'apparaissait le plus clairement. Que pouvais-je bien lui répondre si ce n'est qu'il était le malheureux instrument de mon égoïsme ? Il était bien le seul pour qui j'éprouvais de tels sentiments et c'est pour cette même raison que je me refusais à le voir aux mains d'autres femmes. Mes mains se posèrent respectivement dans son dos et dans ses cheveux, là où mon crâne s'appuyait contre le sien, humant son parfum comme pour profiter une dernière fois de sa présence alors que l'inévitable semblait poindre à l'horizon.

Thomas : « ... Je veux rentrer... »




Chapitre III - Mise-à-mort.

Voilà déjà quatre années que Thomas avait quitté la demeure dans laquelle nous résidions désormais, ma famille et moi. Le souhait qu'il avait fait de vouloir rentrer chez lui s'était réitéré de nombreuses fois et il avait finalement eu raison de moi : je l'avais laissé partir sans l'obliger à revenir. Il n'était d'ailleurs pas revenu. Ces quatre années me furent néanmoins bénéfiques : j'eus le loisir de réfléchir sur les sentiments que je lui vouais tout en profitant des jeunes années de ma vie. Le manque n'avait pourtant eu de cesse de grandir et un beau matin de décembre, j'avais quitté la demeure familiale pour retourner une fois de plus dans la petite bourgade qui m'avait vu naître. Le voyage m'avait paru bien plus long encore que la dernière fois et j'appréhendais un peu le Thomas que j'allais retrouver, si jamais j'arrivais à le retrouver. Le voyage m'avait occupé une journée entière, tant est si bien que j'étais arrivée au village alors que la nuit était déjà bien avancée. Le village, recouvert d'une épaisse couche de neige, était plongé dans le calme le plus plat : seule la lueur de la pleine lune éclairait ce paysage nocturne, et c'était là une vision magnifique sur laquelle je ne m'étais pourtant pas attardée plus que de mesure.

A peine avais-je foulé le sol de mes bottes que je partais déjà me promener afin de profiter de ces landes familières non sans connaître à l'avance la destination de ma promenade. Cette nuit était plutôt fraîche et l'épais manteau qui recouvrait ma robe m'aidait à conserver un semblant de chaleur afin d'avancer. Bien que mon pas soit décidé - aussi décidé puisse-t-il être dans la neige, en tout cas -, je n'étais pas désireuse de voir Thomas dès ce soir, ou tout du moins, je ne voulais pas qu'il me voit ou que nous parlions simplement. Afin d'être un peu plus discrète, j'avais regagné les bois qui enserraient la petite fermette et je m'étais calmement accotée à un arbre, non loin de l'habitation. Les flammes des bougies dansant à l'intérieur de la ferme rendaient cette dernière accueillante et lui donnaient un charme qu'elle n'avait incontestablement pas en plein jour, mais outre ce délicieux spectacle, aucune silhouette ne semblait se dessiner aux environs. Je ne sais plus exactement combien de temps je suis restée immobile à attendre sagement que son ombre se profile, toujours est-il qu'il sortit de la maison alors que j'étais sur le point de m'en aller.

Un léger sourire étira mes lèvres blanchies par le froid : tout était presque redevenu comme avant. Les cheveux du jeune homme avaient poussé et recouvraient à nouveau ses yeux, quant à sa posture globale : il ne semblait pas être aussi vouté que d'ordinaire, mais c'était sans doute dû à la porte contre laquelle il prenait appui. Maintenant que j'avais vu ce pour quoi j'étais venue, je ne m'attardai pas plus longtemps et rebroussai chemin pour me changer peut-être un peu les idées et penser à mon lendemain. On me surprit pourtant alors que je parcourais les bois : un simple bruissement me stoppa net et avant même que je ne puisse me retourner, mon corps semblait prisonnier d'un véritable étau qui ne se desserra qu'au son de ma voix.

Médecin Bonneau : « Anne ?! »

A mon tour, je reconnus une voix bien trop familière et d'un coup d'épaule, je me dégageai des bras puissants de l'homme.

Médecin Bonneau : « Mais enfin... Que faîtes-vous là ?! »
Anne : « Je pourrais vous retourner la question. », dis-je froidement tout en réajustant mon manteau.
Médecin Bonneau : « ... Les bois sont dangereux, la nuit, vous savez, les l... »
Anne : « Les loups, c'est ça ? », l'avais-je coupé, déjà contrariée.
Médecin Bonneau : « Anne, vous devriez être plus prudente... »

...
Je m'étais extraite à ma couche tardivement le lendemain. Après tout, la rencontre de la veille m'avait contrarié et j'avais eu grand mal à trouver un sommeil calme et réparateur après ce fâcheux évènement. Quoiqu'il en soit, je n'avais pas attendu plus longtemps pour quitter la petite maisonnette qui me servait d'abri le temps de quelques jours. Alors que j'avais dans l'idée de rejoindre Thomas de bon matin, un attroupement de villageois attira mon attention : contrairement à la veille, il y avait un brouhaha permanent qui sonnait comme un désagréable bourdonnement. L'idée de m'approcher me traversa l'esprit, mais n'ayant que bien trop peu de temps devant moi, je repris mon périple sans plus attendre. Le voyage fut d'autant plus long que quelques unes de mes connaissances ne manquèrent pas de me reconnaître et m'interpellèrent bien évidemment, le temps d'échanger quelques paroles et, bien sûr, d'évoquer le retour prématuré de Thomas. Je ne pus enfin voir la petite fermette qu'en milieu d'après-midi et, à l'instar de la veille, je tâchai de me faire le plus discrète possible. Il ne me fallut que bien peu de temps pour le retrouver au beau milieu des animaux, comme à son habitude et c'est précisément parce que les bêtes me guettèrent avec insistance que Thomas remarqua ma présence. Dans un premier temps, il resta neutre et finalement, un sourire vint étirer ses lèvres alors qu'il approchait de lui-même. Le Thomas que j'avais forgé n'était plus, sans nul doute, et pourtant je reconnaissais encore le jeune homme distingué dans la façon qu'il avait d'avancer, ou de se tenir au moins.

Thomas : « Bonjour, Anne. »
Anne : « Hm. C'est tout ? Moi qui pensais t'avoir manqué. », lui avais-je répondu pour toutes salutations.
Thomas : « C'est que... Je ne t'attendais plus. Voilà déjà bien longtemps que nous ne nous sommes pas vus... »
Anne : « Quatre ans. »

J'avais mis fin à cette phrase de moi-même, car j'aurais pu ajouter le nombre exact de mois et de jours. Ces quatre années m'avaient montré l'égoïsme dont j'avais pu faire preuve à son égard, mais elles n'avaient fait que refléter plus encore la passion que j'éprouvais pour lui. Ce sentiment que je nourrissais vis-à-vis de lui me rendait faible et j'avais une sainte horreur de cela je devais bien l'avouer, bien trop fière pour le supporter ou l'imaginer simplement. Il s'était arrêté tout près et je n'avais pas fait l'effort de m'avancer, cherchant à être la plus distante possible, persuadée que ses sentiments à mon égard divergeaient.

Thomas : « Il est bon de te revoir... Quel bon vent t'amène ? »
Anne : « Aimes-tu les promenades nocturnes ? »
Thomas : « Je n'ai rien contre, mais... »
Anne : « Parfait, alors retrouvons-nous dans les bois ce soir, aux environs de minuit. Tu me trouveras sans mal, comme toujours. »

A cette réflexion, un sourire avait étiré mes lèvres et j'avais fait demi-tour à regret. J'étais désireuse de l'avoir tout contre moi, mais mon orgueil m'avait poussé à attendre que le geste vienne de Thomas : c'était bien entendu, trop lui demander. En quatre années, j'avais eu certes le temps de me rendre compte que l'absence de Thomas me pesait, mais j'avais également réalisé que son abandon n'avait fait qu'attiser la haine - tout comme l'incompréhension d'ailleurs - que je lui vouais. Je ne m'étais pas attardée plus longtemps à ses côtés, jugeant le soir meilleur pour discuter de choses variées, et avais rejoint l'ancienne maison de mes parents afin de me préparer pour la nuit venue. Les heures s'étaient écoulées bien trop lentement sans nul doute, mais j'avais pris le temps de revêtir une robe de couleur fauve, recouverte d'une "robe-manteau" noire, fermée d'une attache à hauteur de ma poitrine et doublée de fourrure. Cette nuit-ci ressemblait en tout point à la précédente à ceci près que la neige daignait bien vouloir s'apposer sur nos épaules pécheresses. J'avais rejoint le bois tôt dans la nuit et m'étais arrêtée tout près du petit lac gelé dans lequel nous nous étions baignés, Thomas et moi, quelques années plus tôt. Il ne m'avait pas fallu beaucoup de temps pour me décider sur l'endroit : il était en tout point parfait puisque c'est là que j'avais voulu changer la destinée de ce jeune homme pour la première fois. Je n'avais aucune idée de l'heure lorsque la présence de Thomas se fit enfin sentir non loin, trop occupée que j'étais à fixer la pleine splendeur de l'astre lunaire.

Thomas : « Nous avons eu la même idée... »
Anne : « Hm... »
Thomas : « Pourquoi voulais-tu me voir ? »

Il avait pris place à mes côtés, non loin du lac et à même le sol. Bien que mon regard soit rivé sur l'astre de ces cieux ténébreux, je sentais son regard posé sur moi, me détaillant sans doute plus ou moins.

Anne : « Tu as repris tes habitudes ? »
Thomas : « Oui. J'ai retrouvé mes repères, et mon père était soulagé de me voir revenir. »
Anne : « Regrettes-tu les quelques années passées avec moi ? »
Thomas : « Non. Je suis content d'avoir connu de nouvelles expériences. Et grâce à toi, j'ai changé, mon père était très fier. »

Un fin sourire avait étiré mes lèvres alors que je me relevais afin de faire quelques pas en arrière, là où Thomas n'avait pas bougé et préférait observer les environs. Un silence fragile s'était installé entre nous deux l'espace de quelques minutes, et étrangement, c'est Thomas qui l'avait brisé.

Thomas : « Pourquoi vouloir me voir la nuit ? »
Anne : « ... »
Thomas : « D'ailleurs, monsieur Bonneau a été retrouvé inconscient, gelé jusqu'aux os et gisant dans son propre sang, ce matin. »

Mon silence insistant l'avait poussé à marquer une pause plus longue que les précédentes et un soupir rauque m'échappa enfin. Foulant le sol avec lenteur, je réduisis à nouveau la distance entre nous deux et ce n'est que lorsque je vis cette ombre massive se refléter vulgairement sur la glace fine que je m'arrêtai enfin.

Thomas : « Anne.. ? »

Je percevais dans sa voix un brin d'inquiétude mêlé, peut-être, à de la méfiance, mais ce n'est que lorsqu'il croisa mon regard que j'y vis réellement la peur. Ce sentiment, pourtant si naturel eu égard aux circonstances, m'arracha un grognement animal et me poussa à mordre son épaule alors qu'il s'était redressé vivement en apercevant cette silhouette que je ne connaissais que trop bien. La surprise, la douleur, le choc, que sais-je encore, firent perdre l'équilibre à Thomas et il bascula dans le lac, brisant la fine pellicule de glace qui le recouvrait alors que, de sa bouche, s'arrachait un hurlement empli de douleur. Bien que son épaule soit visiblement douloureuse, le froid l'avait rapidement engourdi alors qu'il avait regagné la berge sans parvenir pour autant à s'y hisser. Le calme retomba lentement et les stries parcourant la surface de l'eau disparurent lentement jusqu'à former une surface plane et uniforme. Outre la lune et les ombres macabres des branches, ma silhouette devenue massive se reflétait à la surface de l'eau, et de cette ombre effrayante au pelage luisant et aux oreilles dressées, on ne pouvait distinguer que deux yeux vifs et une gueule armée de dents aiguisées telles des couperets, délicieusement maculées de sang. De son sang.

Le reste de la nuit est encore trouble et je n'ai sans doute fait qu'être en proie à la folie, faute d'avoir pu assouvir quelques pulsions sanguinaires sur Thomas. Ce n'est qu'à cette pensée que le souvenir de ce pauvre malheureux me vint et quelques pas furent nécessaires afin que mon regard puisse s'abaisser à nouveau sur lui, inexorablement immobile. Peu à peu, mon sang-froid revint et alors que ma nature humaine reprenait pleinement le dessus, la panique commençait lentement à me malmener. Mon premier réflexe fut de hurler son nom après quoi, seulement, je me décidai à le sortir de l'eau pour lui retirer ses vêtements et l'envelopper dans mon manteau de fourrure. Alors même que je le frictionnais, son corps demeurait glacé et les larmes commençaient à embuer ma vue. Ce n'était pourtant là que le début de nombreuses souffrances, qu'il s'agisse de moi ou de lui.

A l'abri des regards, je l'avais ramené chez moi, profitant encore d'une nuit fuyante, et avais pris soin de le réchauffer. Peu à peu, il avait retrouvé une température respectable au fil de la journée, mais il n'avait pas pour autant rouvert les yeux. Ce ne fut que le soir, quelques heures à peine avant que la dernière nuit de pleine lune ne s'abatte, qu'il voulut bien soulever ses paupières pour me laisser voir une nouvelle fois ses exquises pupilles. De joie cette fois-ci, les larmes maculèrent mes joues mais ce ne fut que temporaire. Bien qu'enrouée, sa voix se faisait tout de même entendre.

Thomas : « Que m'est-il arrivé.. ? »
Anne : « Tu ne t'en souviens pas ? »

Aussitôt, ses sourcils s'étaient légèrement froncés alors que ses yeux se fermaient à nouveau. Pendant quelques secondes, il resta immobile et il paraissait si calme que je le croyais déjà rendormi : à tort, puisqu'il se redressa brutalement, non sans une grimace alors que son épaule meurtrie, entre autre chose, lui rappelait la douleur de la veille.

Thomas : « Si ! Maintenant si... Mais et toi, tu vas bien ?! »
Anne : « Oui... »
Thomas : « La bête ne t'a pas attaqué ? »
Anne : « ... Thomas... »

Comment lui avouer que la bête dont il parlait n'était autre que moi ? Comment lui dire que si je l'avais attiré dans les bois, la nuit, ce n'était que pour me l'approprier une nouvelle fois et plus efficacement que par le passé ? La force me manquait désormais et je ne savais comment lui expliquer ce que mon égoïsme avait encore engendré. Le temps me pressait pourtant et lorsque l'horloge sonna, mon regard s'affola de plus belle. Sans lui donner davantage d'explications, je le forçai à se lever afin qu'il s'habille. Thomas n'était que trop habitué à mon impulsivité naturelle, néanmoins mon comportement n'était pas sans entraîner plusieurs questions qui me furent posées en bloc alors qu'il se refusait à entrer une nouvelle fois dans les bois. Contrairement à ce que j'avais bien pu penser auparavant, tout lui dire fut plus simple que ce que j'avais bien pu imaginer. A l'image de ces questions, j'avais déversé sur lui un flot ininterrompu de paroles qui l'avaient sans nul doute embrouillé, mais qui l'avait au moins convaincu d'avancer.

La nuit qui avait suivi avait été tout particulièrement difficile : pour lui, qui subissait déjà sa première transformation et qui dévoilait pour la première fois une agressivité qui lui serait désormais acquise ; tout autant que pour moi, qui fut contrainte de le maîtriser au mieux, non sans le blesser à plusieurs reprises. J'avais déjà tenté de me l'approprier par le passé, en l'amenant avec moi afin qu'il y reste durablement, mais j'avais échoué malencontreusement puisque nous n'avions pas les mêmes désirs, visiblement. La seule option qu'il me restait pour qu'il veuille bien rester avec moi n'était autre que le changer en ce que j'étais depuis mes plus jeunes années, et ce que nous avions réussi à cacher presque miraculeusement, ma famille et moi. Cette transformation avait pourtant entrainé un changement que je n'aurais jamais soupçonné : en le mordant ce soir d'hiver, j'avais causé notre perte et jamais Thomas ne s'est réjoui de sa nouvelle nature, bien au contraire. Peu de temps après sa transformation, nous quittâmes ces terres pour voyager ensemble et découvrir plusieurs villes de France sans jamais oublier de passer par Paris. Le couple dont j'avais tant rêvé n'était pourtant pas aussi parfait que dans mes songes et le Thomas que j'aimais plus que la vie elle-même se laissait mourir à petit feu.




Chapitre IV - Retrouvailles Mortelles.

Pendant plusieurs années, l'errance fut notre seule compagne et j'étais heureuse de voir que Thomas me suivait sans douter. Notre relation n'était plus la même pourtant, et même si nous restions assez proches, tous les deux, je sentais en lui un sentiment de colère à mon égard. Il m'en voulait incontestablement pour l'avoir forcé à embrasser ma voie. Il ne parviendrait sans doute jamais à me pardonner mon égoïsme, et sans doute était-il triste de voir que je n'avais que faire de ce sentiment tant qu'il était à mes côtés, et ne songeait pas à repartir auprès des siens. J'eus cette vision des choses les premières années, cependant, et bien vite, le comportement de Thomas s'altéra et je pris réellement conscience de tout ce que j'avais pu lui infliger depuis le début. Ses paroles devenaient de plus en plus rares, et le poids de la souffrance semblait peser sur ses épaules, voutant ainsi son dos comme par le passé. Le Thomas que j'avais forgé avait totalement disparu désormais, si ce n'est peut-être la façon qu'il avait de parler, parfois, mais peut-être était-ce une bonne chose car au fond, ce n'est pas de ce personnage abstrait dont j'étais tombée amoureuse.

Thomas : « Me tueras-tu, un jour ? »
Anne : « Hm ? Que t'arrive-t-il, soudainement ? »
Thomas : « La pleine lune est ce soir, alors... Me tueras-tu encore, ce soir.. ? »

La pleine lune le rendait plus mélancolique encore qu'il ne pouvait bien l'être le reste du temps et cette question qu'il me posait sans cesse me déchirait inlassablement le cœur. A ses yeux, je l'avais tué une première fois en le transformant il y a de cela quelques temps ; cette mort l'avait pourtant amené à goûter aux joies d'une toute autre vie mais, malgré mes efforts, cette dernière n'avait su le charmer, aussi il réclamait sans cesse une mise à mort réelle, une fin à cette grande et miséreuse pièce de théâtre. Je m'efforçais pourtant de rire à chaque fois, même si le soir venu, il ruinait tout mes efforts et me plongeait à mon tour dans une profonde détresse. A chaque pleine lune, il se transformait par dépit plus que par envie et si chez certains, cette transformation s'apparentait à une délivrance, chez lui, c'était tout l'inverse. L'appel de cet astre splendide lui rappelait les souffrances endurées et à chaque pleine lune, il hurlait à en mourir jusqu'à ce que l'épuisement l'emporte. Alors, je voyais dans ses yeux une lueur tristement pâle qui me transperçait le cœur sans pitié et qui rendait pourtant son regard d'autant plus envoûtant. Je savais, qu'au fond, il désirait ne jamais se réveiller et cette pensée que je n'osais m'avouer, se voyait pourtant confirmée chaque matin, lorsqu'il se réveillait et voyait une fois de plus ce monde sous ses pieds et son implacable bourreau à ses côtés. Comment ne pas se sentir coupable en voyant ces larmes parcourir ses joues ?

Au fil des années, le désespoir grandissant de Thomas altéra également mon comportement et ma patience à son égard s'en vit modifiée. Ma douceur n'avait plus lieu d'être et c'est sur lui que s'abattait toute l'agressivité dont je pouvais faire preuve. Je parvins toutefois à trouver une raison de vivre pour nous deux pendant onze années environ, mais ces années passées, ma raison et la sienne, par la même occasion, n'étaient plus aussi éclatantes qu'à mes jeunes années. Ne plus voir son sourire étirer ses lèvres, ne plus croiser son regard sans y déceler des regrets et ne plus même entendre mon prénom sortir de sa bouche me tuait à petit feu. Et je me surprenais à mourir d'amour. Quelle fin pitoyable pour une femme orgueilleuse.

Anne : « Thomas ? »
Thomas : « Oui, Maîtresse ? »
Anne : « Et si nous retournions sur nos terres natales ? »

A cette proposition, j'avais espéré le voir sourire ne serait-ce qu'un peu, mais c'est sur un ton monocorde qu'il avait accepté. Le soir-même, nous nous étions mis en route et avions quitté une petite ville de Bretagne pour rejoindre notre sempiternel et immuable bourgade. Après plusieurs jours de marche, les paysages nous semblèrent enfin familiers et je me surpris à être moi-même heureuse de revoir les gens que nous avions quitté, bien des années plus tôt. Quelques nouveaux visages étaient apparus mais nous reconnaissions également des anciens qui nous prêtaient une attention toute relative. Au grand dam de Thomas, ce fut Antoine le premier qui nous vit et s'exclama à voix haute.

Antoine : « Mon dieu mais... C'est toi, Anne ?! Comme tu es belle ! Tu as toujours le visage de tes vingt ans ! »
Anne : « Bonjour Antoine, et merci. »
Antoine : « Et je vois que tu es toujours aussi bien accompagnée... Ton vieux père sera content de te revoir, Thomas. »

Les sourcils de Thomas se froncèrent et je compris que voir Antoine ne l'avait pas mis de bonne humeur. Il me fallut donc abréger les retrouvailles, après quoi nous tachâmes de nous faire plus discrets. Nous nous dirigions alors en direction de la fermette des Chartier et je tâchais de faire mes dernières recommandations à Thomas, jugeant que la maîtrise de ses émotions lui faisait encore défaut. Quoiqu'il en soit, je ne prêtais pas grande attention aux personnes que nous étions susceptibles de croiser, et ce n'est que lorsqu'une voix désagréablement familière nous interpella que je m'arrêtais enfin pour adresser un sourire outrageusement hypocrite au nouveau-venu.

Anne : « Docteur... Quel plaisir de vous revoir... »
Médecin Bonneau : « Moi de même, Anne. Vous n'avez pas changé. »
Anne : « Et je ne puis malheureusement en dire de même de vous : le poids de ces dernières années semble se faire sentir. »
Médecin Bonneau : « Haha ! Assurément, ma chère. »
Anne : « Mais au fait ! Je suis partie alors que vous vous étiez fait attaquer, il me semble. Comment vous portez-vous ? », avais-je lancé, sourire en coin.
Médecin Bonneau : « A merveille, ce ne sont pas quelques petites griffures qui vont m'avoir ! »
Anne : « Tant mieux... Pardonnez-nous mais nous sommes pressés. Au plaisir de vous revoir, Docteur. »

A nouveau contrariée, j'avais empoigné le bras de Thomas et l'avais trainé à ma suite, avançant d'un pas plus décidé tout en marmonnant quelques paroles entre mes dents. Thomas ne s'en était pas formalisé pourtant, il avait appris à me connaître après tout, et avait été contraint de découvrir cette partie de moi que je ne lui avais montré que bien rarement avant qu'il ne soit transformé par mes soins. Ma marche cadencée et presque militaire nous amena rapidement à la fermette de Thomas qui resta remarquablement calme alors que nous observions, à l'abri dans le bois, son père s'occuper des animaux. Là encore, j'espérais voir un sourire sur les lèvres de mon compagnon et ce souhait ne se réalisa que bien plus tard. Puisque nous étions revenus exprès pour qu'il puisse voir le monde qu'il avait été forcé d'abandonner, il lui revenait la décision de partir ou non, et son chien, maintenant vieux, avait montré le bout de son museau avant que Thomas n'émette le vœu de partir. L'envie fut trop forte et je n'eus pas même le temps de le retenir au vol qu'il cherchait déjà à approcher la bête. L'animal avait d'abord grogné en voyant cette silhouette se dégager des bois mais peu à peu, son hostilité s'était estompée et il avait même montré quelques signes de contentement.

Cette vision était pour le moins touchante et c'est dans de tels moments que j'aimais encore Thomas. Il avait l'air si heureux dans de telles circonstances, et ce, alors même qu'il avait les pieds et les poings liés par sa routine. Cette vision de bonheur s'écourta bien trop rapidement malheureusement : l'animal qui paraissait si heureux, s'était finalement montré méfiant en percevant chez son maître un changement qui lui déplaisait, comme s'il voyait le monstre qu'il était devenu. En silence, il s'était reculé et face à l'insistance de Thomas, il l'avait finalement mordu, reprenant ses grognements et commençant même à aboyer. A ce moment là, je ne sais trop si Thomas se sentait trahi ou s'il était désireux de faire taire le chien pour ne pas mettre à mal la discrétion dont il devait faire preuve, quoiqu'il en soit, ses bras ont enserré l'animal pour le maintenir tout contre lui et étouffer ainsi ses jappements. Le silence retomba en effet, mieux encore, le père semblait ne rien avoir entendu de tout ce qui s'était passé, néanmoins le chien n'avait su, visiblement, résister à la force et à la détermination de Thomas. Lorsque ce dernier relâcha l'animal, celui-ci ne put se soutenir et tomba lourdement au sol, inerte. Le charme passé avait disparu soudainement et à mon tour, je quittai le couvert des bois pour rejoindre Thomas et le forcer à partir. Sans réfléchir, il me suivit non sans lancer plusieurs regards au chien qu'il avait vu grandir et qu'il avait lui-même éduqué en espérant toujours le voir se relever. Ce n'est qu'au beau milieu des bois que Thomas se mit à hurler avant de fondre en larmes : fidèle à lui-même, il s'accroupit et se recroquevilla peu à peu en empoignant brutalement ses mèches sombres.

Anne : « Je t'avais dis de ne pas t'approcher, Thomas... Jamais je n'aurais dû te proposer de venir là. »

Moi qui n'avais jamais réussi à le sortir de cette semi-torpeur dans laquelle il se plongeait, et qui le regardais même faire, telle une idiote, en attendant qu'il veuille bien se relever, je venais de le faire réagir. Il s'était redressé brutalement et m'avait repoussé contre un arbre avant de me cracher au visage toute la haine qu'il ressentait pour moi. Mais comment pourrais-je lui en vouloir, au fond ? J'avais toujours voulu l'arracher au quotidien qu'il chérissait tant, parce que moi-même, je ne le supportais pas. J'avais préféré ma vie de bourgeoise à celle de paysanne, mais c'est pourtant dans cette dernière que j'avais connu Thomas. Je n'avais pu me décider à renoncer à lui pourtant, lui faire connaître ma vie me semblait, dès lors, une chose envisageable. Néanmoins, je ne m'étais pas même imaginée que cette vie-là ne lui plairait pas. Têtue et égoïste, j'avais trouvé un autre moyen bien plus radical et cette fois-ci, il n'avait pas eu le choix. Une fois sa rage exprimée, Thomas était parti en courant et une fois de plus, je n'avais pas eu la force ni même le courage de l'en empêcher. J'aurais tant voulu pleurer pour lui montrer ma compassion, ou les remords que j'aurais pu avoir à l'avoir transformé... Rien ne venait pourtant.

Penser aux années qui allaient suivre ce fâcheux incident me laissait un goût affreusement amer en bouche et je n'arrivais pas même à m'imaginer l'ampleur de la tâche. Je le voyais plus introverti encore, mais comment pourrait-il être moins souriant qu'en ce jour ? Peu à peu, j'avais perdu la force de le supporter et ainsi, l'amour inconditionnel et peut-être même obsessionnel que je lui vouais s'était évanoui peu à peu et j'étais pourtant la seule fautive. Cependant, ne plus le comprendre, ne plus rien savoir de lui alors même que je le désirais me rendait aussi lasse que cette âme en peine qui m'accompagnait depuis bien longtemps. Sans doute était-ce là sa façon de me faire payer la transformation que je lui avais infligé, et je ne pouvais pas même riposter, puisque je le méritais.

Médecin Bonneau : « Anne, vous devriez être plus prudente... »

Cette voix, particulièrement mal venue, me fit pourtant rire alors que je marchais distraitement au travers des bois depuis de longues minutes. Ce rire m'avait ôté les rares forces qui me restaient et j'avais tout de même pris la peine de me retourner pour faire face à cet homme que j’abhorrais depuis longtemps déjà, pour le mal qu'il faisait aux loups. Mon rire devint sourire lorsque je le vis pourtant à quelques pas de moi. Le temps avait fait son œuvre et la carrure de l'homme avait diminué mais il restait néanmoins plus grand, et plus large que moi. Quelle ironie du sort : le canon de son fusil était pointé sur moi et il aurait bien fallu un miracle pour qu'il me loupe, à une si courte distance.

Anne : « Et dire que je vous croyais mort depuis longtemps... »
Médecin Bonneau : « Je ne pouvais pas laisser un monstre en liberté. »
Anne : « Quelle noble cause, Docteur. Mais trêve de plaisanteries, mettons fin à cette mascarade. »

A ces mots, mes yeux se levèrent sur le ciel revêtant encore les belles couleurs de la journée.




Épilogue.

Sentir le vent fouetter mon visage alors que je courrais à en perdre haleine au sein de ce bois immense était le seul moyen de troubler mes pensées, et ma seule peur désormais était de m'arrêter. Mes pas se faisaient lourds et ils épousaient le sol avec la brutalité qui était désormais mienne jusqu'à ce qu'un coup de feu ne se fasse soudainement entendre. Stoppé immédiatement dans mon élan, je tendis l'oreille et un second coup retentit. Elle me traversa l'esprit un instant et mon cœur s'emballa en songeant qu'il lui était peut-être arrivé malheur pendant mon absence. Sans attendre, ma course reprit de plus belle dans le sens opposé, plus folle encore peut-être qu'à l'aller alors qu'un sentiment pesant s'installait dans mon ventre, me nouant l'estomac et entravant ma détresse.

Au fil de mes larges enjambées, une odeur de poudre se faisait de plus en plus insistante et bien vite, l'odeur du sang s'y entremêla presque sensuellement. Ma course prit vite fin alors que ces fragrances pesantes étaient à leur paroxysme et je pus distinguer une silhouette sur le sol. La première chose que je vis fut cette robe qu'elle portait si bien : de toutes celles de sa garde robe, c'était sans conteste ma préférée et c'est pourtant quelques chose que je ne lui avais jamais avoué. Loin des ornements superficiels que les autres femmes pouvaient bien porter, cette robe-ci, délicieusement pourpre, était pleine d'une sobriété qui me tenait à cœur et qui faisait brillamment ressortir ses longs cheveux d'or. Le corsage qu'elle portait avec, fait de satin, était mis en forme par trois baguettes d'osier et mettait en valeur sa taille joliment marquée, tandis que le manteau fin qu'elle revêtait la plupart du temps, de couleur sombre, ajoutait un voile de mystère à cette silhouette si envoûtante. En m'approchant, je pus voir sa robe pourpre entachée d'une zone plus sombre n'ayant de cesse de croître, mais c'était bien avant de voir son visage à jamais déformé. Son front ensanglanté était percé d'un large trou et malgré cela, ses yeux restaient toujours aussi beaux.

A genoux à ses côtés, je pris garde de ne pas la briser plus encore en la soulevant avec lenteur pour faire reposer son visage contre mon torse. Comme une mère bercerait son enfant, peu à peu, mon corps se balança légèrement d'avant en arrière et je sentis les yeux me brûler tout en caressant son visage encore chaud.

Médecin Bonneau : « C'est fini, Thomas... »

Ce n'est qu'en l'instant que je vis enfin la deuxième présence aux alentours : le médecin du village se tenait là, devant moi, et mon regard se posa sur son fusil sans comprendre. Au travers de mes mèches de cheveux, mon regard perça, presque suppliant, alors que je soulevais maladroitement le corps inerte qui reposait dans mes bras.

Thomas : « Soignez-la... Je vous en prie... », sanglotais-je.
Docteur Bonneau : « Il est trop tard. Elle n'a eu que ce qu'elle méritait, crois-moi : c'était un monstre. »
Thomas : « Un... monstre ? »

Mes yeux s'abaissèrent alors doucement sur Anne. Comment pouvait-il voir un monstre en cette femme au minois angélique ? Il y avait, chez elle, un charme que je n'avais vu chez aucune autre et peu à peu, je comprenais. Je comprenais d'où venaient les blessures qu'avait subi le docteur la veille de ma transformation, je comprenais aussi l'origine des blessures maculant le corps de la seule qui avait fait l'effort de me comprendre et qui avait au moins réussi un temps. Bien que tremblants, mes membres s'éveillèrent peu à peu au même titre que ma rage à l'égard de cet homme tenant l'arme d'où provenaient sans doute les balles d'argent ayant tué la seule qui comptait pour moi. Mes larmes se tarirent presque immédiatement et mon visage se ferma alors que je reposais délicatement le corps d'Anne sur le sol. Satisfait de sa besogne, peut-être, le médecin du village acquiesça et jugea judicieux d'ouvrir la marche alors que déjà, je me lançais sur lui, mes mains enserrant son cou avec violence sans faillir. Le punir, pour ce qu'il avait infligé à Anne et ce qu'il m'infligeait maintenant, me paraissait naturel alors que je le sentais suffoquer. Le tuer, parce que celle qui m'avait transformé l'avait voulu sans pour autant y parvenir, me semblait tout simplement inévitable et c'est sans ressentir quoi que ce soit que je vis son corps massif heurter le sol sans parvenir à se relever.

Après ce meurtre de plus, j'avais rejoint le corps d'Anne et m'étais allongé à ses côtés, profitant encore de la chaleur temporaire qui parcourait ses membres frêles et gracieux, humant une dernière fois le délicieux parfum qui se dégageait de sa gorge ou encore de ses cheveux. Je ne sais pas exactement combien de temps je suis resté aux côtés d'Anne, sans doute jusqu'à ce que la froideur de sa peau me devienne véritablement insupportable. Je réalisai alors, que sa perte m'était difficilement admissible : même si je lui en avais voulu et lui en voulais encore pour ce qu'elle avait fait de moi, elle avait été la seule à m'aimer réellement, quand bien même sa façon de le montrer pouvait paraître maladroite ou même totalement inappropriée. Voilà bien longtemps que je vivais avec elle et elle était devenue mon seul repère au fil des années, qu'allais-je faire désormais ?

La perte d'Anne me fit prendre conscience de plusieurs choses et la déchéance à laquelle elle avait assisté avant sa mort n'avait rien à voir avec celle qui avait précédé. Puisqu'elle n'était plus là, je n'avais plus à faire l'effort de me tenir un tant soit peu droit, je n'avais plus non plus à chercher à être présentable, à parler ou à communiquer d'une quelconque façon que ce soit. Sans que je ne m'en rende compte, je n'étais devenu plus que l'ombre de moi-même au fil des années mais une chose est certaine : Anne ne pourrait être remplacée, a fortiori puisque je ne cherchais plus à connaître qui que ce soit. La mort d'Anne m'avait pourtant amené à rejoindre les grandes villes qu'elle affectionnait tout particulièrement, et mon périple prit fin, après deux années d'errance, lorsque j'arrivai enfin au cœur de Paris, dans cette ville où j'avais réappris à la connaître et où se trouvaient maintenant nos plus précieux souvenirs.




Dernière édition par Thomas Chartier le Sam 2 Fév - 20:41, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Thomas Chartier [100%]   Ven 7 Oct - 21:09

Bonsoir, je passe ici rapidement pour dire que la fiche est en cours de lecture.

Bonne soirée ~
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MessageSujet: Re: Thomas Chartier [100%]   Mer 12 Oct - 5:41

Bonjour à toi !
Je suis vraiment desolee pour l'attente mais ta patience va etre recompensée.
Ta fiche est magnifique et ton histoire absolument addictive !!
Je ne peux que te valider !

Te voici donc lycan !
Quel dommage qye tu me sois que paysan! mais tel est ton choix!
je t'invite a creer ta fiche de liens ainsi que ton journal de rp Smile
Amuse toi bien avec et parmi nous <3
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MessageSujet: Re: Thomas Chartier [100%]   Mer 12 Oct - 9:44

Bonjour !

Merci à vous, et pas de problèmes pour l'attente ^^
Tant mieux si la présentation a plu, j'en suis content Smile

Je vais travailler les fiches demandées, de ce pas o/
Merci encore ! x3
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MessageSujet: Re: Thomas Chartier [100%]   

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Thomas Chartier [100%]

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