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 Song from a Secret Garden | Thomas Chartier

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MessageSujet: Song from a Secret Garden | Thomas Chartier   Sam 3 Déc - 20:23

' Who're you, young man ? '
« Je suis Thomas, humble pécheur. »


Je suis, la nuit, ce monstre qui parcourt vos terres,
Et en quête de la chair de vos enfants, j'erre.

Mon pelage abondant, aussi noir que l'ébène,
Reflète les doux rayons d'un astre nocturne
Qui n'est plus, à mes yeux, qu'un bourreau taciturne
A qui je n'ai de cesse d'exprimer ma peine.

Au fin fond de mes yeux orangés : le Néant.
Créé en ce but, ce corps n'aspire qu'aux rixes,
Ces griffes et ces crocs, aussi durs que l'onyx
Ne sauront jamais que faire couler le sang.

Sa barbarie est sans nom alors, allez-y,
Tuez-le, et délivrez-le ainsi de la vie.


« J'ai vu le Diable... Il était triste. »


Le cri des rouages des lourdes portes de l'église suinta dans l'air alors qu'une petite tête blonde cherchait à les pousser à grand coup d'épaules, les bras chargés d'un panier plein de mets divers et variés. Les lueurs orangées du soleil rasant pénétrèrent la sombre bâtisse, et cette lumière aveuglante incita le curé de la paroisse à délaisser ses prières quotidiennes pour faire face à l'enfant qui revenait d'une balade bien plus longue que ce qui avait été initialement convenu. Le vieil homme n'était pourtant pas de ceux qui sermonnaient inutilement, pis, il préférait même attendre que l'enfant vienne lui conter de lui-même les raisons qui avaient justifié un tel retard, quitte à ne jamais les entendre d'ailleurs. Après être entré dans la bâtisse et une fois les portes massives refermées sur elles-mêmes, l'enfant d'une dizaine d'années environ, avait rejoint le curé et finalement posé le panier joliment garni sur l'un des bancs à la disposition des fidèles en un soupir trahissant son soulagement. Et pourtant bien vite, le regard du jeune garçon se perdit dans des songes que l'homme de foi à ses côtés cherchait en vain à percer. Après un silence de plusieurs minutes, l'enfant se décida enfin à parler.

Pierre : « Mon Père... Pensez-vous que le Diable puisse être triste ? »

Indéniablement, ce petit curé de province ne s'était absolument pas attendu à une telle question, d'où l'expression de surprise maculant son visage. Il ne s’offensait toutefois pas de telles interrogations. On disait de cet homme qu'il était sage et c'était peut-être vrai, en effet, puisqu'il partait du postulat que rien en ce monde n'était inutile, aussi, toute question pouvait être la source d'un progrès, si tant est que l'on puisse y apporter une réponse digne de ce nom.

Père Morrand : « Pourquoi te poses-tu cette question, mon enfant ? »
Pierre : « Aujourd'hui, j'ai vu le Diable... Il était triste. »

Aussi sage puisse-t-il être, l'homme de foi commençait à douter des bienfaits des interrogations du jeune enfant. Ses paupières s'abattirent avec une lenteur presque exagérée sur ses yeux alors qu'il prenait lentement place sur l'un des bancs grinçant de l'assemblée. Il resta interdit un moment et rouvrit finalement les yeux pour les poser sur le jeune garçon. Comme à son habitude, il parlait avec douceur, un ton qui amenait à la confidence, indéniablement.

Père Morrand : « Où l'as-tu vu, mon enfant ? »
Pierre : « Sur le chemin alors que je me rendais au marché comme vous me l'aviez demandé, mon Père. J'entendais faiblement le brouhaha du marché, les marchands qui hélaient les clients et les rires d'amis se retrouvant après plusieurs jours sans s'être vus... »
Père Morrand : « Et en quoi le Diable était-il triste ? »
Pierre : « Eh bien... Avant de pouvoir entendre plus distinctement ces bruits si particuliers, des sanglots me sont parvenus. Ils venaient d'une rue adjacente et étaient aléatoires : tantôt forts, tantôt étouffés. »
Père Morrand : « Était-ce vraiment le Diable, mon Fils ? »
Pierre : « Je me souviens de votre leçon mon Père : " Aide ton prochain. ", alors je me suis approché à pas feutrés. Lorsqu'il m'a entendu, les sanglots se sont tus, comme s'il ne s'agissait là que d'une comédie grotesque. Il avait l'air pourtant si troublé, à se tenir ainsi le crâne, recroquevillé contre le mur de la rue dans laquelle il se trouvait. Il n'en était pourtant rien : malgré le silence insistant, j'ai voulu l'interpeler, et le Diable a grogné mon Père ! C'était affreux, ce grondement était si rauque, si maléfique, qu'on eut dit qu'il s'arrachait des tréfonds de son âme ! C'est alors qu'il s'est relevé. Il semblait maladroit, affaibli, mais son agressivité n'en pâtissait nullement, croyez-moi. Ses doigts étaient crispés sur le mur, prêts à griffer, cisailler, déchirer les visages apeurés qui se présenteraient à lui. Son souffle était saccadé mais il restait rapide, il semblait vouloir contrôler sa respiration, comme si une infime partie de lui l'incitait à se calmer et à ne pas commettre l'irréparable. Et j'ai vu son visage, il... Mon père, c'était affreux. Sa mâchoire était crispée et ses dents, visibles, étaient serrées à outrance. Tant de nervosité, de crispation déformait son visage et fort heureusement, ses mèches de cheveux, aussi noires que l'ébène, en cachaient une bonne partie... Ce n'était toutefois pas suffisant pour que je ne puisse voir son nez plissé, et ses sourcils outrancièrement froncés, en dépit de l'ombre que lui offrait ses mèches ténébreuses. »

L'enfant fit une pause alors qu'il déballait progressivement, depuis le début de son récit, les achats qu'il avait fait par la suite au marché, en dépit de l'état de choc dans lequel il se trouvait alors. A l'instar du Diable de son récit, les sourcils fins de l'enfant se froncèrent légèrement, et pourtant ce n'est pas une expression de colère qui prenait peu à peu place sur son visage. Peut-être était-ce de la compassion ? Toujours est-il que cette expression, quelle qu'en soit sa nature, intrigua le vieux curé.

Père Morrand : « Qui y a-t-il, mon enfant ? »
Pierre : « J'ai vu ses yeux, vous savez. Exorbités, ses iris étaient braquées sur moi et elles suivaient les moindres faits et gestes que j'étais bien susceptible de produire. Je me suis senti mourir lorsque ses yeux ont croisé les miens et pourtant ils étaient si... beaux. Je n'ai jamais vu de bleu aussi clair et aussi pur, mon Père. C'était à la fois envoûtant et effrayant : envoûtant, parce que malgré la peur qui me tiraillait, je ne pouvais me résoudre à détourner le regard, et effrayant, parce qu'il semblait avoir toutes les facilités du monde à sonder mes pensées. Malgré la terrifiante expression de son visage, j'ai cru voir un fond de tristesse dans son regard, mon Père, c'est pourquoi je vous ai demandé si le Diable pouvait être triste. J'ai vu le Diable ce matin, mon Père. Le Diable était triste... »

L'homme de foi n'interrompit pas le jeune apprenti qu'il avait considéré comme son propre enfant du jour où il l'avait trouvé sur le parvis de l'église, un beau matin d'août. Son visage ne laissait transparaître aucune colère, tout comme il ne laissait voir aucune déception. En silence, il se leva difficilement du banc sur lequel il avait pris place, ses articulations, usées par l'âge, le faisaient parfois souffrir et c'est d'ailleurs pour cela qu'il envoyait le jeune Pierre faire quelque achat à sa place. Ses chaussures, abrasées sur les dalles de pierre de l'église, glissèrent une énième fois contre les dalles froides et rugueuses pour rejoindre l'enfant qui n'avait pas bougé davantage. Lorsque le curé posa doucement sa main sur l'épaule du jeune garçon, ce dernier ne fut pas sans sursauter, mais bien vite, l'expression douce de l'homme de foi, en dépit des marques du temps qui s'étaient durablement installées sur son faciès, fit naître en son sein un certain soulagement. Le curé avait ensuite amené le jeune enfant jusqu'à l'autel de cette église, seul endroit réellement beau de cette bâtisse, et s'était agenouillé avec difficulté sur les marches recouvertes d'un tapis doux, aussi rouge que le sang du Christ. Attentif et discipliné, Pierre avait imité l'homme de foi et le suivait maintenant des yeux en attendant qu'il daigne bien lui expliquer les raisons de ce nouveau comportement.

Père Morrand : « Tu n'as pas vu le Malin, mon Fils, mais au vu de ton récit, l'homme que tu as croisé était mauvais... Il t'a pourtant laissé en vie. Prie pour la paix de son âme, mon enfant. »
Pierre : « Oui, mon Père. »

Présentation _ Rps _ Mp


Dernière édition par Thomas Chartier le Ven 9 Nov - 16:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Song from a Secret Garden | Thomas Chartier   Lun 12 Déc - 17:16



♔ Positifs ♔


Allister Kirasten
    ♔ Humaine ♔
« Il n'est aucune beauté, que l'autre n'abîme, et pourtant tu lui as survécu. Il n'est aucune bonté, que l'autre n'abuse, et pourtant tu lui as survécu. Il n'est aucune pureté, que l'autre ne souille et pourtant... Tu lui as survécu.

" La gentillesse est la noblesse de l'intelligence. "
J. Weber

Comme moi, tu es née sans rang, sans qu'aucune reconnaissance ne te soit due. Rien ne t'es acquis, et à moins que tu ne le mérites, jamais, tu ne pourras aspirer à côtoyer par ta seule naissance, le faste détestable de la Cour. Je vois pourtant en toi, bien plus de noblesse qu'il ne peut y en avoir dans le Roi lui-même. Je ne vois pas en toi, la noblesse de titre, mais celle de cœur. Celle qui se fait plus que rare et n'est reconnue de personne alors même qu'elle se devrait pourtant d'écraser l'autre. Celle qui s'éteint à chaque seconde, gangrenée par la malice intarissable de la première... Celle qui se fait abuser sans vergogne, par les plus viles qui n'ont qu'un titre, et sont prêts à tout pour le garder. La gentillesse est un trait évident de ta personnalité, Allister, et je chéris les rares instants qui me sont offerts pour la côtoyer, de peur de la voir disparaître un beau jour.

" L'innocence sauve du désespoir. "
A. Rochette

Je ne vois que l'innocence, pour avoir guidé tes pas jusqu'à moi alors que l'autre venait tout juste de se montrer, menaçant, comme à l'accoutumé, prêt à détruire toute trace de ton existence. Je ne vois que l'innocence, pour t'inciter à approcher un être tout juste délivré d'une éternelle malédiction. A peine la nuit fut-elle enfuie que tu m'as retrouvé, et déjà en l'instant, je ne te voyais plus comme les autres. Unique survivante d'une folie sanguinaire, tu as su, avant même que je ne sache ton nom ou ta vie, morceler la muraille qui m'a toujours fidèlement protégé. Tu savais. Tu savais le monstre que j'étais et pourtant, lors de nos rencontres successives, jamais, en tes yeux, je n'ai perçu la crainte. Jamais je n'y ai vu la peur. Si pleine de vie, si belle, quand tu danses. Il me faut avouer avoir le cœur plus léger lorsque tu es là. J'ignore l'origine même de tes pouvoirs mais lorsque tu souris, toutes les souffrances des années passées, tous les crimes perpétrés, les horreurs accomplies, m'apparaissent un peu moins pesants. Peut-être vois-je en toi le garçon que j'étais autrefois. Peut-être est-ce pour cela, que j'aime autant ta présence.

" Folle est la brebis qui au loup se confesse. "

Ce serait mentir que de prétendre ne pas être fier du secret que tu m'as confié. Ce serait mentir que de prétendre ne pas être flatté d'avoir été choisi comme confident... Mais pourquoi moi, Allister ?
Pourquoi diable avoir choisi le meurtrier, pour confier la peur que tu as de le voir commettre ses crimes ? Pourquoi m'avoir avoué le trauma que tu gardes de cette rencontre funeste une nuit, alors que tu n'étais encore qu'une enfant ? Pourquoi m'as-tu livré toute la peur que tu as ressenti face à ce monstre inflexible aux furieuses iris et aux crocs acérés ? Tu sais pourtant ô combien l'autre peut se montrer cruel. Tu sais, comme moi, que ta survie le soir où tu m'as rencontré, n'a été que le fruit du hasard, de la destinée. Combien de fois as-tu été confrontée à ces monstres de la nuit, à ces enfants de la Lune ?
La peur me ronge, Allister. Trop de fois déjà, la chance t'a aidé et je sais, je sens qu'il n'attend plus désormais que de te retrouver. En me révélant ton secret, c'est au monstre que tu t'es confessée. S'il t'a déjà épargné, nous savons, toi et moi, qu'il ne commettra plus cette erreur et je tremble à cette simple idée, Allister.
Alors, je me demande pour quelle raison tu prends le risque de rester encore à mes côtés et je me surprends à croire que l'innocence qui m'a conquis, n'est au fond que pure folie.

" Tu ne me verras pas. Je ne t'importunerai pas. Je vivrai dans ton ombre. Je t'entourerai d'une protection dont tu n'auras même pas conscience. "
F. Mauriac

Tu m'accordes une confiance que je ne mérite pas, Allister. Fort de cet honneur que tu me fais pourtant, je tâche, chaque jour d'en être plus digne en te protégeant modestement. J'emploierai toutes mes forces à te préserver du monstre et de ses semblables, mais encore des humains et de leurs vices, car te protéger est le moins que je puisse faire pour toute la bienveillance que tu m'as accordé, quand les autres me reniaient.
L'innocence et la gentillesse dont tu fais preuve si naturellement font que tu es exceptionnelle, Allister, et je prie chaque jour pour qu'elles ne te perdent pas.

Il n'est aucune beauté, que l'autre n'abîme ; aucune bonté, que l'autre n'abuse ; aucune pureté, que l'autre ne souille et pourtant, tu lui as survécu. Je me suis fait un devoir de te protéger des Loups, d'être digne de ta confiance, mais... A la seule pensée que l'autre puisse en profiter pour mieux te tromper, mon cœur se déchire. »


♔ Négatifs ♔


Charles de France
    ♔ Roi de France ♔
« Certains tueraient pour vous voir et j'aurais préféré mourir que de vous rencontrer, mon Roi. Je vous ai toujours haï tout comme j'ai haï les hypocrites qui vous adulent et vous adorent.

" Que le roi seulement soupire et tout le royaume gémit. "
W. Shakespeare

Ni Vampire, ni Lycan, et tout aussi cruel pourtant, que les deux réunis. Vous êtes humain et incarnez pour nous la faiblesse. Vous êtes Roi, et incarnez pour nous la Grandeur. Oui, vous êtes humain, mon Roi, mais votre âme est aussi souillée que les monstres de votre Royaume. Votre naissance a suffit à faire de vous l'Homme le plus puissant de ces terres et le malheur a fait que l'indulgence ne soit, pour vous, qu'une tare dont vous ne sauriez vous embarrasser. Sous votre joug, le peuple se meurt au gré de vos envies et par peur d'être puni pour une complainte qui saurait vous atteindre et vous déplaire, le peuple geint en silence. Vous êtes, mon Roi, tout ce que j'abhorre : aussi puissant et cruel que puisse être l'animal endormi au creux de mes entrailles, vous ne voyez que vous, et ne faîtes que le mal. Rien à mes yeux ne saurait justifier vos vices : vous vous dîtes sévère. Je vous dis capricieux.

" Mieux vaut entendre parler du roi que de le voir. "

Je bénis le ciel de m'avoir fait connaître la Marquise Lizbeth Catherine Valentyne. Je le maudis pour vous l'avoir fait rencontrer. Pourquoi diable a-t-il fallu que vos yeux monstrueux se posent sur sa silhouette gracile ? Je me méfie de vous mon Roi, et vous savoir aux côtés de la Marquise me ronge à petit feu par peur de voir votre vice gangrener sa pureté. Certains s'indigneront de voir qu'un simple paysan tel que moi ait pu contempler vos beaux habits, détailler votre minois, entendre le son de votre voix sans que ne soit ordonnée la chute d'une tête. Ils me maudissent peut-être, mais je ne me réjouis pas d'avoir croiser votre chemin, et le déplore. Je n'ai que faire de votre cruauté et de vos caprices, mon Roi. Vous ne m'effrayez pas. Non, je n'ai pas peur de vous, mais bien de ce dont vous êtes capable. Je connais la Marquise : vous ou un autre, peu lui importe : elle ne changera très certainement pas son comportement pour vos beaux yeux. Et si cette attitude vous déplaisait ? Je ne sais trop si vous seriez capable de vous en prendre à cette rose blanche, mais je ne puis prendre le risque de vous en donner seulement l'occasion.

" La crainte fit les dieux ; l’audace a fait les rois. "
P. Crébillon

Ma faiblesse fut l'instrument de votre audace, mon Roi. Ainsi, pour celle qui m'a accepté en tant que piètre valet, je ne veux que le bien et pour le lui garantir, je me mets à votre entière disposition. Que, lorsque la Marquise vous déplait, son domestique en pâtisse. Qu'il en soit ainsi lorsque ses attitudes blessent votre incommensurable égo. Qu'il en soit de même lorsque ses épines vous heurtent et ses paroles vous irritent, en échange de quoi l'ultime fleur est préservée de vos mauvaises grâces. Suis-je au moins l'objet d'un divertissement certain pour votre noble personne ? Sans doute, sans quoi vous n'auriez très certainement pas accepté cet accord qui nous lie désormais. Vous voir accepter ce marché n'a pas été sans me surprendre d'ailleurs, mon Roi. Une telle requête à votre encontre n'est-elle pas le reflet d'une loyauté - dont je n'aurais d'ailleurs soupçonné l'existence - dont vous n'avez cure ? Elle ne vous est nullement destinée, après tout, et je m'étais figuré que ce qui ne vous concernait pas directement vous désintéressait totalement. Devrais-je me montrer reconnaissant à votre égard, pour ma vie épargnée, pour l'honneur que vous me faîtes à m'accorder un semblant d'importance alors même que le lien qui nous lie ne fait qu'attiser le feu ardent de la haine que je vous voue ? Plutôt mourir que de vous remercier.

" Quand on est roi, que peut-il manquer ? D'être Dieu. "
Stendhal

Je me demande... A quoi pensez-vous, mon Roi ? Pour vous, quelles sont les raisons qui m'ont poussé à accepter vos coups sans que je ne m'y oppose ? Me croyez-vous fou ? Me pensez-vous déraisonnablement dévoué ? Vous incarnez le peuple mon Roi, vous êtes son Dieu, et je mérite un châtiment. Pour ce que je suis devenu, pour les abominations que le monstre en moi a perpétré, le mal qu'il a répandu, les morts qu'il a multiplié, je mérite votre courroux et au travers de votre main, celui du peuple. Celui de Dieu.
Je me demande... Mon Roi, de par votre main, j'expie partiellement mes péchés. Chacun de vos coups fait disparaître l'impie au profit de l'homme que j'avais pu être autrefois, et je retrouve alors quelques bribes de l'innocence passée, mais... Vous qui êtes aussi cruel que lui sans avoir ses crocs et ses griffes. Vous qui êtes aussi monstrueux sans avoir sa folie intestinale. Je me demande, mon Roi : vous, qui vous châtie ?

Je vous ai toujours haï mon Roi, tout comme j'ai haï les hypocrites qui vous adulent et vous adorent. Aujourd'hui pourtant, je me retrouve à supporter et répondre de vos caprices, comme tous ces pions sans âmes que vous avez jadis renversé. »


Annibal Kirasten
    ♔ Humain ♔
« Comme il est aisé de voir que par amour pour ta sœur, tu te damnerais. Comme il est simple de voir que sa protection est ta seule priorité. Comme il est limpide de voir que tu n'aspires qu'à son bonheur...

" Mais hélas ! Qui ne sait que ces loups doucereux
De tous les loups sont les plus dangereux. "

C. Perrault

Je suis, pour elle, tout ce que tu redoutes le plus. Je suis, pour elle, tout ce qui lui est néfaste... En vertu de quoi, tu me hais sans doute, mais comment pourrais-je t'en vouloir ? Pour la protéger, tu te méfies de tous, dès lors, comment reprocher à un frère aimant, une vigilance aggravée lorsque son double côtoie un monstre ?
Je me demande... Qu'as-tu ressenti le jour où, fidèle à elle-même, Allister t'a livré ma nature comme s'il ne s'agissait là que d'un détail ? Je prie pour que tu ne l'aies haï : elle a été, une fois de plus, victime de son innocence et je suis le seul fautif. Plutôt que de la chercher par la suite, il m'aurait fallu la fuir. Plutôt que de la laisser m'amadouer, il m'aurait fallu la repousser, et alors même que mon cœur en aurait souffert, n'était-ce pas là, ce qu'il y avait de mieux à faire ?
Je ne peux que comprendre la méfiance que tu me portes, Annibal. Elle ne m'apparait pas même comme étant suffisante, puisqu'il te faut te méfier pour deux, mais... Me crois-tu sincère, lorsque je prétends vouloir protéger ta sœur ? Crois-tu que je puisse être, comme elle te l'a affirmé, l'un de ces monstres qui, au moins en tant qu'Homme, tend à se montrer aimable ?

" On risque autant à croire trop qu'à croire trop peu. "
D. Diderot

Chercher à raisonner ta sœur sur ma nature profonde. Chercher à lui ouvrir les yeux sur ce que je suis devenu malgré moi. C'est ce à quoi tu t'affaires depuis qu'elle t'a avoué l'existence de l'autre. Comment t'en blâmer ? J'ai moi-même essayé de le lui montrer, mais n'est-elle pas la mieux placée, au vu du traumatisme de son enfance, pour voir d'elle-même l'imminence du danger ?
J'ai abandonné, Annibal.
J'ai abandonné l'idée de faire taire son innocence. J'ai abandonné l'espoir d'enrailler son insouciance. J'ai abandonné, alors même que je reste encore conscient du danger que je représente pour elle, mais... Tu n'es pas aussi faible que moi, Annibal. Incapable désormais, de m'éloigner par moi-même, je prie pour que ta détermination, comme la mienne jadis, ait finalement raison de son inconscience. Tu es son double et partage son âme ; toi seul sais comment atteindre son cœur d'une parole.

" Avoir peur c'est aimer. Donner peur c'est haïr. "
F. Leclerc

Aimer Allister nous pousse à vouloir la protéger, toi et moi. A juste titre sans doute, tu t'estimes pourtant en être le plus à même, et c'est pourquoi tu me hais. Les menaces et avertissements, les réprimandes et les insultes sont un quotidien lorsque tu me croises sans qu'elle ne soit là. J'aimerais pouvoir rétorquer. J'aimerais pouvoir démanteler un à un, les arguments que tu avances. J'aimerais pouvoir te promettre sa sécurité sans craindre de bafouer ma parole.
Il n'en est rien, mais comprends-tu pourquoi, face à ton agressivité et à ta colère, je reste muet et inexpressif ? Les affabulations et autres inepties seules, peuvent me pousser à parler or, de ta bouche, ne sort, à mon plus grand regret, que la cruelle et cinglante vérité.
Tu as peur pour ton double, Annibal, et c'est ce qui motive ton comportement. Je ne peux t'en vouloir.

" Le doute est un hommage rendu à l'espoir. "
Lautréamont

Chaque moment passé avec elle est un nouveau souffle de vie, un nouvel espoir qui me pousserait presque à oublier tous les maux répandus, les visages déformés, les corps lacérés. Chaque moment passé avec toi est un retour brutal à ce qui est vrai, et je revois encore le sang se répandre ; et j'entends encore, les cris résonner.
A chaque fois qu'il m'est donné de croiser ton regard, le doute m'assaille. A chaque fois qu'il m'est donné de voir ta mâchoire serrée et tes poings crispés, les remords m'envahissent. Suis-je seulement capable de protéger Allister ?
J'aimerais disparaître simplement, mais la seule pensée de la peiner pousse mon cœur à saigner. Alors je doute encore... Comme tu as raison de me haïr, Annibal : je ne suis, au fond, qu'un monstre d'égoïsme...

Comme il est aisé de voir que par amour pour ta sœur, tu te damnerais, que sa protection est ta seule priorité, que tu n'aspires qu'à son bonheur... C'est pour ce bonheur, que tu lui permets de me voir, et nous savons pourtant que pour sa sécurité, il te faudrait me tuer. Sauras-tu un jour, pardonner le dilemme que je t'inflige malgré moi ? »


♔ Ambigus ♔


Lizbeth Catherine Valentyne
    ♔ Noble Hybride ♔
« Qui eut dit qu'un matin, les mœurs d'une époque vous auraient poussé à approcher un rustre tel que moi ? Vous satisfaites les cœurs à vous embarrasser d'un laquais, et vous offusquez les âmes en choisissant un indigent. Les paysans ne sont pas faits pour être domestiques, ils sont en-deça, Marquise.

" L'homme n'est libre que de choisir sa servitude. "
M. Chapelan

Que je sois votre domestique ?
Permettez-moi, Marquise, de douter de la clarté de votre esprit le jour où vous avez avancé pareille proposition ; je n'en suis pas moins fou d'avoir d'abord, osé la refuser. Comprendrez-vous un jour, les raisons qui m'y ont seulement poussé ? Vous êtes la richesse et j'incarne la misère. Vous êtes la noblesse et je ne suis que l'opprobre. Et, vil rustre que je suis, infâme profiteur, j'ai finalement accepté de me soumettre. N'avez-vous donc point conscience de l'affront que je vous fais à être votre valet ? Il est à croire que vos sourires aiment à entretenir les médisances. Vous n'avez décemment que faire des convenances, mais je ne puis oublier si facilement la caste à laquelle vous appartenez, ni même celle dans laquelle on m'a cloitré. Vous respecter est la seule chose que je puis faire, mais bien conscient que cela ne suffise à effacer l'avanie qu'inspire mon seul reflet dans votre ombre, mon mutisme s'accroit.

" La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir. "

Pourquoi moi, Marquise, alors que je ne suis que votre antagoniste ? Nombre d'autres hommes se seraient réjouis à l'idée de vous servir, et vous m'avez pourtant préféré jusqu'à essuyer un refus. Loin de vous en formaliser et bien malgré mon inconstance, vous m'avez pardonné et je puis désormais jouir des avantages de votre rang en vous servant bien modestement. Moi qui errais jusqu'alors dans les rues de la belle Paris, moi qui la parcourais inlassablement, hantant ses ruelles, me voilà désormais assigné à votre splendide demeure. Je mange à ma faim, et dors dans un lit, et pourtant, je ne suis qu'un bien piètre serviteur. Comment pouvez-vous me supporter à votre chevet ? Je ne suis qu'un méprisable opportuniste qui ne se montre jamais à votre demande. Je suis absent lorsqu'il me faudrait être là et suis présent lorsque je vous suis inutile, alors...
Pourquoi moi, Marquise ?

" Convaincu du néant de tout, il reste délicieux de s'attendrir sur la fragilité des roses. "
M. Chapelan

Bien que rarement à vos côtés, je n'en demeure pas moins présent et vous observe, Marquise. Poussant l'offense jusqu'à l'extrême, je cherche à vous comprendre. Derrière ces yeux pleins d'une innocence corrompue ; derrière ces sourires radieux mais non moins ambigus, je ne distingue parfois qu'un ennui profond. De cet état second, n'apparaissent alors à mes yeux que des souffrances inconnues qui alimentent, peut-être, une certaine fragilité que je crois entrevoir en vous, parfois. Si je m'attendris pourtant de votre supposée vulnérabilité, le Nuisible s'en nourrit, et sa haine à votre égard augmente chaque fois que nos chemins se croisent. D'instinct, il vous méprise et vous veut morte sans que je ne puisse comprendre les raisons de cette haine viscérale. Par crainte pourtant, de le voir entailler votre peau de nacre, enrailler votre sourire ou aveugler vos beaux yeux, je vous évite, car au fond, je vous apprécie... Me le pardonnerez-vous ?

" Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses. "
J. Joubert

Le premier mot qui vient à l'esprit de nombre d'entre nous, en vous voyant, Marquise, est sans doute "pureté", car c'est là ce à quoi fait appel la clarté de vos vêtements, l'innocence de vos traits, la fraîcheur de votre jeunesse. Cette même pureté vous vaut la beauté et la noblesse ; le respect et l'admiration. Elle ne trompe pas tous les yeux cependant, et les miens vont au-delà. Les miens vous cherchent peut-être simplement. Votre apparence m'inspire un semblant de confiance, mais peut-être ne sont-ce là que les conséquences du contexte dans lequel nous intervenons, puisque ma servitude à votre égard n'est pas sans me rappeler la douceur de quelques souvenirs qui me sont chers. Malgré tout, vous m'intriguez, Marquise, et alors même que vous me paraissez agréable, quoiqu'un peu mystérieuse - mais qui suis-je pour reprocher une telle caractéristique ? -, une partie de moi, réfractaire, se méfie de vous.

Les paysans ne sont pas faits pour être domestiques, ils sont en-deça, Marquise, et savez-vous pourquoi ?
Les domestiques sont fidèles à leur maître et le servent quoi qu'il advienne. Bien que mon cœur se serre à cette idée, j'ai bien peur de vous desservir, un jour prochain. »


Flora de Gévaudan
    ♔ Bourgeoise Hybride ♔
« La servitude est, de par son essence même, une contrainte que l'esclave déplore, rêvant de se libérer de ses chaînes pour parcourir librement le monde qui l'entoure. Dans ma servitude pourtant, je ne voyais aucune contrainte. Aucune, jusqu'à votre venue.

" La méfiance est la sagesse des faibles. "
A. Stoiciu

Il est un voile, pesant sur votre nature même, que je ne parviens à lever. Il est un mystère, présent en votre fragrance, que je ne parviens à résoudre. Il s'échappe en effet de vous, un air familier que je crois reconnaître comme étant pareil à celui que je ressens chez la Marquise. Ce n'est pour autant pas au nom de cette troublante ressemblance que je vous apprécie. Vous n'êtes pas humaine. Vous n'êtes pas lycane. Au service de la Marquise, vous êtes pourtant bourgeoise et par ce biais, il me faut vous respecter. D'instinct, je me méfie de vous et l'autre n'a de cesse d'encourager ce scepticisme qui me pousse à me montrer bien peu en votre présence. Je me fais discret, mais de ce que je peux en voir dans vos yeux, ce n'est pas pour vous déplaire.

" La colère est la non-acceptation de l'inacceptable. "
M. Halter

Peut-être le déplorez-vous, mais ma réserve a ses limites. Sachez, ma dame, qu'il est une frontière fragile entre le calme qui m'est acquis, et l'agressivité que je lui dois. Comme vous, je suis au service de la Marquise. Comme vous, je lui dois beaucoup, si ce n'est la vie elle-même. Comme vous, je serais prêt à bien des sacrifices pour la préserver, mais... Il est, dans vos manières, des exactions que je ne saurais cautionner et vos méthodes m'apparaissent trop excessives lorsque l'obéissance n'est plus aveugle, mais seulement naturelle. Lorsque l'exécution n'est plus totale, mais simplement modeste. Malgré moi, vous me poussez à laisser l'autre s'exprimer et l'agressivité semble alors être de mise. Vous éveillez en moi, des sentiments qui m'effraient. Vous attisez en lui, tout ce que j'abhorre, et cherche à étouffer, peut-être trop maladroitement.

" J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer. "
J. Racine

Vous réjouissez-vous encore des incessantes victoires sur mon caractère, ma dame ? N'êtes-vous pas lasse de toujours triompher de mes accès d'humeur ?
Ces réussites perpétuelles ne vous reviennent pas pleinement, ma dame. Je n'ai que faire de vos sentiments à mon égard. Je n'ai que faire des pensées que vous me vouez. En d'autres circonstances, l'autre vous aurait déjà attaqué depuis fort longtemps et il en aurait été une toute autre issue dès lors, tant pour vous que pour moi.
Ces gloires répétées ne sont que le fruit de toute l'amitié que la Marquise peut bien vous porter. Elles ne sont que le reflet de cette servitude aveugle que vous lui accordez. Je ne suis pas sans savoir que tous vos actes n'ont pour finalité que de servir la Marquise, et c'est en cela que je trouve la force de vous pardonner. C'est en cela que je trouve la volonté d'enrailler de moi-même, toute la rage et la colère que je peux ressentir en constatant l'excès de vos sanctions.
Malgré tout, sachez que je ne vous hais point, ma dame. Votre présence allège mes craintes, car si un jour, la peur qui noue mes entrailles, celle d'attenter à la vie de la Marquise, trouve à se réaliser... Je n'ai de doutes quant à l'ultime sanction que vous saurez m'appliquer. C'est en cela que j'ai appris à vous accepter.

" Rien de plus haineux, peut-être, que deux rivaux en bonté. "
J. Renard

Pour la Marquise, et pour elle seule, nous sommes contraints de nous supporter. Alors pour elle seule, nous trouvons la force de coopérer s'il est question de sa sécurité.
Je crois pouvoir affirmer que ces trêves, toutes aussi rares qu'éphémères, vous répugnent, n'est-ce pas, ma dame ? Comme ma présence à vos côtés doit vous rebuter. Comme vous devez détester marcher à ma hauteur pour le bien être de la Marquise. Que ne feriez-vous pas pour elle, ma dame ?
Pour ma part, je me conforte en affirmant que vous ne valez pas mieux que moi. Sans en avoir l'air, vous êtes au moins tout aussi cruelle que celui qui repose en mon sein. Sans que l'on ne puisse l'imaginer à vous voir simplement, vous êtes au moins tout aussi insensible que l'autre, à la faiblesse et à l'innocence que vous bafouez sans une once d'hésitation.
Ne vous en déplaise : vous êtes aussi folle que je puis l'être lorsque la Lune, pleine, se dévoile à mes yeux. Comme il est fâcheux, dès lors, de constater que votre astre est la Marquise, sévissant tant le jour que la nuit.

La servitude est une contrainte que l'esclave déplore. Dans ma servitude pourtant, je ne voyais aucune contrainte jusqu'à votre venue. Alors même que notre objectif est commun, qu'il est regrettable de si mal s'entendre... »
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Song from a Secret Garden | Thomas Chartier

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