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 Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.

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MessageSujet: Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.   Ven 10 Aoû - 14:54

PHILIPPE ENGLAND NIGHTRAY




feat. Kazuya (Toki no Kizuna)
    IDENTITÉ :


    Nom :England Nightray
    Prénom:Philippe
    Age :26ans
    Date et Lieu de Naissance :Angleterre le dernier jour de la dernière année de félicité.
    Orientation Sexuelle :Un seul homme saurait le troubler mais cela demeure un amour fraternel, si la lasciveté devait être considérée, alors sans conteste son regard se tournerait vers les délices féminins, et les chevelures ornées.
    Nationalité:Anglaise
    Groupe : Nobles/Humais serait un minimum, en tant que Roi d'Angleterre.
    Classe Sociale:Faut-il encore le préciser ? Roi d'Angleterre




Dear Acquaintances:




« Jusqu’à la mort mon frère »

Ces mots sonnaient comme une inébranlable promesse. Le souhait de vouloir toujours le protéger, de ne jamais le voir souffrir. Ce frère dont on l’avait privé et que par miracle la vie lui avait ramené. Essayez donc de les séparer, tentez vainement de les pousser à se détester, jamais vous n’y parviendrez. Le carcan qui les lie est d’une force si puissante qu’il semblerait que rien ne puisse les atteindre. Ils ont grandi ensemble, ils ont appris à se battre et à se défendre, ils se sont racontés leurs moindres secrets, leur peines, et leurs félicités. Ce sont deux hommes qui en toutes circonstances, se défendraient et ce même s’il devait y laisser leurs vies. Il n’est plus question de réfléchir ou de tergiverser lorsqu’il s’agit de Dorian, Philippe laissera parler son cœur – il est le seul à qui il puisse se confier et qui puisse le réconforter – l’unique personne en qui il croira pour l’éternité.

Aux yeux de tous Philippe est un monarque, mais peu sont au courant de ce véritable lien fraternel qui les lie, alors pour que rien ne puisse trouble leur accord parfait, Dorian jura allégeance à son Roi et obtint le statut d’unique Confident et Garde du Corps de celui-ci. Constamment à ses côtés, perpétuellement prêt à bondir sur quiconque l’attaquerait, Philippe sait qu’il peut compter sur lui – et cela est réciproque. Alors malgré les apparences sérieuses qu’ils donnent quand ils sont en public, il leur arrive parfois de se laisser aller à quelques enfantillages tant ils s’apprécient - entre honneur et amour, ces deux là sont bel et bien les frères les plus inséparables que vous puissiez rencontrer.





Elle possède un sourire qu’il est impossible de haïr et des convictions et valeurs que jamais il ne pourrait contredire. Elle est telle un soleil qui illumine son pays de ses rayons si délicats et chaleureux. Elle possède un cœur d’or et une âme de guerrière, et c’est ce que Philippe après en elle.

Malheureusement jamais ils ne parvinrent à s’apprécier comme leur union matrimoniale paraissait l’exiger. Dès le premier jours où ils se sont rencontrés, ce n’est point l’amour mais l’amitié qui n’acquit entre les deux dirigeants de ce pays. Et depuis ce jour-là, ils se soutiennent quoiqu’il arrive, main dans la main tels des amis se connaissant depuis l’éternité, ils prennent les décisions ensemble et agissent en harmonie.

Cette relation si particulière est très chère à Philippe, et même si Victoria – sa Reine – n’est pas l’âme sœur que son cœur attendrait, il donnerait sa vie pour la protéger. Car il sait au fond de lui les véritables sentiments qu’elle porte pour son frère, et il espère secrètement qu’un jour ils pourront échanger plus que quelques plaisanteries.

Il est aussi l’épaule sur laquelle elle peut se reposer, et jamais il ne l’abandonnerait si elle se trouvait dans le besoin.






« Des calots mirifiques et un faciès des plus angéliques.. »

Elle est un trésor gâché. Une sylphide au cœur estropié, vouée à partager sa vie aux côtés d’un homme incapable de voir toute la beauté au fond de son âme. Lorsqu’il la vit pour la première fois, Philippe eut tellement pitié d’elle qu’il ne put s’empêcher d’être intrigué par cette femme si délicate.

Il y avait comme des rayons sélénites et un gouffre d’affliction qui se mêlaient dans ses prunelles, quelque chose d’imperceptible, qui irrémédiablement donnait envie au souverain britannique de la secourir. Et quand elle se tint pour la première fois à quelques mètres de lui, il ne put retenir, ces indescriptibles palpitations crépitant en lui.

Mais trop conscient du scandal qu’une pareille attirance pourrait déclencher si un jour elle était divulguée, il s’empressa aussitôt d’enfermer profondément dans son esprit ce sentiment incompréhensible et depuis, il se contente d’observer de loin son si consubstantiel sourire, et ses pommettes rougies.





Comment expliquer pareil dégout et pareille rivalité ?

Sur les champs de bataille, ils sont comme deux démons possédés et se vouant à une lutte démesurée. Face à face, ils s’exècrent tant que les murs semblent en trembler. Et même lorsque des milliers de kilomètres les séparent, prononcer leurs noms respectifs suffit à les ébranler.

Ils sont deux Rois que tout oppose. L’un pour la cruauté et l’autre pour la générosité, un côté obscur et un coté éclairé. Ils pourraient facilement se compléter si cette aversion n’avait jamais existé, mais rien ne semble être en mesure de stopper se différent qui les oppose – entraînant leurs pays respectifs à se vouer à une lutte infinie.

En réalité, Philippe voit dans les yeux de Charles, l’image même de ce père qui passa sa vie entière à le renier et le rejeter, l’amalgame parfait, comme si l’esprit tyrannique de son paternel était revenu sur terre sous la forme de son plus grand adversaire.

Peut-être un jour, cependant, sauront-ils oublier le passé et leurs fiertés pour enfin s’apprécier ? Ce futur n’est que suppositions, alors il suffit juste de s’armer de patience et le laisser s’écouler.





THEME:






~ Mirrors reflect more than Beauty & Beauty reflects more than Souls ~


Si l’on pouvait donner la parole à un reflet, pensez-vous qu’il s’accorderait en tout point avec l’être qu’il réfléchit ? Trouverait-on deux âmes jumelles ou deux rivaux éternels?

Pure utopie ? Et qu’adviendrait-il si nous forcions la barre du réel pour frôler le surnaturel ? Pourquoi se limiter ? Laissons nous tenter. Accordons un susurre royal à ce reflet si particulier, laissons le miroir s’exprimer – les chimères ont parfois lieu d’exister.

****« Devant sa royale beauté, je m’extasie. »****

Tableaux, peintures, sculptures, croquis, poèmes, histoires ou chansons ne sont que facéties devant ce que je suis. Je suis et demeure l’unique parfait reflet de son impérieuse Majesté. Osez seulement égaler la grandeur de mon exactitude si vous le pouvez. Rien, non rien, ne saurait dépasser une telle excellence. Ainsi suis-je le seul à pouvoir le décrire. Ainsi j’interdis toute vaines tentatives de narrer sa physionomie. Elle est mienne, aucun regard ne saurait la comprendre, ou en déceler les plus mirifiques parcelles de somptuosité. Et puisque j’en suis l’authentique copie, je demeure seul maître dans l’art de la dévoiler.

Je prends le plus souvent forme dans une chambre de fastes et luxes composée. Entre deux splendeurs de l’ère élisabéthaine, de bois sculpté, d’ivoire et de nacre emmaillotées, d’ enluminures chevauchant l’unité que je suis - je suis arrivé dans la demeure royale dés qu’elle fut édifiée, on m’y apposa, on m’y sculpta, on m’y accrocha pour l’éternité. Et je demeure à cette sempiternelle place sans broncher… J’ai vu, tant de monarques – se mirant en moi sans la moindre inconstance, s’admirer, s’aimer et parfois même – s’aduler. Je connais de leur plus belles facettes jusqu’à leur plus abjects arcanes. Leur moments de perditions – d’abnégation – leur sournoiserie, leur folie, leur espièglerie. Hauts dignitaires encensés à longueur de journée ne deviennent que piètres humains chamboulés face à moi. Traître reflet je serais si j’osais vous dévoiler une à une les matoiseries de ces êtres – maîtres dans l’art de se targuer d’une main de fer et n’étant point plus plantureux qu’un pétale délaissé de son calice par la simple brise de l’Ouest déversée.

Oserais-je cependant dépeindre mon dernier nanti ? Pour une fois dans cette burlesque existence à miroiter ces faciès mortifiés… J’ai plaisir à croire que je pourrais égaler cette dernière.. Je fus le reflet de tant de fausses puissances, tant de galéjades que je ne sais que trop bien reconnaître les vraies belles âmes venant m’utiliser. Et celle-ci. Oui celle-ci. Puis-je simplement m’estimer pantois face à elle ? Sommaire image que je suis, je puis enfin avouer que si je le pouvais, je n’hésiterais plus à m’incliner devant mon nouveau créateur.

Par quoi commencer alors ? Je ne deviens que louangeur face à tant de vénusté. Aménité et mélancolie forment en lui un si admirable élixir de beauté. Aucun de ses sujets n’oserait contester l’éclat de sa Majesté. Peut-être est-il possible de décrire un monde au travers de ses deux iris d’un argenté si intense qu’il jalouse le bleu des océans par instants. Un monde ankylosant auquel il est impossible d’échapper. Dés que ses yeux se posent sur vous, dés qu’ils décrivent un à un les contours de vote anatomie, dés qu’ils tentent de sonder votre être , vous ne devenez plus qu’un risible pantin, conquis par tant d’affabilité. Aucune lueur offensive ne s’échappe de ses deux orbes rutilantes, elles savent apaiser les esprits tourmentés, elles détiennent la clef de votre âme et l’élégance la pus remarquable. Si elles le pouvaient, elles iraient bénir tout être foulant cette terre, si elles le pouvaient, elles distribueraient joie et prospérité à quiconque le demanderait. Son excellence à les prunelles d’un ange, moi-même à force de les refléter, je m’y perds – m’y enlise – sans même vouloir m’y échapper.

Oh combien de ces dames ont tenté d’y résister ? Toutes et même celles qui se considèrent ennemies s’accordent un fugace instant de coalition lorsqu’elles deviennent le sujet de leur attention. On dit souvent que les yeux sont le miroir de l’âme. Point plus vérace syntaxe ne saurait définir l’univers dans les yeux de sa Majesté.

J’aurais – pour aller au-delà du paraître de ces incroyables prunelles – des envies de lyrisme afin d’en dévoiler les plus profonds aspects.

**** "De Sable et d’Ecume je les qualifierais" ****

Mollement les suaves blandices létales de la mer s’entremêlent

Vont et viennent telle une invincible cadence

Récitent un chant aussi saumâtre qu’ensorcelant

Fondent un cosmos de scrupules et d’assiduités

Défilent de toute leur impéritie sur les grains de sables séduits

Créent un monde parfait de cadences enivrantes

S’étirent, recouvrent, et balayent les rivages infinis

Dessinent quelques chemins entre les alluvions assujettis

Et répètent leur cavalcade mystique sans jamais faillir.

L’évanescence de son essence est sans conteste plus que comparable à ces si évasives substances salées qui se glissent malicieusement entre les doigts de ceux qui cherchent à les emprisonner – un simple mot pour une beauté si compliquée - Ecume - une beauté insaisissable, un rêve intangible, une damnation pour les yeux trop avides, la perfection de l’insaisissable et le péché du palpable.

Quelle âme ne saurait mieux épouser pareille intangibilité ? Le qualifier d’étourdi, l’imaginer écervelé, l’envisager irréfléchi… Ne sont que pures fantaisies. Seuls ceux qui ne savent point démêler les affres de son essence se réduisent à de telles considérations. Pourquoi diable se borner ? Lorsqu’il y a bien plus, tellement plus que les mots ne suffisent plus.

Je l’ai tant de fois observé – sans jamais l’égaler- que je ne connais que trop bien ses imperceptibles calots dont se déversent un torrent de chaos. La si crispante harmonie qui luit dans ses pupilles de bleu teintées, le néant qui prospère en son intérieur encore et encore. Ses meurtrissures sont telles que l’on ne saurait les penser, que l’on n’oserait les toucher – enfouies si profondément dans une prison de chair – dissimulées à tous ceux qui l’entourent à jamais pour ne plus jamais faire surface.

« Insaisissable » est ainsi son plus fidèle qualificatif. Quand bien même il vous offrirait toute la gratitude que vous désirez jamais il ne vous dévoilerait son plus profond secret…Jamais vous ne pourrez comprendre ou atteindre les écueils de son esprit lorsqu’il s’exile dans sa mansarde d’or et de velours pour y contempler la voûte étoilée. Ce n’est point de la folie – c’est une déréliction qu’il s’inflige. Comme pour se punir. Comme pour s’équarrir.

****Le Roi est un ange aux ailes brûlées.****

Mais n’espérez pas achever la personnalité de sa Majesté de la sorte. J’ai certes vu le chaos transparaître dans ses iris insondables par moments, mais j’y ai vu aussi de l’animosité.

Souvent je quitte cette chambre royale et prends forme autre part. Je suis partout où les éléments souhaitent me créer et m’amener. Je peux être matériel et visible, tout comme un songe qui vous hante inlassablement. Un reflet ou un souvenir. Je suis dans l’eau que vous buvez à la même table que sa seigneurie. Je suis dans le thé que vous sirotez lorsque vous pensez à lui. Je suis dans le verre que vous embrassez à chaque fois que l’envie d’ingurgiter un peu plus de vin vous enhardi. Je suis dans vos rêves teintés d’un soupçon de panthéisme. Je suis dans vos délires et vos écrits. Je suis aussi votre ennemi, votre rival, ou votre lubie. Je suis un tout et un rien à la fois. Mais je suis seul à pouvoir vous apporter l’image la plus fidèle de cet être si quintessencié.

Animosité disions nous ? Oui mais avec subtilité. Sa grandeur sait être généreuse mais elle vous reprendra ce qu’elle vous a donné si vous tentez de la tromper. C’est le même sourire angélique qui laissera un rictus insalubre se dessiner sur ses traits fins et divinement sculptés. Ce sont les mêmes yeux si imperceptibles et ensorcelants qui adopteront une lueur bestiale si vous osez l’affronter-apparaissant derrière le flot d’une chevelure d’ébène aussi indomptable qu’attrayante. Comme deux entités embastillées dans un seul corps, l’ange et l’incube savent se relayer pour caractériser la complexité de sa Majesté.

Et quand le ciel se déchire d’éclair et de foudre, quand les hommes crachent leur haine au travers de leurs épées, quand les cris des femmes et des enfants égorgés retentissent sans arrêt, quand le sol se couvre d’un voile pourpre à l’odeur éloquente, je prends alors forme dans son bouclier. Je suis aux premières loges. Je vois tout. Je vois l’ampleur du démon déchaîné à son paroxysme. Je sens la vigueur de ses mains veineuses me presser, la robustesse de ses bras interminables brandir l’herculéenne lame d’argent et fendre les airs avec encore plus de puissance que la foudre elle-même. Je sens ses épaules impérieuses se contracter et diriger les mouvements d’un buste que les guerres ont taillé. Je perçois ce désir de combativité, cette appétence démesurée d’admirer le sang jaillir des corps ennemis – et ses jambes démesurées en guise de socle infaillible à la structure qui se meut et se délecte de chaque coup d’épée.

Une danse macabre qui illustre le quidam à l’apogée de sa vésanie… Qui donc à la cour peut-il se vanter d’ avoir admirer son éminence en de pareils instants de cruauté si ce n’est moi ? Personne en Angleterre. Mais il demeure au delà des frontières, des terres et de la mer, un être qui fut assez redoutable pour avoir admirer ce spectacle sans flancher. Le concurrent parfait, l’adversaire rêvé, son antithèse et son semblable à la fois. J’ai vu, j’ai contemplé - la férocité sans égale de ses deux êtres, leurs carrures avancer sur les champs décimés pour venir se porter le coup fatal, les drapeaux des deux nations claquer dans les airs comme des furies encourageant leurs souverains, les masses musculaires débuter une luciférienne chorégraphie – entrechoquant les lames, déchirants les robustes armures en de grotesques lambeaux, réduisant à néant leurs humanités respectives pour n’être que les émissaires de leur antagonisme. Frapper, hurler, s’essouffler jusqu’à ce que le moindre soupir ne soit que pure acrimonie…S’épuiser le corps et l’esprit, et constater inlassablement leur éternelle égalité.

Ils se haïssent à la démesure, jusqu’à leurs propres reflets. Simples images et pourtant, je dois avouer combien la rancœur me submerge lorsque je vois le bouclier adverse se délecter autant que moi du spectacle offert. Quelle ironie de constater combien la haine de deux puissances peut engendrer un fief inébranlable sur les champs de bataille.

****L’attrait est encore plus crispant quand il est interdit.****

Sa Seigneurie est certes l’incube des guerres mais un dernier voile de son individualité reste encore dissimulé. Comme les pétales d’une rose que l’on démantèlerait pour fureter jusqu’à ce qui demeure secret, le cœur de son essence révèle une si troublante faiblesse. Non content d’avoir pu éprouver rien qu’un seul jour de l’amour pour celle qui fut forcée de partager le trône avec lui – Victoria – son excellence s’est vue infliger le supplice de voir sa raison défaillir en présence de la seule femme qu’il n’aurait jamais dû apprécier – la seule qu’il aurait dû exécrer…Mais… il est tellement plus plaisant de désirer le proscrit.

Je ne comptes même plus les interminables moments de crispation dans lequel il s’est plongé, les remontrances qu’il s’est infligé afin de plus jamais ressentir ce trouble écœurant, cette trahison envers sa propre nation. Je me souviens encore, de cette nuit maudite où il revint de France, les étoiles commençaient déjà à scintiller haut dans le ciel, la lune offrait son entièreté à ceux qui levaient les yeux vers l’univers, le vent berçait le peuple doucement pour lui ouvrir un délicieux monde de rêves, et je me plaisais tant à miroiter cette scène, là contre ce mur qui me tient depuis le commencement. Rien ne semblait en mesure de briser l’harmonie des éléments – mais sa Majesté demeurait seule chavirée dans cet océan de tranquillité. De ses deux puissantes mains il m’empoigna et m’envoya valser contre le mur opposé – mur que je n’aurais jusqu’alors jamais espérer palper tant je l’avais reproduit. Par chance, je ne fut point brisé, et depuis moins coin d’exilé, je fus le témoin de cette inqualifiable emportée. Chaque mouvement était saccadé, ses mains fourrageaient sa crinière par moments, ses doigts s’accolaient en un poing pour ensuite frapper violemment les meubles qui l’entouraient, ses lippes – d’ordinaire si charmantes qu’une imperceptible lasciveté s’en échappait – s’écartaient de toute leur véhémence pour laisser un cri s’échapper. Le Roi combattait ses propres pensées, et comme un fou transit par le déni il assénait à tout ce qui barrait son chemin, les coups qu’il croyait capables de le sortir de sa déraison grandissante.

Les vagues ne déversaient alors plus la même écume si délicate

Un torrent animait les flots qui se fracassaient perpétuellement

Les arènes tourbillonnaient et se rencontraient pour ensuite se repousser

Et le Roi n’avait à présent plus rien de sa suprématie dépassée

Simple humain agglutiné à la passion la plus vile qui puisse exister

Lui et le monde n’était que grains de sable sur les bords infinis d’une mer infinie

Et comme pour se prouver à lui-même qu’il n’avait pas perdu l’esprit

Je vis ses lèvres s’arquer et susurrer au néant qui l’entourait :

« Non, je suis la mer infinie et tous les mondes ne sont que grains de sables sur mes bords infinis, et si je me trompais, et que les rôles s’inversaient, je serais alors le grain de sable perdu dans une absolue immensité, mais les plus belles perles de nacres ne sont-elles point bâties autour de simple grains de sable tels que celui que je serais ? De la mer au sable, qu’importe, rien ne peut plus troubler mon unité.»
Quand il eut fini de réciter ces quelques paroles, son imposante structure s’écroula sur le lit et il laissa la douce nuit chasser les mœurs qui l’enchaînaient.

Ce ne fut qu’à l’aube que des doigts masculins eurent assez pitié de ma condition pour me replacer là où je devais être à jamais. J’abandonnais le lyrisme et comme à chaque levé de soleil je vis sa grandeur émerger, ramenée au mondes des vivants par mon pire ennemi. Mon rival éternel – ce frère d’âme connaissant tout de celui que je reflète, et parfois même mieux que moi, celui qui pourrait vous décrire sa Seigneurie avec peut-être autant d’admiration que celle que j’ai employée depuis que la parole m’a été accordée. Cet homme, ce confident, ce garde du corps, le seul à pouvoir déceler le chaos des pupilles de sa Majesté. Mais vous me pardonnerez si je ne prononce pas son nom, car je me noies dans la jalousie rien qu’en sachant que je ne serai jamais comme lui, et qu’à jamais – je ne suis qu’un simple reflet, une simple image… Une illusion incapable de pouvoir toucher l’idéal qu’elle réfléchit.

Je me contente ainsi du privilège de la copie plutôt que du plaisir du ressentit.

Ame ou Physionomie, je demeure malgré tout la plus irréprochable réplique

Du Roi au reflet le plus unique.









Derrière l'écran:


    Pseudo : Connu des intimes et inconnu des curieux.
    Age: Qu'importe.
    Comment t'es-tu retrouvé parmi nous?: Il y avait un pays à gouverner. (Je suis un TC)
    Des Remarques ou impressions? Charles mon ami, vous voilà moins tranquille.
    Edit'Charles : Wesh, d'ou tu m'appelle "mon ami", toi? èé C'clair qu'avec un insulaire comme toi je vais avoir moins la paix tout de suite U_U
    As-tu lu le règlement ? Probablement !
    Code du règlement : Validé par ton GRAND COPAIN! MWAHAHAHAHA //PAN//


Dernière édition par Philippe England Nightray le Mer 15 Aoû - 17:46, édité 17 fois
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MessageSujet: Re: Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.   Lun 13 Aoû - 17:50

BIOGRAPHIE




Un voile obscur recouvrait peu à peu l’immensité merveilleuse du ciel pour laisser place à la lune et ses acolytes préférées – les étoiles - la rejoindre et scintiller frugalement au zénith de toute vie en ce monde somnolent . Régie alors par une harmonie incroyable la nuit s’installait au dessus de milliers de visages engourdis, et peu à peu, les yeux des plus jeunes se fermaient, ceux des plus intrépides– eux demeuraient plus ouverts que jamais – et quelques indomptables sexagénaires tentaient de résister à la chaleureuse mélodie de Morphée en jouant tranquillement autour d’une table à siroter du thé. Le peuple se laissait alors bercer par sa quiétude quotidienne, loin des tumultes royaux qui eux, n’étaient point prêts de laisser leurs souverains s’endormir en paix.

Il y avait en effet dans l’aile Ouest de l’édifice Royal, une mansarde aux coloris chatoyants, d’or, de tapisseries, de rideaux, d’enluminures, et de velours élaborée - l’éclat de la royauté y régnait – mais ce n’était plus son éclisse impeccable qui attirait l’attention en cette soirée pourtant si innocemment abordée, mais plutôt des mots cinglants, lancés avec une véhémence que l’on savait insoutenable tant les murs de pierres en tremblaient. Raisonnant comme un branlebas acerbe, la voix du maître des lieux affrontait la béatitude nocturne sans la moindre inconstance, les vitraux reflétant l’opalescence lunaire battaient tels de pauvres martyres claquemurés , les longs tissus formant les rideaux s’envolaient à chaque bourrasque de ce vent presque lui-même apeuré par la si crispante sonorité qui retentissait maintenant dans tout le château. Quelques frissons grimpaient le long des échines des résidents effrayés… Sa Majesté avait de nouveau laissé, sa fureur fulminer.

    -Où se cache donc la Reine ? Que l’on m’apporte ma Reine ! Qu’elle se présente à moi maintenant, et que le devoir soit accompli, je n’ai que faire de tous ces principes mais s’il y en a bien un qui doit être respecté, qu’il le soit maintenant ou que l’on m’exècre à jamais !


Ses longues bottes de cuir frappaient le sol à chacun de ses pas comme pour avertir qu’il arrivait, ses longs bras giflaient les murs de haine, une main passa dans une chevelure dorée mal coiffée, l’autre essuya la sueur qui dégoulinait de son front, et mordant ses lèvres comme pour contenir sa rage il cherchait dans chaque pièce du château celle qui semblait se cacher. Elle ne ferait pas long feu, car lorsqu’il voulait une chose, jamais on ne la lui refusait, tôt ou tard…. Elle y passerait…

    -Ma chère, à quoi bon ? A quoi bon me faire perdre ce temps si précieux ? N’êtes vous point l’être si « raisonnable » et si « affable » que ces pauvres folâtres de gens prétendent ?! N’êtes vous point assez reine pour affronter votre destin ?! Montrez vous et réglons cela une bonne fois pour toute !


Meuglant de tout son être il frappa la dernière porte du corridor royal et trouva enfin ce qu’il cherchait. Elle était là, agrippée au sol par la seule force de ses doigts, tremblotante, larmoyante, sa longue chevelure d’ébène serpentant sur le sol et ses yeux d’un bleu-argenté si ensorcelant habituellement imploraient qu’on lui accorde un minimum de grâce en cet instant. Reculant en voyant l’impérieuse silhouette avancer vers elle, elle finit par buter contre un mur et sentit ses dernières chances de fuir être réduites au néant le plus total. Le moment qu’elle avait redouté toute sa vie était sur le point de se passer. Fallait-il que cela se passe ainsi ? Comme cela ? A même le sol ? Sans la moindre preuve d’amour ? Sans le moindre épicurisme ? Fallait il qu’elle souffre, qu’elle hurle, qu’elle se sacrifie ? Pourquoi ? Pourquoi elle ? Elle se sentit défaillir…Deux iris émeraudes la fixaient avec une aversion si intense qu’elle crut que le diable lui-même était venu la chercher.

    -Alors vous étiez là depuis tout ce temps ? …..Ingrate. Vociféra l’homme avant de lui harponner le bras pour la traîner derrière lui.


Incapable de résister à cette force démonique, elle se laissa traîner jusqu’à cette chambre qu’elle redoutait. Elle revit, toute cette fausse splendeur, toutes ces frasques pitoyables, toutes ces somptuosités dépassées…Les futurs témoins de son calvaire. A peine entrée, elle fut projetée sur le lit – et celui qu’elle n’aurait jamais voulu –dû – épouser même dans ces songes les plus abjectes, se positionna au dessus d’elle et la toisa d’un air dégoûté.

    -C’est aussi répugnant pour vous que pour moi ma chère. Ne vous imaginez même pas l’espace d’un instant que je pourrais ressentir une quelconque pittoresque concupiscence pour vous … Vous qui n’êtes que paraître, futilité, fardeau, sachez le, vous n’êtes là que pour cela, retenez-le, et si jamais vous échouez, je vous tuerai. Je veux un fils, et rien d’autre.
    -Je n’en ai que faire, faites maintenant, dépêchez-vous, et que cela soit rapide.


Quelques mots d’abandon face à tant de férocité, et elle laissa son corps subir les moindres envies de ce monarque des plus redoutés. Elle avait un devoir en somme, à quoi bon résister ?

*********

    -Que dites-vous ? Elle refuse d’accoucher ? Et pour quelles raisons ? J’aimerais le savoir.
    -Votre Majesté, si je puis me permettre, Madame ne refuse point l’accouchement, mais le médecin préconise quelque jours d’attente car le corps de sa majesté est trop faible et…
    -Et ?
    -Et elle ne pourrait point survivre en mettant au monde votre héritier..
    -Et alors ?
    -Mais votre Maj…
    -Cessez donc un peu vos prédictions ridicules, si vous ne la faites pas accoucher aujourd’hui j’irai moi-même lui sortir l’enfant des entrailles s’il le faut !
    -Bien monseigneur.


Sur ces mots cinglants, l’émissaire apporta l’ordre aux médecins affairés, et malgré leurs doutes et leur quiétude, il lancèrent le processus d’accouchement. On emmena alors la si généreuse Reine dans une chambre équipée de tout un tas d’instruments inquiétants… Elle avait peur, jamais encore ses membres n’avaient tremblé de la sorte, jamais encore son cœur n’avait rebondi si fortement en elle…Son souffle pressé, elle savait qu’elle n’avait plus le choix, elle savait aussi qu’elle serait trop faible pour apprécier ne serait-ce qu’un jour heureux avec l’enfant qu’elle mettrait au monde. Sa misérable existence, voilà comment elle l’achèverait, condamnée à n’entendre que les hurlements de son enfant sans jamais pourvoir savourer la douceur de son derme rosé. Ereintée… Souffrante, elle offrit ses dernières forces et sa dernière volonté au petit être en elle afin qu’il puisse sortir et s’épanouir … Et quand elle vit le sommet de son crâne, un sourire béat se dessina sur son visage, ses calots si mirifiques se fermèrent et elle se laissa tomber en arrière – dans une chute interminable, elle sombra pour n’être à présent plus qu’un corps inerte, une carapace dénuée de toute vie… La Reine était morte, et l’héritier né, on s’empressa de prévenir le Roi qui s’impatientait.

Sur un trône d’or sculpté, il était là, à attendre que sa descendance soit assurée, un domestique se présenta à lui, et il fut mis au courant. C’est alors qu’il se leva avec empressement, ses mains recouvraient son visage et cachaient ses traits déchirés, ses jambes le menèrent jusqu’au lieu ou la mort et la vie s’étaient scellées à jamais, et il vit le corps las de sa femme gisant sur le lit, ce corps pourtant si beau autrefois sur lequel on avait posé – enroulé dans de la soie – un petit nourrisson semblant pleurer de toutes les larmes de son corps, sa défunte génitrice.

Il s’approcha, et avec une délicatesse que lui-même n’aurait jamais imaginé pouvoir offrir, il prit le nouveau-né dans ses bras et le détailla avec insistance. De splendides prunelles bleutées et argentées le fixaient sévèrement, des petits cheveux d’un noir qu’il connaissait trop bien trônaient sur le haut de son crâne, et une peau d’albâtre recouvrait la petite structure qu’il tenait contre lui. Rien…Absolument rien ne lui ressemblait ….Rien de ses calots émeraudes, rien de sa chevelure couleur de blé, rien de son derme légèrement bronzé…Il n’y avait rien de lui. Tout était d’elle. Elle avait maudit son propre fils pour lui rappeler son existence à jamais.

L’amertume grandissant en lui, il posa l’enfant sur le lit et déclara :

    -Je me vois forcé de donner mon propre nom à ce piètre enfant à l’apparence si hideuse. Philippe, ainsi soit-il, mais ce n’est point sous prétexte que tu portes mon nom que tu obtiendras ma considération. Il te faudra faire tes preuves, petit.


Ayant déversé une fois de plus un torrent d’animosité, il s’éclipsa et claqua la porte du dispensaire avant de s’élancer dans les escaliers et quitter le château. Les domestiques ne patientèrent pas une minute de plus pour s’occuper du poupon délaissé et laissèrent leur si tyrannique souverain fuir devant sa propre responsabilité. Fou de rage, il ordonna au cochet de le mener loin dans la capitale pour qu’il puisse se divertir et oublier les yeux - si innocents mais pourtant si identiques à cette femme qu’il haïssait, de son propre héritier. Les chevaux galopèrent loin, s’enfonçant dans l’obscurité de la nuit jusqu’à ce que le monarque aperçoive une petite maison perchée sur une colline.

Intrigué, il stoppa son véhicule et grimpa la colline à pied – jouissant de toute sa suprématie, convaincu que rien ne lui était impossible, il frappa à la porte de cette maison et ordonna qu’on lui ouvre de son si puissant phonème. Des bruits de pas empressés accoururent et doucement la porte s’ouvrit pour qu’un visage enquit apparaisse. C’était une femme, une innocente femme, sans aucun titre de noblesse, une simple habitante, à la chevelure d’or, et aux prunelles aussi vertes que le serait une feuille reflétant les rayons de l’astre solaire. Voyant son Roi se présenter à son domicile, et ne connaissant que trop bien son caractère si froid et cruel – tant les habitants en parlaient, elle entreprit de refermer immédiatement la porte mais une main robuste la saisit par le coup et la porta jusqu’au mur opposé.

    -Chercheriez-vous à fermer la porte au nez de votre Roi ?
    -Non…Non…Je vous en prie…Votre Majesté… Je…
    -Taisez-vous ! Vous êtes intéressante, j’aime votre chevelure et vos yeux, ils ressemblent aux miens, peut-être seriez-vous en mesure de me donner un héritier digne de ce nom ? Et non un bâtard qui ne me ressemble en rien !
    Un frisson d’effroi traversa l’anatomie de la jeune femme. Ses mains cherchèrent à pousser le quidam en arrière, mais en vain.
    -Il ne sert à rien de vous débattre.


Du mur au sol, elle fut violemment plaquée et en l’espace d’un instant ses habits furent déchirés. Son innocente structure mise à nue, le tyran laissa son aliénation se déverser sur cette pauvre humaine et se l’appropria, quand il eut finit, quand enfin elle put espérer respirer, il se releva, contempla sa victime inerte au sol et essoufflée. Satisfait, il passa le seuil de la porte et tonna dans les airs :

    -Je reviendrai chercher mon dû dans neuf mois.




    -Vous ne devriez pas, même pour en rire, vous moquez de la sorte de sa Majesté.
    -Je le hais alors je ferai tout pour qu’il soit malheureux.
    -Quand bien même, votre altesse, ce que vous avez fait est risqué…Votre Majesté vous punira très sévèrement … et, je ne veux plus voir couler ces petites larmes de vos yeux si affables…
    -Je ne pleurerai pas ! Je serai fort ! Je le promets.
    -Philippe vous n’avez que 6 ans et vous parlez déjà comme un Roi que des années de pouvoir auraient forgé.
    -Je serai un bon Roi, je serai juste envers tous, moi, je ne laisserai personne souffrir devant mes yeux, mais surtout, moi, je serai aussi un bon époux !
    -Oui, vous serez un roi admirable…Il n’y a aucun doute la dessus. Votre mère serait fière de vous. Mais pour le moment, hâtez vous de vous habiller, vous allez attraper froid, de plus aujourd’hui je vous emmène vous balader avant que sa Majesté ne revienne …Voulez –vous visiter un peu la ville ?
    -Oui !


La vieille dame lui enfila ses habits avec une délicatesse dont seuls les doigts d’une mère pouvaient faire preuve. Elle l’appréciait tellement, cet enfant, ce futur monarque, elle l’avait allaité, elle l’avait éduqué et instruit. Il était tout pour elle, elle souhaitait tant qu’un jour cette insatiable haine qu’il entretenait envers son père ne devienne qu’un vulgaire souvenir et qu’il puisse être libéré de cette oppression constante qui pesait sur si ses frêles épaules. Privé de la chaleur de sa mère et de l’amour de son père dés la naissance, elle n’avait jamais cessé de lui accorder tout ce qu’elle avait à offrir…Elle avait été aussi présente et bienveillante qu’une mère mais pourtant, jamais un seul jour ne s’écoula sans qu’elle ne lise dans les yeux de ce fils qui n’était pas le sien, une profonde souffrance, un chaos incompréhensible…Comment pouvait-on voir pareille acrimonie dans les calots d’un être que seulement six printemps avaient accueilli ? Mais jamais elle n’abandonnerait, elle y parviendrait… Elle parviendrait à chasser ces démons assoiffés de son esprit, elle le savait… Philippe sera heureux, elle se l’était juré.

Lorsque le petit homme fut vêtu de son accoutrement habituel, elle prit sa main et l’amena jusqu’à une calèche pour qu’il puisse enfin admirer Londres de plus près…Et non depuis ce balcon qui s’apparentait plus à la risible lucarne d’une geôle royale. Il était si impatient, si excité à l’idée de sortir… Comme il était attendrissant de voir ses petits yeux s’illuminer rien qu’à l’idée de fouler le sol de la capitale qu’un jour il gouvernerait. Alors elle ordonna au cochet de démarrer, et le petit prince laissa son regard admirer le paysage défilant ; monts et vallées s’étendaient à perte de vue au loin et tout près, des dizaines d’habitations jonchaient les rues s’enfonçant dans tous les recoins de la ville, les gens déambulaient et rigolaient entre eux, les femmes portaient parfois quelques paniers remplis à foison de légumes et de fruits paraissant si appétissants, les hommes s’affairaient à toutes sortes de choses, et les enfants se couraient les uns après les autres- riant aux éclats et profitant comme jamais de leur jeunesse si précieuse – celle qu’on lui avait volée.

Une lueur d’affliction parut un instant au beau milieu du bleu de ses prunelles d’enfant mais lorsqu’une bourrasque d’air pur vint s’aplatir sur son faciès, il sourit et inspira profondément comme pour marquer, pour l’éternité, ses poumons de cette atmosphère si éthérée. La calèche s’arrêta, entre deux collines, et juste à côté d’une petite étendue d’eau sur laquelle miroitaient les rayons solaires. Il n’attendit pas un seul instant de plus avant de s’élancer dans l’eau et en profiter, ne se souciant point de ses vêtements. Ce qu’elle aimait le voir rire ainsi, elle le sentait revivre, elle voyait enfin des traits d’enfants sur ce visage trop souvent corrompu par les mœurs des grands.

    -Philippe, je vais cueillir quelques fleurs dans le champ à coté, faites attention, et ne parlez à personne !
    -Oui Miss Pumgins !


Il observa sa vieille domestique s’éloigner un peu et vit sur la colline opposée, une petite maison trônant paisiblement au milieu d’un jardin soigneusement entretenu. Curieux – comme les enfants savaient l’être – il sortit de l’eau et emprunta un sentier pour se rendre jusqu’à la petite demeure qui y régnait. Discrètement il observa le jardin et fut immédiatement attiré par une petite silhouette assise sur le sol. Pas plus grande que lui, ni plus petite, la silhouette contemplait la voûte bleutée – intrigué, il s’approcha un peu plus et une branche de bois séchée craqua sous son pied. Instantanément, la tête de l’inconnu se tourna vers lui et deux yeux marrons le fixèrent. Il chercha à s’enfuir en courant, mais trop pressé, il trébucha et n'eut plus assez de temps pour s’éloigner, la silhouette s’était rapprochée, si près à présent qu’il put discerner tous ses traits.

Un petit garçon, aussi grand que lui, et probablement du même âge le toisait méchamment et brandissait une brindille vers lui.

    -Prends garde inconnu, ou je te pourfendrai de mon épée !
    Les deux yeux du prince s’écarquillèrent à ces mots et il ne put s’empêcher de rire en se redressant.
    -Cela m’étonnerait ! Je suis bien plus entraîné !
    Son comparse le toisa toujours avec la même appréhension continuant de le menacer avec sa brindille.
    -Tu es sur mes terres, étranger ! Que viens-tu faire ici ? Ma maman m’a dit de me méfier de tous les étrangers !
    -Mais je ne suis pas un étranger ! Je suis un prince, moi ! Et puis, ton père ne peut-il pas se charger lui-même de défendre vos terres ?
    -Euh..je…Mais…Le petit homme parut tout déboussolé, et ses pupilles s’humidifièrent . Je n’ai pas de père ! Va t-en maintenant ! Je ne te crois pas ! Tu n’es pas plus prince que moi en plus !


Philippe resta interdit en l’entendant déclarer pareilles choses, et contre toute attente la porte de la maison s’ouvrit et une femme apparut. Elle était très belle, ses longs cheveux ondulés renvoyaient la clarté solaire de façon presque aveuglante, et ses yeux rivalisaient sans mal avec la couleur d’une émeraude…. Cette alliance d’or et de vert lui rappela immédiatement son père et il se figea en la voyant avancer.

    -Qui es-tu petit ? Es-tu perdu ? S’enquit-elle en s’approchant de lui.
    -Je ne suis personne ! Vociféra t-il en reculant pour qu’elle ne puisse le toucher.


La jeune femme le détailla du regard, elle vit ses habits si nobles, cette prestance si indéniable et ce regard fier et droit affronter le sien. Ses jambes défaillirent et elle tomba au sol à coté de son enfant.

    -Maman ! Qu’est-ce qu’il t’arrives ?! S’enquit l’enfant aux cheveux et aux yeux marrons.
    -Dorian, rentre à l’intérieur, maman doit parler quelques instants avec ton ami, s’il te plaît.
    -Mais ce n’est pas mon ami, il a dit qu’il était un prince ! C’est un menteur !


Le faciès de la jeune femme se crispa, et elle indiqua la porte à son enfant. A présent, ce n’était plus seulement son visage qui reflétait son angoisse, mais tout son corps tremblait face à ce petit être arrivé chez elle tel un coup fatal du destin. Lentement, un pied après l’autre, elle marcha vers lui – ne voulant point l’effrayer, elle s’accroupit pour se mettre à sa hauteur, et se forçant à sourire, elle reprit.

    -Te prénommes tu « Philippe » petit ?
    -Oui. Répondit le petit prince, quelque peu étonné.
    -Es-tu bien le fils de notre Roi ?
    -Malheureusement pour moi, oui. Souffla t-il.
    -Pourquoi « malheureusement » ?
    -Je déteste cet individu ! Il a tué et maltraité ma mère !Cria t-il, alors que quelques traîtres gouttes salées s’écoulaient sur le long de ses joues rosies.
    -Oh… mon pauvre petit….Un doigt délicat vint sécher les larmes sur les joues du petit, et elle lui sourit. Alors on est deux, je le déteste aussi.
    -Mais…Mais… Qui êtes-vous ?Demanda Philippe, rassuré.
    -Viens… Elle posa sa main dans la sienne. Je vais t’en parler à l’intérieur, tu as faim ?
    -Oui !


Et le successeur du trône suivit cette belle inconnue dans sa mystérieuse demeure, sachant quelque part au fond de lui, qu’un lien bien plus profond le liait à elle et son fils.

*********

Ce n’était rien à coté du luxe auquel il était habitué. Lorsque l’on passait le seuil de la porte, un petit buffet était accolé au mur, une table d’un bois abîmé occupait le centre de la pièce principale, quelques chaises l’entouraient et un tapis échancré servait de support. Sur le côté, une autre petite pièce se cachait, où l’on pouvait remarquer une bibliothèque remplie de nombreux ouvrages et un bureau en désordre. Derrière le mur du buffet, une autre porte menait jusqu’à la cuisine d’où s’échappait une odeur de gâteau particulièrement alléchante. Et pour finir, quelques marches d’escaliers s’enfonçaient dans le plafond pour conduire à l’étage supérieur, là où devait sans doute être les chambres des deux résidents.

Les yeux du prince observaient chaque détail qui l’entourait…Il n’y avait là, aucun signe de richesse, et une telle modestie s’échappait de ces lieux qu’il se sentit gêné de se présenter ainsi accoutré. Mais la jeune femme continuait de lui sourire comme si de rien était. Elle le laissa dans le salon avec l’autre enfant et partit dans la cuisine un long moment. Il n’osait rien dire, ni rien toucher, et se contenta d’observer discrètement celui qui semblait se prénommer Dorian. Au bout d’un long silence, Dorian s’adressa enfin à lui.

    -N’aies pas peur, ma maman est juste partie chercher du gâteau. Tu vas voir, c’est la meilleure cuisinière du monde !
    Philippe acquiesça.
    -C’est vrai que tu es un prince ? Tu habites au château alors ? Demanda alors Dorian, tout curieux.
    -Oui.
    -Waaaah ! Quelle chance. Maman m’a dit que les gens aux châteaux étaient très riches…. Mais alors…Tu es le fils du Roi ?
    -Oui. Répéta Philippe, las.


Puis la jeune femme revint, tenant dans ses mains un gâteau dont la fragrance succulente engourdissait les narines du jeune prince. Elle le posa au centre de la table et coupa quelque parts qu’elle distribua avec générosité dans trois assiettes dont une qu’elle tendit à Philippe.

    -Et voilà ! C’est une de mes spécialités !
    -Merci. Répondit Philippe en prenant l’assiette qu’elle lui tendait.
    -Je vois que Dorian et toi avez fait un peu connaissance !
    -Pas vraiment maman, il répond toujours « oui » à tout ce que je lui dis ! Il n’est vraiment pas marrant !
    Rétorqua son fils.
    -Oh, allons, je suis sûre que vous vous entendrez bien, après tout…Elle hésita C’est dans vos sangs…


Les deux enfants échangèrent un regard inquisiteur avant de se tourner tous deux vers la jeune femme. Quelques larmes s’échappèrent de ses prunelles et elle reprit.

    -Il y a 5 ans, j’étais simplement ici, sur cette table, à cette même place, et je lisais…Je lisais, paisiblement oui… Qui pouvait bien venir me déranger ? Personne ne se rendait ici habituellement tant la maison est loin des fantaisies de la ville. Mais il a fallut que ce soir là, le destin décide de se montrer encore plus sévère envers moi. Après m’avoir privée une fois de l’amour de ma vie, emporté lors d’une bataille des plus sanglantes pour servir son pays, je dû à mon tour subir le courroux royal… Philippe…


Elle lui sourit tout en pleurant.

    -Ton père… Ce Roi que nous redoutons tous, ce roi que toi-même ne peux aimer… Eh bien ce fut lui qui frappa contre cette porte ce soir là. Comment aurais-je pu me douter de ce qui m’attendait ? Pouvais-je seulement refuser ? Je lui ai ouvert et …sous prétexte que je lui ressemblais… Il décida de m’utiliser pour obtenir un autre héritier. Sa voix s’érailla sous l’effet de la douleur que lui apportaient ces souvenirs.Philippe…. Combien de fois ai-je désiré te rencontrer … ?


Elle se leva et prit une main de Philippe et une de Dorian pour les joindre entre les siennes.

    -Vous êtes tous deux comme des frères…
    Mais Philippe la coupa.
    -Mais pourquoi Dorian n’est-il jamais venu au château si mon père voulait faire de lui son héritier ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce seulement maintenant que j’apprends que j’ai un frère ? L’interrogea t-il en pleurant lui aussi.
    -Ton père est revenu Philippe…Il est revenu ici pour chercher son enfant… Il s’attendait à ce qu’il lui ressemble, mais tout comme toi, Dorian a les cheveux noirs, et aucun reflet vert ne s’apparentait à aux yeux de ton père. Alors il l’a lui aussi abandonné…

    -PHILIIIIIIIPPE !!!!! Cria une voix paniquée, au loin soudainement.


Alerté, le jeune prince reconnu immédiatement la voix de Miss Pumgins qui devait certainement le chercher sans succès. Il essuya ses larmes d’un geste rapide et se précipita à l’extérieur mais la jeune femme lui attrapa le poignet.

    –Attends ! Sache que tu peux revenir quand tu le souhaites ! Nous t’attendrons, d’accord ?Promets le nous !
    Philippe ne répondit pas, et délogea son poignet de l’étreinte de la jeune femme.
    -S’il te plaît ! Insista son nouveau frère.
    Et quelque chose en lui se brisa à l’idée de devoir se séparer de lui, il se retourna alors, et la main sur le cœur, les sourcils froncés, et déterminé, il déclara.
    -Je reviendrai vous chercher, je le jure.


Puis il dévala la colline à grandes enjambées pour rejoindre Miss Pumgins qui l’attendait.

*********

Comme un brin de gaieté dans son truisme de tristesse et d’acrimonie, comme l’imperceptible écho salvateur que l’on aurait la chance d’écouter aux portes du paradis, comme les rayons solaires venant chasser les intempéries, cette rencontre avait transformé Philippe. Il ne vivait plus que pour retrouver sa moitié arrachée, ce frère qu’on lui avait caché. Comment pouvait-on priver un enfant du plaisir de grandir avec celui qui aurait dû tout partager avec lui ? Comment pouvait-on considérer des êtres comme de simples accessoires de la sorte ? Pourquoi fallait-il que ce soit son propre père le créateur de toute cette facétie, toute cette révoltante comédie ? Il le haïssait à présent de tout son être, et rien, rien ne l’empêcherait d’offrir à Dorian et sa mère, la richesse qu’ils méritaient.

Le temps n’était alors que son seul adversaire, point assez grand pour s’opposer à son père, il ne pouvait agir, il n’était qu’impuissant face à l’hégémonie de ce dictateur craint de tous. Alors il se laissa grandir, retournant lorsqu’il le pouvait, rendre visite à sa secrète famille, leur apportant à chacune de ses venues, quelques présents pour qu’ils puissent se nourrir correctement. Une, deux, trois, quatre, cinq, six années s’écoulèrent de la sorte. Le prince était à présent une jeune homme de douze ans, animé par un désir de justice plus éminent qu’avant, et ce carcan fraternel n’avait que grandit avec lui, le rapprochant plus que jamais de ce frère qu’il s’était juré de protéger et de cette mère qui l’avait presque adopté.

Ce fut un de ces rares soirs où Philippe dinait avec son père. L’un et l’autre occupant chaque bout de l’immense table de la salle de réception, mangeant dans un silence macabre, mâchant avec la même hargne la nourriture qu’on leur apportait. Le prince se décida à briser l’aphasie qui s’était installée.

    -En douze ans avez –vous enfin trouvé le moyen de m’apprécier un tant soit peu, père ?
    -Non.
    -Est-ce parce que je possède les mirifiques traits de ma mère ?
    Le couteau du monarque se plante dans la table.
    -Saleté de gosse, tais-toi et mange !
    -Je n’en ai pas l’intention. En réalité, j’ai quelque peu pitié de vous, deux vaines tentatives pour obtenir un héritier qui vous ressemblerait… Echec cuisant si j’ose dire.
    Les deux émeraudes du maître de la demeure se levèrent progressivement jusqu’au visage de ce fils qu’il reniait, un soupçon d’incompréhension et de haine se lisait dans celles-ci, et il se redressa.
    -Sortez ! Sortez tous ! Ordonna t-il aux domestiques qui les servaient. Immédiatement ! Je ne veux voir personne d’autre que ce fils indigne en face de moi !
    Tous s’exécutèrent sans rechigner et laissèrent les deux nobles, seuls, s’affronter.
    -D’où tenez-vous pareilles sottises ? !
    -Sottises ? Je ne pense pas non…
    -Répondez !!
    -Si ce sont des sottises, qu’est-ce que cela peut faire d’où je les tiens ? Rétorqua Philippe en se levant lui aussi.
    -Vous voulez jouer à ce petit jeu ?
    -Je ne joue à rien du tout, père.
    -Répondez ou…
    -Ou quoi ? Vous ordonnerez mon exécution ? Vous brulerez toutes les maisons de la ville jusqu’à obtenir mes sources ? Vous tuerez jusqu’au dernier enfant pour assouvir votre folie ? Mais faites-donc. Vous signeriez la fin de votre règne vous –même…
    -Assez !
    -… Et je n’aurais qu’à révéler toute la vérité sur vos héritiers au peuple…
    -Assez j’ai dit !
    -… On verra bien qui de nous deux sera exécuté après.
    Fou de rage le monarque traversa la pièce et dégaina son épée pour venir menacer son propre fils, pointant le bout de sa lame puissante contre la gorge de Philippe.
    -Un mot de plus et je vous exécute moi-même !
    -Faites ! Cria Philippe en attrapant la lame d’une main, et la rapprochant encore de sa gorge.


Le monarque, sans pitié, s’élança. La lame fendit l’air et bientôt le jeune prince ne serait qu’un simple souvenir. Mais, comme si le destin avait un tant soit peu de pitié pour le futur Roi, l’épée s’écrasa au sol avant d’avoir pu atteindra sa cible et le Roi chancela, une main dans son dos, et les yeux ébahis par l’incompréhension. Son buste puissant s’affaissa et il se retint d’une main sur la table juste à coté. Le sang dégoulinait le long de ses jambes et se répandait sur le sol peu à peu, ses genoux cédèrent et il tomba finalement à la renverse. Derrière lui, apparut Miss Pumgins tenant un couteau entre ses mains tremblotantes, Philippe n’eut pas assez de temps pour réagir, une flot de soldat arriva dans la salle et tandis qu’un groupe s’occupait à panser la blessure dans le dos du Roi, un autre attrapa la vieille femme et la traîna de force à l’extérieur de la pièce.

Alerté, Philippe courut aussi vite qu’il le put vers la porte pour rattraper les soldats, mais lorsqu’il franchit le seuil…. il était trop tard, ce qu’il redoutait le plus venait juste de se passer. L’un des soldats de la garde royale venait d’abattre Miss Pumgins d’une balle dans la tête et le corps de la vieille femme gisait déjà sur le sol à ses pieds.




    « On a tué le Roi ! Le Roi est mort ! »


Hommes, femmes, enfants se précipitaient sur la place publique, abandonnant tout ce qu’ils faisaient pour écouter la nouvelle. Un vieux fou criait dans la ville, courant dans toutes les rues pour répandre sa missive.

    « Fin de la tyrannie ! Le Roi est mort ! On a tué le Roi ! »


Les gens s ‘agitaient, s’interrogeaient. Le Roi était-il vraiment mort ? La fin de cette ère d’oppression était elle enfin arrivée ? Ou tout ceci n’était que pure fantaisie ? Tous souhaitaient connaître la vérité, alors guidés par leurs curiosité s respectives, les habitants se précipitèrent jusqu’au château. Peu à peu une foule de citadins déchaînés s’agglutinait contre le grand portail du Palais. Les hommes criaient « Que l’on nous montre le corps du Roi ! » et les femmes couvraient les yeux de leurs enfants dans le doute qui s’installait.

Mais rien, aucune réponse venant de la demeure Royale…Un long moment, le peuple fut soumis à une attente insoutenable… Etaient-ils enfin débarrassés de ce dictateur sanguinaire ? Pouvaient-ils enfin espérer couler des jours meilleurs à présent ? Les cris se mêlaient, tout le monde se bousculait, certains essayaient même d’escalader l’immense portail qui bloquait l’accès au palais, mais en vain, ils retombaient, tous, épuisés.

Puis, enfin, alors que l’espoir commençait peu à peu à s’estomper dans les yeux de toute cette foule déchaînée, la grande porte du château s’ouvrit et tout une cavalcade de soldats armés en sortit. Rangés et droits, ils se positionnèrent face à la foule en délire, et formèrent un long couloir au bout duquel une silhouette apparut. Avançant lentement, le Roi que tout le monde croyait mort se dévoila devant son peuple et brandit d’une main son épée haut dans les airs – l’autre tenant son dos qui semblait le faire souffrir.

    -Ravalez donc vos espoirs pauvres citoyens ! Je ne suis pas encore prêt à mourir, et puisque qu’aucun d’entre vous ne semble me soutenir, je vous priverez de tout et sans la moindre pitié ! Jusqu’à ce que la mort m’emporte vous serez mes plus fidèles sujets et si l’un d’entre vous s’oppose à ma volonté, je le transpercerai de cette épée !


Tous les visages des gens perdirent de leur ancienne gaieté, ce n’était pas un simple couteau qui achèverait ce monstre dépourvu de toute humanité. Alors lentement, la foule se dispersa, et tous retournèrent à leurs occupations, les visages meurtris par la fausse joie qui les avait tous traversés. Et le puissant monarque blessé marcha jusqu’à son trône pour s’assurer comme il le devait, qu’il était encore assez en vie pour le dominer.
Cependant quelque chose avait changé. Le Roi avait perdu de son absolue impéritie, il ne pourrait plus se mouvoir et combattre comme avant, sa blessure – sa plus grande faiblesse – le consumait peu à peu malgré les grands airs qu’il se donnait.

Il y avait bien une personne consciente de l’état de sa Majesté. Et ce n’était autre que Philippe, son successeur. Sachant mieux que quiconque combien le roi était atteint il ne se priva plus une seule seconde pour en profiter. Du haut de ses douze années il ordonna à un petit groupe de la garde royale rapprochée d’aller chercher Dorian et sa mère et de les loger au château dans les plus beaux appartements qui s’y trouvaient. Moins d’une heure après, cette famille qui l’avait mieux chéri qu’aucune autre, pénétrait enfin chez lui, il avait réussi. Le sacrifice de Miss Pumgins – plus que traumatisant pour se prince meurtrit – avait au moins permis une chose ; à présent les derniers êtres qui comptaient pour lui étaient en sureté.

********

    -Vous deux ! Il faut venir maintenant, vous vous êtes assez entrainés ! Cessez donc de croisez le fer un peu, vous ne serez pas prêts à temps pour ce soir !
    -Mère, nous ne croisons pas le fer ! Nous nous divertissons !
    -Haha ! Piètre excuse que voilà pour qualifier ta défaite !
    -Défaite ? Oh !
    Dorian s’élança en avant, le sourire aux lèvres, et un coup d’épée retentit dans les airs. Mais une nouvelle fois Philippe avait contré son coup et ne tarda pas à répondre avec la même vigueur.
    -Allons petit frère ? Serais-tu fatigué ? Tes coups me chatouillent plus qu’autre chose !
    -Oh oh oh, ne fais pas le malin, l’autre jour tu étais ratatiné sur le sol tant je t’avais épuisé ! Rétorqua Dorian.
    Philippe s’esclaffa.
    -Tu ne sais vraiment plus quoi inventer !
    -Bon les garçons venez ici tout de suite ou c’est moi qui vient vous chercher, et croyez moi, vous le regretterez !


Les deux inséparables frères posèrent en même temps leurs épées et se regardèrent un long moment un sourire placardé sur leurs lippes. Rien ne pouvait qualifier cette collusion, ce carcan si inébranlable qui les liait. Ils se complétaient en tout, et ne supportaient plus d’être éloigné l’un de l’autre – comme s’ils cherchaient à rattraper le temps qu’on leur avait volé durant leur enfance.

Rigolant et se bousculant, les deux jeunes hommes, qui approchaient chacun les vingt printemps, finirent par obtempérer et rejoignirent leur mère qui les appelait. Bien que Philippe n’ait aucun lien de parenté avec elle, il s’en était tellement attaché qu’il la considérait comme une seconde mère. Elle lui avait apporté le frère qui lui manquait et l’amour maternel dont il avait toujours rêvé.

Vingt ans d’une vie tumultueuse avaient forgé en lui un caractère noble et généreux, et un physique robuste et vigoureux. Il ne ressemblait à rien à ce vieux Roi avare et cruel qui régnait encore sur le pays. Les traits de ce père qui l’avait renié s’étaient radicalement métamorphosés, il était à présent plus un vieillard désagréable qu’un roi que l’on redouterait. Chaque soir on le voyait s’enfoncer dans son fauteuil royal et il fixait le vide comme un aliéné, et lorsqu’il se lassait de ses heures de contemplations indescriptibles, il se levait et se trainait jusqu’à son bureau pour rédiger ses mémoires et s’assurer que jamais on ne l’oublierait. Sénile et insane comme à l’accoutumée, il continuait de rejeter ses deux fils et leur mère – borné et corrompu jusqu’à l’essence, il ne tarderait pas à disparaître et ne devenir qu’un amer souvenir.

Paradoxalement, Philippe ressentait une certaine pitié pour cet être que tous abhorraient, seul et enlisé de sa solitude – il donnait l’impression de n’être que son propre fantôme, son ombre et rien d’autre – le temps du tyran et de ses forfaits était révolu, et ce n’était plus qu’un question de temps avec qu’il ne disparaisse à jamais. Cependant Philippe le laissait vivre et faire ce qu’il désirait. Après tout, se disait-il, autant qu’il profite jusqu’à la fin de ses privilèges démesurés.

    -Philippe, il faut que tu sois élégant ce soir, et charmant.
    -Pourquoi donc ?
    -Allons, n’as-tu point été mis au courant ? Aujourd’hui tu reçois la visite de ta future promise. Une très belle Duchesse anglaise prénommée Victoria.
    Le faciès de Philippe se crispa.
    -Je ne suis franchement pas emballé…
    -Bah ! Il dit ça mais tu verras, maman, quand il sera devant elle, il sera tout timide ! Se moqua Dorian
    -Tais-toi un peu, tu ne sais même pas à quoi elle ressemble !
    -Hahaha ! S’esclaffa son frère, en se tenant le ventre.
    -Que vous êtes bêtes… Quoi qu’il en soit Philippe, tu te montreras digne de ton rang, cette demoiselle est absolument charmante, tu verras, tu apprendras à l’aimer.
    -Les mariages arrangés sont vraiment d’une stupidité maladive. Il n’y a qu’à voir comment ma propre mère a finit…
    -Oui mais Philippe, tu n’es pas comme ton père…Toi, tu sauras – même si l’amour ne vient pas – l’apprécier à sa juste valeur et la rendre heureuse, d’accord ?
    -Oui.


La bienséance exigeait que devant une femme, tout homme à la cour, et quelque soit son rang, ne devait jamais se montrer grossier. Lui qui était le futur Roi de ce splendide pays, portait sur ses épaules un lourd fardeau et devait par conséquent montrer le plus parfait des exemples. Ainsi, conscient de son devoir, et même si l’idée ne l’enchantait guère, Philippe enfila ses plus beaux habits. Une longue veste bleue marine recouvrait ses larges épaules délicatement recouvertes à même la peau par une chemise d’un blanc éclatant, ses manches étaient retroussées et tenues par des boutons d’or confectionnés, ses longues jambes étaient habillées d’un pantalon tout aussi bleu que sa chemise et pour finir, ses pieds étaient enfoncés dans des bottes de cuir noir qui remontaient jusqu’au haut de ses mollets.

Elégant, et charmant, quand ses domestiques eurent finit de le vêtir et d’arranger ses cheveux indomptables, il sortit de sa chambre à côté de Dorian – tout aussi bien accoutré – et se dirigea dans la salle où la réception serait donnée. Le sol était recouvert d’un immense tapis pourpre aux bordures dentelées, les murs portaient en alternance le drapeau britannique et des trophées accumulés depuis que le temps des Roi et des Reines avait été annoncé. La splendeur de la salle était époustouflante, et tout au bout de celle-ci, son vieux père l’attendait. Philippe avança jusqu’à lui, et le salua d’une brève révérence, se passant de toutes autres futilités, il s’empressa de rejoindre les invités.

Où était-elle, cette mystérieuse future Reine ? Ses calots parcouraient la salle, de personnes en personnes, il cherchait celle qu’il devait rencontrer. Mais elle semblait absente…Peut-être qu’elle aussi ne souhaitait pas l’épouser ? Peut-être préférait-elle se cacher plutôt que d’affronter son destin ? Peut-être, aussi, s’imaginait-elle que Philippe était la copie conforme de son père et qu’il la maltraiterait par la suite ? Il espérait au moins pouvoir la rencontrer pour lui prouver qu’il était loin d’être le tyran qui se tenait fier sur son trône à observer la foule dansante.

Quelque peu désespéré, il finit par s’éclipser et se rendit dans les jardins histoire de se changer les idées. Dorian, de son naturel frivole, s’amusait à charmer les dames qui l’admiraient. Ce qu’il souhaitait parfois avoir un peu de son caractère si assuré et plaisantin, plutôt que d’être toujours forcé de faire bonne figure, de se retenir même lorsqu’il souhaitait rire, de jouer un rôle qui lui pesait. Au moins pouvait-il s’accorder quelques instants de tranquillité en venant contempler le travail spectaculaire des jardiniers de l’édifice royal.

Il aimait tout particulièrement se rendre dans cette allée que l’on nommait « Allée des roses » tant ces si mirifiques fleurs y régnaient. De toutes les couleurs, de toutes les senteurs, on pouvait se balader sur ce chemin encensé et se sentir renaître comme jamais. Il n’attendit pas une seconde de plus pour aller inhaler ces douces effluves qu’il appréciait. Il s’attendait sans doute à ce que personne ne s’y trouve, ou même à ce que personne ne vienne le déranger, mais contre toute attente, il y avait déjà quelqu’un qui se laissait envahir par l’odeur des roses du Palais.

Elle avait une longue robe pourpre qui épousait parfaitement ses courbes – révélant une structure que tant de dames devaient lui envier. Un châle translucide coulait le long de ses fines épaules dénudées et recouvrait une infime partie de sa longue chevelure plus qu’inaccoutumée – blonde et parsemée de reflets presque verts selon la clarté qui l’éclairait. Il ne voyait que son dos – alors intrigué et quelque peu subjugué par tant de vénusté, il s’approcha d’elle et les bruits de ses pas attirèrent l‘attention de la jeune demoiselle.

Un faciès angélique apparut et des prunelles violacées rejoignirent les siennes – perturbées. Un doux sourire pris naissance à la commissure de ses lèvres et elle s’inclina avec une grâce des plus admirables. Ses cheveux glissèrent de son dos jusqu’à son buste généreux, et certains – portés par la brise qui soufflait – recouvrirent ses plantureuses lippes entrouvertes. Elle déambula gracieusement jusqu’à lui et s’arrêta à un demi mètre pour enfin lui offrir le privilège d’entendre la voix qui s’assortirait à merveille avec ce mélange de magnificence.

    -Vous êtes Philippe, n’est-ce pas ?


Le futur roi demeura interdit, trop inexpérimenté en ce domaine, mais surtout trop chamboulé par l’élégance et la finesse de ses moindres gestes. Un tel alliage de beauté, une telle prestance, et un phonème si cristallin ne pouvaient appartenir qu’à une femme habituée aux bonnes manières depuis une éternité. Il n’y avait plus de doute dans son esprit, il en était convaincu, elle était celle qu’il devrait épouser. C’était elle.

    -Victoria ? Répondit-il alors
    -Tout à fait monseigneur.
    -Hum… Il déglutit Je suis..Réellement enchanté de vous rencontrer.
    -Moi de même, j’ai tant entendu parler de vous, si vous saviez. Répondit la délicieuse sylphide en rougissant, timidement .
    -J’espère que cela ne vous à pas trop effrayée, alors. Plaisanta le prince, un douce risette sur les lèvres
    -M’effrayer ? Je ne puis que vous admirer. Avoua t-elle gênée.
    -Je vous en prie, je ne le mérite pas… Il la contempla un fugace instant. Je ne m’attendais point à ce que vous resplendissiez de la sorte, je dois l’avouer.
    -Oh ! La jeune femme cacha ses pommettes empourprées Je vous retourne le compliment, vraiment. Je suis navrée que nous devions nous rencontrer par la force des choses, cela paraît tellement moins spontané…
    -Je suis bien d’accord…Je comprendrais si cette situation vous dérangeait…Nous ne sommes malheureusement pas libres de choisir tout ce que nous désirons…
    Une lueur mélancolique traversa les prunelles de la sylphide.
    -C’est bien vrai. Mais vous êtes d’une affabilité telle que je sens que je pourrai sans mal surmonter ce destin pour lequel je suis née…A vos côtés….
    -Je ne suis pas si affable, mais au moins puis-je vous garantir que vous aurez tout ce que vous désirerez et que jamais je ne vous délaisserai.


Un long moment, il s’observèrent – les yeux dans les yeux – comprenant leur clavaire. Ils savaient tous deux qu’un avenir tumultueux les attendait, mais ils étaient prêts à l’affronter ensemble s’il le fallait. Et comme si leurs âmes avaient été conçues pour s’accorder, ils comprirent au premier regard que jamais ils ne ressentiraient cette passion folle qu’est celle de l’amour trouvé. Une autre forme d’affection allait grandir entre eux, ils le sentaient, quelque chose qui se rapprocherait plus de la fraternité – de la solidarité.

    - Philippe, à peine je te quitte, et te voilà déjà à charmer une belle demoiselle ! Tonna au loin Dorian, un verre de vin dans la main.
    -Cesse donc de plaisanter, et viens là que je te présente ta future Reine.
    Un frisson traversa l l’échine de la jeune femme lorsqu’elle entendit ses mots si véraces dans la bouche de son futur époux.
    -Non ? Vraiment ? Dorian s’approcha promptement. Tss...Que je ne t’entende plus te plaindre maintenant… Il se tourna vers Victoria et saisit sa main pour la baiser délicatement. …Vous êtes splendide ma chère. Ajouta t-il.


La demoiselle tressaillit en sentant le regard de Dorian détailler toutes ses courbes, et elle retira instinctivement sa main, cherchant à se remettre du trouble qui s’emparait d’elle et de la chamade à laquelle son cœur se vouait depuis quelques instants. Quelle douce ironie était entrain de se dérouler, voilà que la future Reine chancelait face au frère de son futur époux. Décontenancée, elle reprit alors ses esprits et se força à répondre d’un ton neutre.

    -Je vous remercie…C’est aussi un plaisir, pour moi de vous rencontrer, Dorian Lynch, je suppose ?
    -Parfaitement ! S’exclama t-il. Je suis plutôt surpris que vous connaissiez mon nom ma chère.
    -Imbécile, évidemment qu’elle connait ton nom, que crois-tu donc ? Souffla Philippe.
    -Oh, ne sois pas jaloux vieux frère, tu vas devenir écarlate !
    -Nan mais dis… !
    -Pffff ! Victoria ne put retenir un rire face à cette scène que les deux frères lui offraient. Vous êtes vraiment amusants tous les deux.
    -Non non, je suis amusant, lui c’est un vieux déjà tout rabougr…
    « Paff »Philippe tapa l’arrière du crâne de Dorian, en soupirant.
    -Tête de …
    « Paff » Dorian lui rendit son coup. Et Victoria s’esclaffa.
    -Mais c’est fini oui ? S’exclama Philippe Tu vas nous faire passer pour deux bêtes de foire !
    -Mais non, allons, je vous rassure mes amis, j’aime beaucoup ceux qui n’ont pas peur de s’apprécier en publique. Répondit la sylphide, un sourire aux lèvres.


Les trois comparses se regardèrent tour à tour et rigolèrent de bon cœur. Quelque chose venait de naître entre ses trois là, une profonde amitié sur laquelle ils savaient qu’ils pourraient compter. Et loin de toutes ces obligations et désordres sentimentaux, ils seraient au moins trois à se soutenir quoiqu’il arrive.




Dernière édition par Philippe England Nightray le Mer 15 Aoû - 0:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.   Mer 15 Aoû - 0:21

BIOGRAPHIE





Comme le flux et le reflux infini, les troubles finissent toujours par s’estomper ou s’enterrer profondément pour que l’on ne puisse plus y penser. Comme l’écume qui chasse les grains de sable dans un sens et les ramène à elle inlassablement, il y a toujours une fin au règne d’une vie. Les âmes ne peuvent éternellement prospérer en ce monde ou l’éternité n’est que le privilège de quelques créatures de la nuit. Il y a un monde pour les mortels et un pour les immortels. Deux dimensions qui opposent l’éphémère et le sempiternel afin de renouveler les esprits qui ont foulé cette terre.

Il eut ses instants de gloire, et ses instants de folie, ses moments de tyrannie et ses perditions choisies…Toutes les chances d’être aimé mais aucune qu’il ne laissa fleurir, et jusqu’à la fin de sa vie il choisit l’acrimonie. Alors trop vieux pour assumer cette image qu’il s’était donné, il finit par mourir seul comme il l’avait désiré – la tête posée contre ce bureau sur lequel il avait tant écrit, les yeux clos pour l’éternité, et le corps las – répandu et abandonné. Ce ne fut qu’au petit matin qu’il fut retrouvé, on le crut d’abord endormi, alors on insista pas plus pour le réveiller, et quand plus d’une heure s’écoula sans qu’une once de vie n’émane de lui, on comprit enfin que c’en était fini de lui.

Les domestiques s’affolaient, qu’allait-il se passer à présent ? Devait-on annoncer la nouvelle au peuple immédiatement ou attendre que la famille royale soit au courant ? On choisit la solution le plus raisonnable, et doucement le jeune prince fut réveillé et on lui chuchota le décès de son père tout contre son oreille. Les prunelles bleutées de Philippe se figèrent dans le vide, enfin il entendait ce dont il avait toujours rêvé – mais paradoxalement, ce ne fut pas un soupir de soulagement qui s’échappa de ses lippes rosées, mais un halètement de souffrance. Un souffle d’affliction qui ankylosa tous ses membres, pourquoi ? Pourquoi fallait-il que cette nouvelle – si bénéfique soit-elle – ne le chamboule de la sorte ? Il ne se comprenait plus… Alors, impassible, il se leva, et on le conduit jusqu’à cette salle où la mort avait frappé.

Le visage de son vieux père avait perdu toute sa vitalité, des rides recouvraient tout ce faciès abimé, sa peau desquamait par endroit, et ses cheveux n’avaient plus rien de ce bond étincelant dont il se ventait auparavant. Jamais il ne l’avait observé de si prés, et même dans sa mort, le défunt monarque avait conservé ce même rictus de fierté inébranlable. Comme s’il défiait les enfers, comme si rien, même au-delà de toute vie, ne semblait l’effrayer. Emu, Philippe, approcha doucement sa main de la joue exposée de son paternel, et un doigt frôla le derme de son visage – une larme, une unique larme de compassion accompagnant son ultime geste d’affection.

Il retira alors ce traître doigt et recula, mais ses prunelles ne parvenaient plus à quitter des yeux le corps de cet homme qui l’avait tant détesté, il observa toute cette structure qui autrefois était des plus redoutée sur les champs de bataille, et quand ses yeux remontèrent jusqu’à une main posée contre le bureau au dessus d’une multitude de papier, il vit son prénom écrit au beau milieu d’une enveloppe scellée. A la fois intrigué et décontenancé, il attrapa la lettre sur laquelle reposait la main de son père et la rangea dans la poche intérieure de sa veste.

Autour de lui, les domestiques attendaient que leur nouveau maître leur dise ce qu’ils avaient à faire, alors il se contenta de les regarder, et d’une voix suave il annonça :

    -Prenez tous un jour de repos mérité, nous annoncerons la nouvelle au peuple demain matin.


Tous obtempérèrent et Philippe se retrouva seul avec la carapace vide de son père. Plongé dans un mutisme inquiétant, il se laissa tomber sur le fauteuil qui faisait face au corps du défunt et reprit la lettre entre ses mains. Le sceau royal apparaissant dans la cire tenait fermement l’ouverture comme si un terrible secret y était caché, curieux, Philippe força quelque peu et la lettre céda. Un petit paquet de feuilles griffonnées s’y trouvait, il s’en saisit, et les déplia une à une pour en commencer la lecture.

    « Sur un trône, le silence est d’or et la parole est d’argent, mon fils.

    Souviens-toi que jamais les mots ne sauraient exprimer ce que les actes sont en mesure de dévoiler. Ne te laisse jamais berner par les longs discours, n’attends que du concret. Ceux qui t’entourent n’auront de cesse de vouloir te voler, de vouloir t’arracher jusqu’à ton dernier soupir de générosité.

    Dès ta naissance je l’ai su oui…Je m’en suis douté, tu n’avais pas qu’hérité du physique de ta mère, mais aussi de toute sa bonté. Elle était trop bonne avec tous ses sujets, et même avec moi qui la torturait. Puisse-tu un jour me pardonner de t’avoir tant rejeté. J’écris ces mots alors que je sens la mort m’attirer à elle inlassablement – je sens qu’elle est tout près, et toute ma vie défile devant moi sans cesse…Je revois tout…Tout … Et je réalise, seulement maintenant, tout le mal que j’ai engendré.

    J’ai conscience que jamais ces mots ne suffiront à atténuer cette flamme ardente de haine qui brûle en toi lorsque tu penses à moi. C’est pourquoi je pense que je te dois la vérité, et même si tu n liras cette lettre que lorsque je serai décédé, puisse tu porter un regard moins haineux sur les fantômes de ton passé.

    Laisse moi d’abord te parler de ta mère. Helana…Si belle, si ensorcelante… Je l’ai aimé comme un fou dès l’instant où mes yeux de jeune Roi ce sont posés sur elle. Jamais je n’aurais imaginé avoir la chance de posséder pareil joyeux, tel trésor. Elle avait une chevelure aussi noire que les nuits les plus sombres, des yeux si envoutants, identiques aux tiens - deux pierres précieuses sur un même visage et offrant à tous ceux qui les regardaient un sentiment de béatitude incomparable. Sa peau était si blanche, si pure, si immaculée, que je crus qu’elle était l’ange descendu des cieux pour me sauver.

    Mais cet amour inconditionnel qui grandit au fond de moi au premier regard n’était que pur poison, pure affliction, pure ironie. Je me suis laissé piégé et envouté, j’ai laissé mon cœur s’attendrir…Dans ma déraison, je m’imaginais même que ta mère portait les même sentiments à mon égard. Comprends le, elle qui souriait sans cesse, elle qui n’exigeait rien et donnait tout – comment pouvais-je me douter qu’elle me haïssait plus que quiconque en ce monde ? Le jour de notre union, elle respecta ses engagements, mais ce n’était qu’une façade que je venais d’épouser. Je sentais que son cœur ne rejoindrait jamais le mien, et pire, je devinais même qu’un autre le possédait déjà dans sa plus singulière entièreté.

    Je n’étais que le bourreau qui l’empêchait de vivre l’idylle parfait. Je me noyais dans la jalousie la plus exécrable en la voyant écrire en secret des lettres d’amour pour un autre, sourire quand on lui annonçait qu’elle pouvait sortir, s’exciter à l’idée de pouvoir le retrouver – croyant que je ne m’en apercevrais jamais. Mais vois-tu mon fils, je n’ai pas pu tenir bien longtemps dans le rôle de cet amoureux transit et épris à sens unique… Ma blessure était si forte, que je ne pouvais plus retenir ce désir de faire éclater la vérité.

    Alors un jour, je l’ai suivie. Elle descendit les escaliers du château, courut jusqu’au jardin et s’enfonça dans l’obscurité. Marchant lentement, je m’approchais d’elle et de celui qu’elle venait de retrouver. Qui était cet homme ? D’où le connaissait-elle ? Et depuis quand ? Un flot de questions, d’interrogations si crispantes, m’assaillit et je surgis de l’obscurité en brandissant mon épée. Je me retrouvais face à face avec celui qui m’avait volé ma bien-aimée. Il avait un teint blafard, et des yeux presque pourpres, mais son visage possédait une beauté révoltante – que moi-même et encore maintenant, je ne pourrais contester – fou de rage, de jalousie, je m’avançais, et je le sommais – contre les cris d’Helana qui m’implorait de l’épargner – de me dévoiler tout de son identité.

    Mais le pauvre fou refusa d’obéir à mes ordres – c’en était trop, je perdis toute restriction et d’un geste dextre, le tranchant de mon épée délogea sa tête du reste de son corps. Le visage de l’homme tomba au sol et roula sur l’herbe fraîche, le sang s’en déversant tel un torrent infini. J’observais mon meurtre, interdit – mais les cris de ma Reine me sortirent aussitôt de ma torpeur. De ses yeux se déversait un fleuve de larmes, ses mains ne cessaient de me frapper comme pour expulser toute l’aversion que je lui inspirait, elle hurlait et lançait dans les airs les pires insultes que l’on puisse imaginer. Je l’avais meurtrie pour l’éternité, plus rien ne pourrait me la ramener.

    Je lâchais donc l’épée recouverte du sang de son amant et la laissais là s’égosiller, seule et abandonnée. Au moins nous étions deux à avoir le cœur brisé. Mais jamais je ne pourrais lui pardonner de m’avoir tant offusqué. Alors je fis de sa vie un martyre, quand elle se présentait à moi, je croyais bon de la frapper assez fort pour qu’elle se souvienne à jamais que j’étais le seul à qui elle appartenait. La violence et le sang étaient devenus mes plus fidèles alliés, et je finis même par faire payer au monde entier toute ma contrariété. Pour moi tout n’était que noirceur et corruption, tout n’était que tromperie et matoiserie…Et tous ceux qui osaient me défier devaient dépérir.

    Je m’étais enlisé à jamais dans ce désir de tuer tout ce qui obstruait mon chemin. Je parvins même à lui faire croire – à cette femme que j’aimais tant- qu’elle était l’être le plus abjecte sur cette terre, que rien en elle ne suffisait à me plaire, et que jamais je ne la laisserai vivre en paix. E quand je rentrais de mes voyages, tétanisée, elle partait se cacher et s’enfermait à double tour dans sa chambre – l’angoisse constante de me croiser se lisait sur ses traits, il suffisait que mes yeux se posent sur elle pour que tout son corps frémisse de la même façon que le mien frémit en sentant la mort qui le guette en cet instant.

    Je l’ai alors violée pour que tu puisses apparaître. Je désirais un fils qui me ressemblerait pour forger un nouveau moi dépourvu de tous ces défauts qui me hantaient. Mais lorsque je vis ce nourrisson me fixer avec la même aversion et les mêmes yeux que sa mère, je compris, que jamais, je ne pourrais m’expier de toutes ces années à l’avoir maltraitée. Et elle gisait là, sur le lit, à moitié nue à coté de cet enfant que tu étais…je réalisais que plus jamais je ne reverrai son derme réagir en ma présence, ou ses lèvres s’étirer en un sourire en parlant à tous ceux qui croyaient en elle, je réalisais qu’elle était partie pour de bon et qu’elle m’avait laissé là, seul, à l’aimer comme au premier jour où elle me fut présentée.

    Comment expliquer la douleur qui s’empara de moi en la voyant inerte de la sorte ? Disparue à jamais. Je l’avais tuée. Je ne pouvais l’accepter… Je ne pouvais me l’avouer, il me fallait quelque chose pour me changer les idées… Alors je m’échappais, je quittais ce lieu maudit, et je m’aventurais dans les tréfonds urbains dans l’espoir de trouver quelque chose en mesure de calmer ma folie. Elle n’eut simplement pas de chance de se trouver à cet endroit – cette femme aux cheveux dorés et au regard verdâtre – et comme si je voyais en elle, cette Reine décédée, je fis d’elle ma nouvelle victime et l’abandonnait elle aussi après avoir ruiné sa vie.

    J’ai perpétuellement distribué autour de moi, la peur et la misère, le sang et la mort. Je n’ai cessé d’être ce roi despotique que tout le monde souhaitait assassiner. Et à présent, je regrette tous ces actes futiles, tous ces meurtres insensés… Cette sénilité qui m’envahit est le plus présent le pus bénéfique au final…Elle a ramené en moi le peu de raison qu’il me restait….Et maintenant que je rédige ces aveux à toi, mon fils, Philippe, ce sont des larmes sincères qui coulent sur mes joues usées. J’aimerais tellement pouvoir exprimer tout cet amour que j’ai dissimulé….J’aurais voulu voir ton sourire avant de partir – je suis convaincu qu’il brillerait du même éclat que celui de ta mère que j’aimais tant voir scintiller.

    Mais je mérite de mourir seul et détesté.

    C’est là mon ultime punition pour tout ce mal que j’ai créé.

    Tu seras un bon Roi mon fils, tu seras fort et juste.

    Puissiez-vous, ton frère Dorian, cette femme et toi-même, vivre en paix. »


Un long moment, il resta immobile. Ses pupilles fixaient les lignes qu’il venait de lire, ses mains tremblotaient tant il était chamboulé. Jamais il n’aurait cru qu’un jour ce père si vil lui avouerait toutes ses faiblesses et son passé – quelque gouttes salées perlèrent sur sa peau, et il se releva. Le corps de l’ancien Roi était toujours là. Sans dire mot, il quitta la pièce tenant la lettre dans une main et l’enveloppe dans l’autre, puis il ferma la porte avant d’inspirer profondément.

Depuis que la mort du tyran était devenue une nouvelle officielle, la ville ne cessait pus de festoyer et les gens se réjouissaient à l’idée d’accueillir sur le trône un nouveau Roi aussi juste et bon que l’était Philippe. On écrivait même des chansons en l’honneur du futur souverain et toute les rues furent décorées dans l’attente du sacre qui le proclamerait Roi jusqu’à ce que la mort ne l’emporte.

Au palais, Philippe s’agitait.

    -Bon dieu, je ne tiens plus ! Je sens que mon cœur va exploser !
    -Allons allons, ne vous en faites-pas, tout va bien se passer Philippe, et puis je serai là, à vos côtés, je vous soutiendrais. Répondit Victoria en lui offrant le plus beau de ses sourires.
    -Je le sais Victoria…Mais réalisez-vous qu’une fois que le sacre sera prononcé vous serez vouée à vivre à mes côtés jusqu’ à la fin ?
    -J’en suis bien consciente. Mais nous en avons déjà parlé, cela fait déjà quatre années que je vous connais, et je sais que vivre avec vous n’est pas une calamité. Nous sommes amis n’est-ce pas ?
    -Sans l’ombre d’un doute. Affirma Philippe.
    -Et les amis se soutiennent entre eux. Elle lui sourit Et puis trêve de discussions, il est temps de nous rendre à l’église !
    -Ho ho ho ! Où allez-vous comme ça vous deux ? Seriez-vous entrain de m’oublier ? Plaisanta Dorian en entra dans la pièce. Puis lorsqu’il vit le visage déconfit de son frère il s’approcha et le prit fortement dans ses bras.Ne fais pas cette tête, rien ne va changer…Ah si… Tu vas juste être obligé de porter une couronne avec plein de diamants comme celles des femm…
    « Paff » Philippe le coupa sec en lui tapant l’arrière du crâne comme à son habitude.
    -Même maintenant tu trouves le moyen de plaisanter !
    -Toujours, toujours, vieux frère !


Les trois sortirent de la pièce, l’un de chaque côté du futur Roi pour le soutenir face à cet évènement qui l’attendait. Des milliers de gens sillonnaient dans les rues de la capitale, impatients d’acclamer leur nouveau souverain. On le mena à l’église et tout le protocole fut respecté à la lettre, il prononça son discours, ses engagements, et au nom du père, du fils et du saint esprit, on le fit Roi d’Angleterre jusqu’à ce qu’il périsse.





    « Si je m’en souviens ? Comment pourrais-je un jour ne serait-ce qu’oser oublier pareils instants ? Comment voulez-vous que cela soit possible ? Si dantesque soit-il, pour rien au monde je ne souhaiterais effacer de ma mémoire ce moment si unique de ma pitoyable existence. Et que suis-je ? Je ne suis qu’un unité parmi tant d’autre. Je fus juste au bon endroit au bon moment. J’ai simplement eux le privilège de fouler la bonne terre à l’heure la plus cruelle. J’ai souffert, j’ai senti tout mon corps crier à l’agonie, j’ai senti mon cœur s’affoler comme si le moment crucial approchait…Mais mes yeux…Oui mes yeux, eux demeuraient ouverts à jamais. Grands, et ouverts pour admirer le spectacle qui s’offrait…Pour n’emporter, après ma mort, que ce souvenir ci, ces couleurs là, et cette fragrance si consubstantielle. Connaissez-vous seulement l’odeur des cadavres périssant et suintant de tous côtés ? Pouvez vous imaginer le brouillard de la mort trôner sur votre tête comme s’il n’attendait qu’une seule chose –que votre âme ne cède enfin sous sa si capiteuse bravade ? Oseriez-vous défier le chaos du crépuscule rien que pour vous délecter du chambardement des éléments ? Je n’étais plus qu’au bord du précipice…Ce fut si effrayant et si euphorisant…Mais je vais vous dire ce que j’ai vu…Je vais vous décrire les moindres détails de cette nuit macabre.

    Tout autour de moi, mes frères d’armes gisaient sur le sol maculé de sang, épées brisées, boucliers esquintés, armures déformées par les coups et transpercées par les lames aiguisées. Lambeaux de drapeaux agglutinés au sol et épongeant peu à peu les sangs qui se déversaient et se mêlaient inlassablement. Le carnage le plus exquis et moi, au milieu à moitié conscient, un œil ensanglanté et l’autre ébahi par ce qui l’entourait. Mes membres endoloris refusaient tout mouvement, alors je restais là, sur le sol à prier, quand soudain l’air se fendit en deux et le ciel cracha sa haine au dessus de nos têtes. L’orage déchaina les nuages, qui dans leur danse mortuaire se teintèrent d’un noir de désespoir. Les éclairs pourfendeurs s’agitèrent de tous les cotés et vinrent taper par ci par là comme pour dévorer un à un les sommets les plus innocents qui se montraient. La pluie alors, s’ajouta à ce tourbillon incessant et vint claqueter sur les corps parsemés sur le champ de bataille, mouillant les habits mutilés et créant comme un marécage nauséabond de chair éraflée.

    Alors que peu à peu l’eau du ciel m’inondait je vis au loin deux immenses silhouettes se diriger l’une vers l’autre d’un pas lent et pesant. A mesure qu’elles s’approchaient le ciel s’ébrouait, tonnait et encourageait plus encore l’exécration qui naissait. Je clignai des yeux pour mieux percevoir les visages de ces deux êtres venus défier le temps et leurs propres volontés. Il y avait un qui avançait en faisant tournoyer son épée entre ses doigts agiles, arborant un sourire démoniaque, laissant les éclairs accentuer l’opalescence de sa dentition apparente, ses cheveux remués par le vent étaient d’un blond aussi beau que le serait un champ de blé humidifié, et ses iris vertes avaient à présent l’allure de celle d’une bête assoiffée. Et puis il y avait l’autre, tout aussi grand que le précédent, la même aliénation se lisant sur ses traits, fendant l’obscurité par la lueur argentée de ses prunelles, et tenant son épée tout contre son cou en guise de provocation envers son plus fiévreux adversaire.

    Ils arrivèrent l’un en face de l’autre et un long moment leurs calots se toisèrent, échangeant des maux et des mots silencieux que seuls eux étaient en mesure d’interpréter. Allez savoir d’où, ou pourquoi, ou comment, ni depuis quand ils se haïssaient mais ce qui était sûr, c’est qu’ils n’étaient point venus pour se réconcilier.

    L‘atmosphère s’alourdit plus encore, mais trop avide de voir la suite de ce funèbre spectacle je gardai mes yeux ouverts envers et contre tout, et surtout contre celle qui me tirait de plus en plus à elle, loin de la terre et près des enfers. Les deux méphistophéliques faciès finirent enfin par bouger et les deux imposantes masses musculaires qui les soutenaient entamèrent un affrontement si herculéen que douter alors de leur nature humaine devenait légitime. Les épées se cognaient sans cesse, assénaient de puissants coups, cherchaient la faille qui pourrait faire flancher l’adversaire. De temps à autre l’un parvenait à toucher l’autre, mais il récoltait aussitôt une blessure de la même envergure. Un tel combat ne pouvait être donné que par des Rois enhardis par la haine et l’animosité, et je reconnus enfin malgré l’assombrissement qui envahissait mon essence lentement, celui qui de façon si angélique gouvernait notre pays.

    Je ne mens pas, non ce n’est point dans mes habitudes, croyez moi lorsque je vous dis qu’à la place de notre bon et généreux souverain Philippe il y avait un démon qui se battait contre un autre tout aussi possédé. Le spectacle n’en finissait plus, qui de des deux allaient l’emporter ? La France jouirait-elle d’une victoire contre l’Angleterre ou serait-ce à l’Angleterre de s’en délecter ? Je ne suis point en mesure de vous donner une réponse car jamais il n’y eut de vainqueur lors de cette sépulcrale rencontre. Seules les âmes des soldats furent offertes à la mort ce jour là mais les deux monarques finir par s’écrouler sur le sol chacun de leur côté, épuisés de se battre à force égale, aussitôt ramenés dans leurs pays respectifs pour continuer de s’exécrer pour toujours et à jamais.

    Ce fut une nuit funeste ou je crus que jamais je ne reverrais la délicieuse nitescence du jour mais mon souffle de vie n’a jamais délaissé ce corps abimé et depuis cette sanglante soirée, j’aime à croire que si le créateur a souhaité conserver la flamme qui m’animait, c’ était bel et bien pour conter à quiconque le désirerait ce récit des plus vrais. »


L’homme se releva, boitant quelque peu sur le coté droit, un souvenir de ces instants qu’il venait de narrer, il ouvrit un tiroir de son bureau et en extirpa un petit calepin. Regardant l’assemblée qui l’écoutait attentivement, il revint s’asseoir sur sa chaise et reprit.

    « Je sais bien que vous vous demandez pour quelles raisons ces deux là se détestent. Car oui ceci est du passé mais aujourd’hui encore notre bon Roi et celui de la France continue de se détester. Eh bien mes chers enfants, j’ai fais quelques recherches, et voici le moment de les partager. »


Il ouvrit son calepin sous les yeux ébahis de sa classe – petite assemblée d’une vingtaine d’enfants entre dix et quinze ans – et continua.

    « Notre bon Roi Philippe est né il y a 26 ans dans des conditions que nous ne pouvons gère lui envier. Privé de sa mère dés la naissance car décédée en couche, et renié par son père sous prétexte qu’il était le portrait craché de sa mère que le roi haïssait plus que tout, il fut élevé par Miss Pumgins, une domestique du château. Durant toute son enfance, son père, un tyran, n’a cessé de le rejeter, et quand il apprit les circonstances du décès et de la vie de sa mère, son aversion envers son père ne fut que plus grande, et voyez-vous, inconsciemment, Philippe développa une certaine réticence envers ceux dont les cheveux sont dorés et les yeux aussi verts que ces pierres précieuses que l’on nomme émeraudes…Dés que ses calots aperçoivent une telle physionomie, ses meurtrissures profondes refont surface et il ne peut s’empêcher de se méfier de celui qui se présente à lui. Alors le jour où Philippe fut proclamé roi, le jour où on lui céda un pays en guerre contre la France, il insista pour rencontrer le roi de la nation adverse afin d’apaiser les tensions intarissables qui s’étaient installées. Imaginez-vous seulement combien ces réminiscences l’ont accablé lorsqu’il s’est retrouvé devant ce Roi cruel, dénué de toute clémence, et dont le physique ressemblait trait pour trait à celui de ce père qu’il détestait ? Son ressentit fut si amer, qu’il refusa toute entente, et ne fit qu’accroître le différent opposant les deux pays.

    Ainsi, les deux nations se sont rencontrées ce jour là dans une bataille sanglante. Les soldats ont combattu de toutes leurs forces, jusqu’à leurs derniers souffles de vie et je fus le seul à avoir survécu, témoin de ce combat de titans. »


Les yeux de l’homme laissèrent un éclat mélancolique les traverser et il ferma son calepin pour regarder tous ces visages intéressés.

    « Mais qu’importe mes enfants, notre Roi est un roi bon et généreux qui s’est battu pour l’honneur de notre pays, longue vie au Roi et à l’Angleterre ! Souvenez-vous en et ne l’oubliez jamais ! »




    « Savez-vous ce que sont les étoiles dans la nuit ?

    Elles sont un invincible appel à savourer la vie.

    Elles sont les lumières qui contrôlent vos envies.

    Elles sont la vénusté qui vous arrache un soupir d’ataraxie.

    Elles sont la lueur qui vous assujetti sans la moindre merci

    Elle vous guident et vous épient comme elles le désirent

    Elles sont spectacles et spectatrices selon leurs convoitises

    Elles vous dominent et vous ensorcèlent sans vous demandez votre avis

    Et quand elles ont fini de faire de vous le plus parfait des conquis

    Elles s’estompent et vous délaissent sans la moindre estime

    Elles s’en vont conquérir d’autres cœurs trop naïfs

    Elles s’éclipsent le temps d’un interlude qui dure une éternité

    Et lorsqu’elles reviennent enfin vous éclairez de leur lueur divine

    Vous ne pouvez leur tenir rigueur de leur absence infinie

    Vous redevenez alors le plus docile envoûté

    Et vous guettez chaque soir leur si parfaite clarté.

    Les femmes sont ces étoiles que les hommes ne savent point saisir. Elles vous dévorent jusqu’à l’âme et enchaînent chaque parcelle de raison qui subsiste. Elles capturent votre cœur et se l’approprie selon leurs envies, et, quand elles vont ont trouvé, quand elles vous ont attrapé, vous ne pouvez plus leur échapper, vous devenez esclave de leur perfection, esclaves de leurs charmes si irrésistibles, et l’incoercible envie de les posséder s’empare de vous à jamais.

    Rien ne peut contrer pareille folie, c’est un mal qui vous ronge jusqu’aux viscères, jusqu’aux tréfonds de votre être – c’est une sensation si puissante et prenante que tout autour de vous devient morne et futile, tout perd de son unicité, tout s’équarri, et sur chaque entité se dessine ce visage qui vous hante sans pitié. Dans vos rêves, dans vos cauchemars, dans vos songes, vos écrits, vos croquis… Tout, elle s’appropriera tout….Elle sera votre lubie - La femme objet de vos désirs.

    Elle est la faiblesse que vous tentez en vain de dissimuler et la force qui vous rend plus vigoureux que jamais. Elle vous perturbe et vous tient plus canalisé que jamais. Elle allie – tel un langoureux supplice – les antipodes de votre identité, et petit à petit vous redécouvrez toutes vos failles et toutes vos supériorités. Vous cherchez à le nier, vous refusez de l’admettre… Vous hurlez intérieurement contre la déraison qui vous guette… Vous êtes épris, rien n’est plus véridique.

    Que ce soit une simple attirance, que ce soit un amour invincible, vous n’êtes à présent que ce qu’elle désire faire de vous. Quand bien même vous résisteriez, elle viendrait vous ankyloser plus encore de ses prunelles merveilleuses, quand bien même vous le renieriez , elle vous appâterait de nouveau par le simple contact de sa peau – dont la douceur ne saurait être égalée. Vous n’êtes que sa polichinelle désarticulée, et elle tient les fils de vos désirs maculés.

    Ô combien cette acrimonie est insupportable lorsqu’en plus de n’être qu’une femme, elle vous est interdite. Lorsque vous n’êtes que trop conscient de cette géhenne qu’est celle de n’avoir jamais la possibilité de lui réciter quelques divines éloges, ou juste de quoi lui prouver l’intérêt que vous lui portez. Condamné à supporter cet attrait proscrit en silence, à n’imaginer qu’en songe le plus innocent contact, et ne à rêver que dans vos délires les plus corrompus de presser ses lèvres contre les vôtres.

    Sentir la succulence de cet arôme dévastateur vous engourdir et anéantir les restes de votre restriction. Et puis…S’abandonner à des envies encore plus lubriques. Laisser votre esprit imaginer le galbe si parfait de toutes ses convexités dévoilées, ressentir l’unicité de sa structure conglomérée à la votre, la sapidité si cruelle et sucrée du derme de la déité, la magnificence de ses courbes et le panthéisme de ses ondulations. Devenir le fureteur le plus comblé en savourant chaque fraction de son entièreté.

    Elle a fait de vous un incroyable damné, plus rien à présent ne peut vous sortir de ce gouffre dans lequel vous avez plongé, vous voici captif, séduit, fini. Et chaque jour vous redessinez dans votre tête les contours de son faciès angélique, vous revoyez ce sourire qui vous transit plus que jamais, vous entendez cette voix mélodieuse retentir inlassablement et vous bercer plus encore pour que vous ne puissiez jamais vous en échapper.

    Et qu’importe si un jour vos fantasmes sont comblés, qu’importe si vos doigts se baladeront enfin le long de cette anatomie tant désirée – entamant les pérégrinations les plus lascives que vous auriez imaginé. Vous vous contentez presque de son image, et de ses risettes distantes, car vous savez que jamais elle ne pourra vous combler de sa présence comme le ferait une femme que l’on vous imposerait. Jamais elle ne sera là pour vous assurer qu’elle vieillira à vos côtés, car elle n’est pas vôtre, elle est déjà prise. Son âme est déjà captive d’un autre qui fut bien plus rapide ou qui eut simplement plus de chance que vous au bon moment.

    Alors vous pourrez toujours haïr celui qui la détient plus que jamais, vous pourrez toujours imaginer tout un tas de stratagèmes pour l’aider à s’échapper de sa geôle et lui offrir plus de liberté. Quoiqu’il en soit, jamais cela ne vous sera accordé. Alors, fou de désespoir vous vous attarderez sur toute celles qui croient pouvoir la remplacer, vous vous laisserez charmer par d’autres pour atténuer plus facilement ce feu dans votre cœur…Et avec le temps…Avec un tant soit peu de volonté, vous retrouverez un peu de votre raison oubliée, ce visage tant apprécié ne deviendra qu’un souvenir amer au fond de votre être.

    Vous ne souffrirez plus de cet attrait tant vous l’aurez renié… Tant vous l’aurez enfoui si profondément en vous, pour que personne ni même elle ne puisse le réveiller de nouveau. Vous vous croyez alors plus libre que jamais, pensant que vous pouvez mieux supporter l’idée qu’un autre assouvisse vos anciennes appétences à votre place – et même si ce dernier n’est autre que votre pire ennemi.

    Tant de complexité pour un simple regard échangé. Et Pourtant. Il suffit parfois que les iris se croisent pour que quelque chose se passe, il suffit qu’au moment opportun elle vous dévoile ce visage que vous ne connaissiez point…Et vous vous sentez tressaillir, vous chancelez, vous détournez le regard, vous tentez de paraître le plus impassible possible – car vous ne voulez pas qu’elle lise dans vos yeux ce torrent étrange qui s’agite en vous.
    Les manières sont alors la plus délicieuse échappatoire. Un bref salut délicatement excommunié dans la conversation, une agréable risette offerte pour lui prouver votre amitié, un baisemain que l’on pourrait croire tendancieux mais qui n’est autre qu’un prétexte pour humer de plus près la délicieuse fragrance qui émane d’elle, et puis votre buste s’incline, et vous la quittez. Vous faites mine de n’être que le Roi venu la saluer dans son extrême bonté. Vous lui donnez l’impression qu’elle n’a pas plus de valeur que tout autre sylphide venue vous parler.

    Vous vous contenez…Vous retenez ce trouble qui s’installe en vous jusqu’à ce qu’en fin vous soyez assez loin d’elle pour pouvoir exprimer toute cette démence qui vous plonge dans la torpeur la plus exquise. Rien n’y fait, vous envoyez valser tout ce qui se présente autour de vous, vous savez que vous êtes enlisé dans l’erreur jusqu’au cou…. Et finalement vous vous laissez emporter par le chant de Morphée, espérant qu’un nuit suffira à chasser, tout ce qui vous a chamboulé. »


La plume revint dans son encrier, l’encre avait été longuement déversée…Marquant à jamais sur le papier toute cette faiblesse qu’il cherchait à cacher. Comme une incomparable expiation il prit le parchemin entre ses mains, il se redressa et marcha d’un pas lent et décidé vers le feu de la cheminée qui crépitait. Ces prunelles argentées regardaient encore les lignes qu’il venait d’écrire, une dernière fois, une toute dernière fois, il lisait le témoignage de son ressentit.

Puis, il releva les yeux vers la flamme ardente qui serait bientôt l’auteur de sa rédemption. Sa main amena lentement un coin du papier jusqu’à elle et le feu s’empressa de l’embraser, consumant petit à petit les lettres et l’encre qui s’y trouvaient. Il observa longuement son œuvre être réduite en cendre, et quand enfin la feu eut fini de tout dévorer , il se redressa, et se dirigea vers son balcon. Ses bras s’apposèrent sur le rebord de celui-ci, son visage se leva jusqu’aux cieux, et les yeux clos il respira l’air qui tournoyait autour de lui – quelque chose en lui avait disparu à présent, écrire et brûler sa peine était finalement la meilleure chose à faire. Il savait dorénavant, qu’il aurait assez de force pour surmonter n’importe quel trouble osant l’affronter.



Gouverner un pays était à la fois un honneur mais plus que tout une immense responsabilité. Depuis qu’on lui avait remis les rennes de l’Angleterre, une atmosphère paisible avait remplacé le brouillard de frayeur dans lequel le peuple était plongé. Chaque fois qu’il apparaissait sur ce balcon devant les milliers de gens qui le soutenaient, on criait son nom, on lui jetait des fleurs, on le remerciait d’être ce souverain si clément.

Jamais il ne ferait les mêmes erreur que son père décédé. Mais lorsque Philippe accéda au trône, une multitude de vérités lui furent dévoilées. Des véracités que personne n’oserait imaginer tant elles étaient insolites. Au début, il refusa d’y croire, il se borna à ne jamais laisser son esprit se corrompre par tant d’insanités, mais quand les preuves vinrent à lui sans qu’il n’eut à les demander – il ne put que s’incliner face à ces incroyables chimères.

C’était un soir où Dorian était parti en ville se divertir des charmes féminins, comme à son habitude. La délicieuse reine Victoria, elle, s’était déjà endormie. Il subsistait éveillé à contempler la voûte étoilée de ses calots à la fois si suaves et insaisissables. Que pouvait donc cacher cette nuit si noire au monde entier ? Alors son regard descendit des cieux jusqu’à la terre pour épier la forêt qui encadrait le château. Une forêt que les gens pensaient maudite – car on racontait que tous ceux qui y pénétraient n’en revenaient jamais.

Contes pour enfants ou véritables faits transformés en légende pour ne point révéler aux hommes que leur place dans le règne animal n’était plus au sommet – mais dorénavant bien plus bas ? … Et cela ne faisant qu’accroître leur fragilité ? Le Roi n’osait y croire, il refusait d’admettre que des forces si obscures sillonnaient les rues des villes et tuaient en silence…Tapies dans l’ombre, sans que personne ne s’en rende compte.

Bientôt ses doutes disparaîtraient, car dans cette nuit que les ténèbres avaient engloutie, un cri retentit. Les yeux du Roi britannique furent immédiatement attirés par la source du bruit, là, non loin, dans la forêt, tout près de lui, quelque chose se tramait, quelque chose qu’il devait stopper. Il le sentait. Alors il fit volte face et saisit son épée, la rangeant dans son fourreau, il dévala les escaliers et sortit dans le jardin sombre du château.

Un petit passage se trouvait au bout d’une allée, un passage que les enfants regardaient de loin en se lançant le défit d’y pénétrer - défit que jamais ils ne relevaient. Un passage que tout le monde connaissait mais que personne n’avait emprunté car il n’amenait nulle part ailleurs qu’au bout milieu de la forêt. Conscient que ce petit espace entre les buissons était son seul moyen d’arriver assez vite jusqu’au lieu où il sentait que la mort rodait, il s’y enfonça. Les branches lui frappaient le visage à mesure qu’il avançait mais il finit par arriver de l’autre côté.

Tout autour de lui, des arbres se dressaient et cachaient la nitescence lunaire pour donner un aspect lugubre et ténébreux à cette forêt tant redoutée. Philippe, intrépide, avança discrètement, prenant le soin de ne pas se faire repérer par une quelconque créature. Cherchant des yeux une personne en détresse, il finit par désespérer à force de ne voir que de fausses silhouettes formées par les ombres des branches sur le sol. Il faillit faire demi tour – pensant qu’il était trop tard – mais de nouveau, le cri retentit.

C’était tout près de lui. A quelques mètres sur sa gauche…Tout près. Sa main glissa jusqu’à son épée… Il marcha lentement…Très lentement…. Puis enfin il réussit à discerner derrière un tronc d’arbre deux silhouette accolées l’une contre l’autre. Il y en avait une bien plus grande, et l’autre bien plus petite. La plus impérieuse semblait penchant sur la plus faible…Il s’approcha plus encore… Et il vit un homme contre une femme, un couple qui paraissait s’enlacer…. Il fut presque soulagé, mais quelque chose clochait. Pourquoi ce cri ? Alors il força encore un peu la promiscuité, et la véritable scène lui fut révélée.

Le faciès de l’incube était congloméré au cou de l’innocente jeune fille et comme une sangsue le ferait sans relâche, sa bouche aspirait la substance vitale de sa pauvre victime. Sirotant, puis avalant de grandes lampées de se liquide qui semblait le transir à mesure qu’il l’ingurgitait. Les prunelles du monarque s’ouvrirent comme jamais…Que faire ? Il ne connaissait pas ce genre d’adversaire – mais qu’importe, il ne pouvait décemment pas abandonner cette jeune femme à ce monstre sanguinaire.

Ses doigts s’enroulèrent autour du manche de son épée, et il surgit de l’obscurité, brandissant l’immense l’âme - que ses ancêtres avaient maniée – sur ce monstre à l’apparence humaine. Deux pupilles rouges sang se levèrent vers lui et le faciès du démon lâcha enfin sa source de délectation. Un sourire machiavélique se dessina sur les traits du luciférien et en l’espace d’un instant il disparut comme si de rien était. Philippe resta interdit, fixant tout autour de lui… Restant sur ses gardes plus que jamais.

Par où allait il ressurgir ? A droite ? A gauche ? Juste devant lui ? Derrière lui ? Ou même, au dessus de lui ? Afin de limiter les risques, il se colla contre le tronc d’arbre derrière lui et attendit –épiant les alentours, il jeta un œil vers la pauvre jeune femme étendue au sol, elle haletait, essoufflée, entre la mort et la vie…Le visage blême, souffrante d’une anémie presque létale. Les secondes paraissaient éternelles… Ce démon buveur de sang allait il finalement revenir ?

Philippe se décolla du tronc après une longue attente, même si son adversaire rôdait toujours, il se devait d’aider celle qui se mourrait. Il se précipita vers elle et la redressa contre un arbre. De son frêle cou se déversait à flot ce précieux sang indispensable à toutes vies, il retira alors sa veste bleue marine et déboutonna sa chemise pour sans servir en guise de pansement pour éponger la plaie. Elle respirait encore, rien n’était perdu, il devait absolument l’amener au château pour que ses médecins s’en occupent avant qu’elle ne dépérisse.

Son buste se plia dans l’optique de la prendre dans ses bras, mais avant même qu’il ne frôle la demoiselle, il fut projeté en arrière, et toute sa structure s’écrasa violemment contre un tronc à l’opposé de là où il se trouvait. La douleur le transperça…Cette force n’était pas humaine – et la créature qui le toisait debout devant lui était loin de l’être elle aussi.

Réunissant alors toute la vigueur qui lui restait il se releva et dans un demi tour que des années d’entrainement lui avaient permis de maîtriser il dégaina son épée et d’un geste ample, trancha la créature à la gorge pour s’en débarrasser à jamais. La bête au visage d’homme s’écroula au sol, un étrange risette sur les lippes et Philippe profita de cet instant pour courir vers la jeune fille et la porter pour l’emmener loin de ce lieu profané.

Au fond de lui, il savait, il savait que ce coup d’épée ne suffirait pas à tuer ce monstre qu’il venait d’affronter. Ses longues jambes le portèrent lui et la victime jusqu’au passage par lequel il était arrivé, et il le franchit de nouveau pour se retrouver dans le jardin de son château. Paniqué, alors, par l’état critique de celle qu’il tenait dans ses bras il cria afin que les domestiques viennent l’aider.

Tous se précipitèrent vers le roi à moitié dénudé – au dos ensanglanté, tenant une inconnue mourante contre lui. Il ordonna que l’on ne s’occupe pas de lui tant que la vie de la jeune fille n’était pas assurée, et il se traîna dans ses appartements, jusqu’à son bain où il se laissa tomber – à bout de force. L’impact qu’il avait reçu lui infligeait une douleur incommensurable, aucun de ses adversaires jusqu’à présent ne lui avait causé tant de mal.

Il rinça le sang dans son dos et enroula un long tissu autour de son torse pour stopper l’hémorragie. Ses jambes le menèrent jusqu’à son lit et il s’allongea sur le ventre, le visage tourné vers la grande fenêtre qui donnait sur son balcon. Ses yeux ne fixaient maintenant plus la voûte étoilée comme il se plaisait à le faire chaque soir avant de s’endormir, non, à présent la forêt était devenue son obsession – il venait de découvrir un nouveau monde. Le monde de la nuit. Et il ferait tout pour en déceler les moindres secrets.

********

La monomanie est parfois délectable, mais lorsqu’elle surgit en vous et possède votre esprit, plus rien ne peut vous empêcher de vous débarrasser d’elle. Philippe était à présent hanté par le souvenir de cette nuit où le diable semblait s’être incarné dans une structure humaine face à lui. Une multitude d’interrogations l’assaillait. Y’en avait-il d’autres ? Beaucoup d’autres ? Existait-il d’autres races ? Combien ?

Anxieux , il avait demandé à ce qu’on lui apporte tous les ouvrages relatant de ce genre de faits, et il découvrit – au travers de nombreux témoignages que les auteurs des siècles passés avaient tourné en dérision – que cette créature qu’il avait rencontrée ce soir là, n’était autre qu’un vampire. Mais il n’était pas au bout de ses surprises, les légendes racontaient que d’autres êtres méphistophéliques rôdaient la nuit et le jour, se mêlant au peuple en prenant l’apparence d’un humain ordinaire. Il y avait aussi, sont aux prunelles félines, les lycanthropes, et comme si cela ne suffisait pas, vampires et lycans pouvaient entre eux s’accoupler et créer des monstres que les livres surnommaient « hybrides ».

Cherchant avant tout à protéger son peuple des réactions de ses êtres aussi effrayants que malins , le roi se jura de ne rien dévoiler à ces sujets – convaincu qu’en divulguant pareilles informations, il plongerait l’Angleterre dans un climat de panique sans précédents. Il se contenta, comme toujours, de tout confier à Dorian – et le cacha même à sa Reine qu’il souhaitait protéger de toutes ces atrocités.

En silence, alors, le Roi anglais engagea des espions, et des guerriers intrépides pour l’aider à protéger la nation. Et son règne continua comme avant – offrant toute sa gentillesse à ceux qui la demandaient, et enquêtant dans l’ombre sur un autre monde – se rapprochant peu à peu d’un royaume de noirceur et d’animosité.


*
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MessageSujet: Re: Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.   Mer 15 Aoû - 18:33

    Petit up pour annoncer que ma fiche est finie.
    Je vous souhaite une douce lecture ...
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Melissande A. Sullivans
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MessageSujet: Re: Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.   Mer 15 Aoû - 19:28



....Non mais vraiment...Que dire? Je pense que mes mots ne sont pas utiles pour démontrer, que cette fiche est bourrée de talent. Du début jusqu'à la fin, j'ai tout simplement adoré. Cette fiche je ne l'ai pas lu, non. Je l'ai dévorée et je me suis régalée. Il est souvent de ces fiches qui sont bien écrites, mais qui paraissent trop longues. Parfois, on fatigue en lisant...Toutefois, ici...Ce n'a pas été le cas. J'aurais réellement souhaiter qu'elle soit plus longue, pour continuer à en profiter! Je me consolerais malgré tout, en me disant qu'un rp m'attend ♥

Bref! Bienvenue parmi nous, en tant que Roi d'Angleterre. Un rôle qui te sied à ravir.

Pour le reste, tu connais la suite ♥

Formalités : Journal de Rp | Relations et Liens | Recensement d'avatar | Demande de Lieu | Demande de Rp




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Charles de France
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MessageSujet: Re: Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.   Mer 15 Aoû - 19:34

Je sais bien que je ne suis pas censée le faire mais... J'ai été devancée par Meli'! ;w;

Bref, tout ça pour dire que j'ai adoré ta fiche, ton histoire et tes descriptions m'ont vendues littéralement du rêve. En vrai tu vois je jalouse de derrière mon écran .w. Tu a un talent d'écriture que je t'envie, sincèrement.

Sur ce, je te souhaite une nouvelle fois la Bienvenue en ces terres pleines de Mystères et espère avoir un jour avec toi, l'occasion de croiser le fer ♫

Charles de France.



Kit by Lizbeth ♥️ Thanks Darling ♥️
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MessageSujet: Re: Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.   Mer 15 Aoû - 19:52

    Melissande : Merci ! Vos mots me touchent jeune demoiselle, et je ne puis que m'impatienter, moi aussi, à l'idée de partager, avec vous, quelques agréables envolées littéraires.
    Spoiler:
     

    Charles : Croiser le fer avec vous serait un grand honneur, je trépigne à cette idée des plus délectables.
    Spoiler:
     

    Hum... *s'éclipse*
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MessageSujet: Re: Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.   

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Que les alliés soient bénis et que souffrent les ennemis - Philippe England Nightray. Roi d'Angleterre.

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