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 Si la jalousie est un défaut, c'est aussi un signe de passion #Ophélia Rosenblum

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MessageSujet: Si la jalousie est un défaut, c'est aussi un signe de passion #Ophélia Rosenblum   Ven 10 Aoû - 7:58

En ces lieux luxurieux, jamais je ne pus croire devenir bienheureux, mais ce n’était que nier, l’évidence espérée, la bienveillance du cœur, embaumée dans cette odeur de sureté et d’affinité. Jamais je n’eus cru que j’aurais pu participer à tout ce que j’ai fait cette soirée. Et pourtant, moi-même savais-je qu’il était temps que tout change, les habitudes, les pensées, les mentalités, les envies et autres joies que la vie pouvait fournir. Ma vie fut bouleversée, d’une rencontre animée, de sentiments passionnés, de tendresse et de péché. Le bal masqué est terminé, merci d’avoir fait preuve d’audace, cachés derrière ces créations de tissus, de plumes et autres matières.

Tailler, tailler, tailler, pour les beaux habits de ces nobles clientes, couper, coupe, couper, dans le tissu pour avoir ma rente. Il fallait bien se nourrir, et si possible avoir une fin de mois plutôt agréable. Une femme, très élégante, arriva ce beau matin dans sa demeure. Elle avait l’air paniquée ou du moins pressée, excitée à une idée qu’il, dès lors, ne connaissait point. Hâtée, elle alla voir le lycan qui était derrière son petit comptoir de noyer. D’un regard plutôt curieux, il la regarda, attendant que des paroles s’échappent de sa gorge. Elle avait besoin d’une robe de toute urgence, elle n’avait pas eu le temps de faire le tour des emplettes et se retrouvait dorénavant pressée par le temps. Nous étions en fin d’après-midi. C’est là qu’elle lui demanda :


« Monsieur Coral, venez-vous au bal masqué organisé par le roi ?
- Un bal masqué ? Par le roi ?
- Oui, peu importe qui vient, tout le monde est invité, il suffit de se vêtir d’un accoutrement digne de ce nom et d’un masque.
- Oh… je n’étais pas au courant… Je… oui je vais venir, mais il faudra que je me presse moi aussi alors, je suis un peu pris au dépourvu. Merci de m’avoir prévenu »

Parcourant les rangées d’habits en tout genre, il décocha plusieurs cintres des portiques de bois, proposant diverses robes à la bourgeoise. Celle-ci, même si elle semblait hâtée, prenait finalement son temps, ce qui n’était pas pour plaire au tailleur qui maintenant était lui aussi soumis au temps. Finalement, elle les essaya toute, Filrahen devant à chaque fois nouer et défaire le corset de la jeune femme, qui hésita longuement. Finalement, au bout d’une heure, elle partit, enfin.

La robe qu’elle avait choisie était une robe pourpre à dentelles noires, assez bombée le long de ses fines jambes, un corset la rendant plus proche au corps, serrant sa petite cage thoracique et mettant en valeur sa poitrine qui n’était ni démesurée, ni inexistante, juste à la moyenne de l’appréciable. Les échancrures autour de son décolleté mettant une certaine valeur sur son cou, clair et qui aurait pu donner envie à un vampire de s’y abreuver. A l’arrière, le corset finissait en un dégradé du pourpre au noir, et ficelé par un lacet bordeaux. Au-dessus de ce corset, on pouvait observer son dos et une partie de ses épaules. Elle trouvait cela très beau, et en même temps se demandait si l’effet n’était pas trop choquant. Mais l’autre avait un décolleté un poil plus plongeant et elle choisit ‘’la moins vulgaire’’ même si ces œuvres ne l’étaient en rien ! M’enfin bon, elle s’était décidée pour la pourpre et noire, cela signifiait donc qu’elle était plus belle que vulgaire, non ?

Il était tard. Il était temps de courir. Le temps était compté, il ne pourrait pas se fabriquer un habit, ni même aller chez un concurrent, cela aurait eu l’air étrange. Surtout que s’ils venaient aussi, à cette heure-ci ils devaient déjà partir. Le lycan arpenta donc de nouveau les chemins tracés par les armatures en bois tenant les vêtements. Habituellement, et en réalité quand il avait la possibilité, il préférait se faire ses vêtements, des modèles uniques. Mais il arrivait, comme maintenant, que le lycan doive prendre une modèle qu’il avait destiné à la vente. Heureusement, la majorité de sa clientèle était féminine et c’est grâce à ce point qu’il put obtenir une tenue élégante et qu’il n’avait pas encore écoulé, un habit complet que le tailleur trouvait très bien. Se changer. Fermer le magasin. Il était partit pour prendre la route, ayant prévu une sorte de voile ou de capuche pour s’il devait sortir de nuit lors du bal. Il l’avait mis dans sa poche. En route pour le château.

Et cela sera à pied. Après tout, l’homme n’était pas assez riche pour par exemple posséder une monture ou encore avoir un chariot, une calèche, que sais-je. Il arpenta donc les rues, désertes étrangement de Paris. Les gens devaient surement se préparer, ou alors préparer le souper, se détendre… Il se sentait un peu pathétique, à marcher tel un badaud sortant d’une taverne et déambulant dans les rues, les pensées embuées. A la différence que Filrahen, lui, savait où il allait. Un lieu qu’il avait déjà frôlé, et où il avait déjà vécu plusieurs choses. La première fois qu’il était venu ici, c’était après une nuit où, oui, là, il le reconnait, il était ivre et désorienté. Le tailleur avait fini dehors, de nuit, et finit près du lac de la bâtisse où il rencontra Aphrodite. Mademoiselle O’Connors. La deuxième fois fut moins belle. La beauté nocturne du lac et la mielleuse présence de l’infant avait laissé place à un combat dans les cachots, entre lui et son monstre, aidé par l’escrimeuse de talent Stanislava Braginsky. Elle l’avait aidé à dompter son démon intérieur. Et ça, c’était une bonne chose, même s’il avait encore un peu peur de la lune, dû au fait que les évènements étaient relativement récents. C’était donc, dans la douceur, puis, dans la douleur, qu’il était venu ici. Qu’allait-il advenir de ce soir ?

Enfin il arriva à portée du château, qu’il voyait se dessiner derrière les toitures. Là, il y avait plus de vie. Des gens arrivaient dans leur moyen de locomotion, d’autres arrivaient lentement. Ils étaient tous déjà masqués. Ah. Oui. Le masque. Filrahen le tenait depuis l’atelier à défaut de pouvoir le mettre autre part. Il l’enfila, dégageant quelques mèches devant pour les plumes. Le voilà. Prêt pour cette soirée. Prêt pour ce bal. Tous masqués, c’était drôle. Son but allait être de deviner s’il y avait quelqu’un qu’il reconnaissait, et de ne pas se faire reconnaitre. Les masques ne devaient pas tomber ce soir, cette nuit. Non, maintenant, plus aucun masque ne pouvait chuter de son visage, ancré de douleur. C’était surtout son corps qui en avait subi en réalité, lors du domptage du canidé. Maintenant. Oui. Maintenant le lycan n’était qu’un souvenir, et le doux pelage blanc du louveteau qu’il devenait aller pouvoir être caressé sans danger, sans la peur de perdre sa main à peine approchée.

Passant le pas de la porte, Filrahen ne fit que se laisser porter par la vague impression de luxure, une vague qui écumait l’or, le long d’un sol brillant malgré le passage de cet assaut furieux de monde. Le lycan était spectateur dans cette foule, distant et malgré lui dans cet amas de personne. Il était là pour observer, s’amuser. La plupart d’eux, les autres, étaient là pour se délecter de l’anonymat, pour rencontrer des personnes avec qui ils n’auraient jamais dû être entrevus ; Les pauvres rêvaient de côtoyer les nobles, et vice. Et versa. Quand enfin il arriva, Filrahen, observa l’immense salle. Des dorures se trouvaient un peu partout, montrant la puissance française, la puissance de la cour surtout.

Se déplaçant à travers les gens commençant à parler entre eux, le tailleur se fraya un chemin jusqu’à un mur. Il s’y adossa et regarda. Tel un vautour. Les gens rentraient, il y avait des femmes et des hommes à foison, des robes et costumes en tout genre. Ça. Oui ça. C’était un régal pour ses yeux.

Une heure, resté posté là, les bras croisés, personne n’avait fait attention à lui qui observait chaque bout de visage, chaque masque, chaque robe. Il avait reconnu plusieurs personnes qui venaient lui acheter des robes. Le plus drôle était surement une femme, hautaine comme il n’en existe peu envers les ‘’sous hommes’’ comme elle les appelait, c’est-à-dire les simples marchands par exemple. Cette dame donc, était en train de parler, je vous le donne dans le mille, avec un homme vendant des légumes au marché. Filrahen sourit. Ce bal était en réalité une superbe idée, pour mélanger la société, tout le monde sur un même pied d’égalité –même si les tenues montraient quand même certaines différences dans plusieurs cas. Soudain il vit la demoiselle qui l’avait retardé. Elle était dans les bras d’un homme. Essayant de lire sur les lèvres et, ou, d’entendre avec ses sens un peu plus développé qu’un humain, il comprit que la demoiselle avait prévu de l’avoir pour amant si tous ses jeux de charme tenaient jusqu’à la fin de la soirée. Se sentant observée néanmoins, elle remarqua le tailleur et, alors que son nouvel ami était partit quelques part, elle vint.


« Monsieur Coral, c’est vous ?
- Mm. Oui. Comment m’avez-vous reconnu ?
- Votre costume je l’ai aperçu tout à l’heure… S’il vous plait. Pas un mot sur mon identité. Ni sur mes faits.
- A votre guise, j’ai reconnu bon nombre de personnes et je n’ai que faire de tout cela. Votre vie est la vôtre.
- Hum. Merci. »

Elle repartit. Il n’y fit plus attention de la soirée, non, son regard était baladeur, mais c’est surtout la musique qui l’intéressait. Tantôt un orchestre de violon s’adonnait à fournir du son et à entrainer la danse de certaines personnes, tantôt plusieurs instruments se mariait ensemble, tantôt un artiste solitaire montrait son talent au peuple, et pour finir, quelques fois, on se vantait d’avoir des instruments des terres lointaines comme un djembé, gloire pour le royaume français. Devant tant d’hypocrisie, mais aussi de talents, le tailleur regarda autour de lui. A sa droite, une petite femme plutôt entamé par l’âge, d’après ses bras, à la gauche une jeune femme qui semblait en bien meilleure forme, plus jeune. Ses cheveux attachés, coiffés, permettaient de voir son profil malgré le masque. Quitte à être venu, autant s’amuser se dit-il. La plupart des gens présent étaient soit en train de s’abreuver des délices caves de la cour, d’autres profitaient des mets, soit dansaient. Ou restaient dans leur coin, comme Filrahen jusqu’à maintenant. Il s’approcha donc d’elle et fit une petite révérence en tendant son bras :

« Mademoiselle, puis je vous sortir de vos douces pensées, et malgré cette mélopée, vous invitez à danser ? »

Sa nonchalance de tout à l’heure avait disparue. Peut-être parce qu’il n’était pas des plus heureux d’avoir du parler à cette femme qui l’avait retardé. Il était un peu de mauvaise foi, elle l’avait aussi prévenu. Mais soit.

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Clic.
La porte était maintenant fermée, il se retourna, s’appuyant contre la poignée. Filrahen était hésitant. Etait-ce une bonne idée ? Il avait critiqué honteusement sa cliente, et là, il s’apprêtait à faire la même chose, pire peut être. Ou il se faisait des idées ? Dans tous les cas, son corps était loin d’être sûr de ce qu’il devait faire. Flageolantes, ses genoux s’ils avaient été de verre auraient tintés dans la pièce dans un bruit cristallin. Un premier pas se fit. Le parquet grinça. Ce bruit, frottement de deux lattes, fit monter en lui une petite frayeur. Et si quelqu’un savait qui il était, et connaissait aussi la demoiselle ? Malgré ses appréhensions, il refit un pas.

Puis un autre. Il quitta le petit hall d’entrée et vit la jeune femme, debout. Elle l’attendait surement. Son cœur fit un bond. Encore masqués, les deux êtres se fixaient pourtant droit dans les yeux. Quelles étaient ces palpitations dans son cœur ? Pourquoi n’arrivait-il pas à garder son sang-froid, en sa présence ? Il pensait avoir été débarrassé de ses appréhensions les plus grandes. Mais cela n’avait pas l’air d’être le cas. Et il espérait que cela soit la dernière crainte à franchir. Il avait une haine inconsidérée contre lui dans ces moments-là. Pourquoi n’arrivait-il pas à rester aussi calme que dans son quotidien ? Pourquoi sa légendaire ataraxie pouvait se transformer en une nervosité incontrôlable ? Le lycan fit un nouveau pas.

Un mètre les séparait. Puis quelques centimètres. Enfin, il était face à elle, presque contre elle, le visage dirigeait vers le sien, vers son masque. Effleurant son bras de tout son long, la main gantée de Filrahen se posa sur son accessoire à plume, et finalement, le décocha, et le retira, laissant quelques mèches blanches retomber sur son front, son faciès nerveux ne montrant rien mis à part de la contemplation. Les masques devaient tomber maintenant. Il faisait nuit dehors, nuit noire. Un grand nombre de personne devait déjà avoir quitté les lieux, une autre partie devait avoir retiré les masques… Certains, alors que le lycan et cette douce personne face à lui quitter l’immense salle, étaient ivres, dormant dans un coin, allongés tels des cadavres dans un coin de la salle. La fête avait, en elle-même, été plutôt réussie.

La dextre main du tailleur s’approcha du visage de sa douce compagne de cette nuit, qui ne le sera pas tant, pas uniquement. Il tremblerait presque mais son impatience le dévorait de l’intérieur, il désirait à tout prix la voir, voir celle avec qui il avait partagé la soirée. Retirant, lentement, le masque, il vit apparaitre doucement sa douce peau, ses magnifiques joues, ses brillants et grands yeux, ses délicieuses lèvres. Elle était tout à fait superbe. Posant les deux masques sur le meuble à côté d’eux, il osa poser ses mains sur la taille de la riche jeune femme. Il ne savait pas qu’elle était noble, il ne connaissait presque rien d’elle en fait, juste quelques informations lors de cette soirée, qu’il n’oublierait pas de sitôt.

Ses iris plongées dans ses pupilles envoutantes, ses mains gantées fixes et ancrées là où il les avait posées, il murmura, comme si personne ne devait les entendre, comme si tout cela n’était que péché et interdit :


« Les masques sont tombés. Tout –loin de là en réalité- de nous est révélé. »
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MessageSujet: Re: Si la jalousie est un défaut, c'est aussi un signe de passion #Ophélia Rosenblum   Lun 13 Aoû - 19:37


C’est avec un soupire peu enjoué que je me dirigeais vers le pavillon qui était ma demeure, seul et éloignée de ma maison familiale ou résidait encore mes très chers parents. J’avais daigné quitter les lieux dès la mort de mon frère ne supportant plus les seuls souvenirs réminiscents qu’il me restait de lui, sans sa présence qui m’avait été si vitale. Les herbes frôlaient mes jambes sur mon passage, des sauterelles bondissaient joyeusement vers d’autres brindilles d’herbe, tandis que des papillons prenaient leur envole après s’être posés sur des fleurs du champ ou je me trouvais. Le chant des oiseaux finissait de sublimer ce tableau idyllique de la nature, chantant la mélodie du soir et annonçant bientôt la venue de la nuit.

« Mon frère, j’aurais désiré que tu me sauves de ces mœurs ennuyeux que les nobles s’évertuent avec tant d’ardeur à cultiver. Je rêverais comme dans le temps de notre petite enfance de disparaître à tes côtés–pour échapper ensemble à toutes ces obligations, et ces prises de responsabilités qui me désolent aujourd’hui. Mais ces songes fantasques aujourd’hui ne sont plus..J’espère que tu es bien là ou tu es maintenant ..Ta présence me manque. Je t’aime. »

Comme une routine désormais bien installée, se furent les pensées du jour que je lui dédiais. Je refusais d’oublier son image, de le laisser s’effacer peu à peu de ma vie. Même si aujourd’hui je vis uniquement pour ma propre personne, je ne peux me résoudre à laisser son image derrière moi. Jamais. À contrecœur je quittais la voute azurée qui elle était libre de ces droits. Tantôt il faisait virevolter le vent, tantôt il répandait sa chaleur sur nos terres. C’était comme si lui aussi était doté de la capacité d’avoir des émotions, coléreuses et ingrates quand les orages éclataient, généreuses et chaleureuses quand il faisait ensoleillé. La bâtisse de pierre blanche réapparut finalement devant moi se dressant fièrement, je devais reconnaître que si il y avait bien une chose que mon rang m’apportait et dont je ne pouvais me plaindre, c’était bien ce que l’on qualifie plus communément, le « confort ».

J’appliquais une silencieuse pression sur la porte principale du bâtiment pour y pénétrer, un sol de marbre blanc crème faisant résonner mes pas sur le sol. Je demandais après Iliane qui époussetait un meuble -ma fidèle et dévouée domestique- pour que celle-ci m’aide à revêtir la robe qui serait ma parure de nuit. Je l’avais engagée plus tôt lors d’une entrevue prometteuse afin de renouveler le personnel de maison, et sa fraicheur m’avait tout de suite plus. A présent que nous n’étions proches, nous nous comptions nos aventures du quotidien en riant de bon cœur. Oui, je le conçois mais il est bien possible de côtoyer les domestiques, pourquoi les traiter comme des sous-hommes ? Ce ne sont guère des salissures, et bon nombre de nobles ne seraient que des moins que rien sans eux, la fainéantise les ayants dépourvus de toute autonomie ils se retrouvaient impuissant et désarçonnés tel des enfants sans parent. Car j’ose à le dire mais les nobles dont les rangs sont élevés on un excès flagrant d’Orgueil ce qui ne les rend que plus antipathiques.

Gravissant les marches des escaliers de l’étage je me fondis dans ma spacieuse chambre ou je rejoignis la salle d’eau pour passer mes mains dans de l’eau froide afin de décrasser mes mains d’éventuelles saletés qui auraient décidé de s’incruster dans les pores de ma peau aux reflets lunaires.. Iliane avait suivi mes pas et était entrée ma futur robe de bal entre les mains. Celle-ci me fit un sourire enjoué quand elle remarquait que je la fixais, posant l’ouvrage sur une chaise qui trônait à mes côtés. Je fis un soupir las, pour faire glisser ma robe du jour le long de mes membres la sentant suivre les courbes de mon corps jusque le sol. Ma réticence monta d’un cran en sachant pertinemment que je devrais me rendre à ce bal auquel « Mademoiselle de Laurillac », une de mes amies proches, m’avait tant importunée lors de notre thé d’un après midi pour que je l’accompagne à ce prétendu bal, aurait-elle surement goût à la débauche tel que je la connaissais. Autant j’appréciais l’étendu de l’amitié que je lui portais, autant je haïssais fervemment certaines de ces facettes qui m’excédaient.

Une fois seulement vêtue de mes sous-vêtements frivoles Iliane me tendit la robe aux reflets émeraudes que je saisissais nonchalamment non sans cacher mon désespoir, je décidais d’engager une conversation avec Iliane, ressentant le pesant besoin de me détendre.
« Ne voudriez-vous pas vous glisser à ma place ? » demandais-je la voix taquine.
« Certainement pas mademoiselle »
Elle parlait tout en resserrant la robe autour de ma taille, ajustant certains plis et vérifiant tout autour de moi que je sois «parfaite ». La perfection que recherche la noblesse. Mais la perfection n’est point, l’atteindre est une lubie, tout comme l'utopie.
« Dommage, vous ne savez pas ce que vous ratez »
…………………………………………………………………………..
Me voila fin prête. Je laissais désormais derrière moi ma demeure rejoignant le fiacre d’Agatha de Laurillac qui me saluait de sa voix enfantine, semblant, elle ravie de la soirée qui était en perspective. Celle-ci me paraissait incommensurablement plus proche au même titre que le soleil avait laissé place à la –pleine- lune qui à présent nous éclairait faiblement. Je montais dans le fiacre, laissant le cocher faire trotter son attelage sur le chemin. Subissant la bêtise d’Agatha, je devrais reconnaître que cette soirée était inscrite au rendez-vous, tout comme ma disgrâce. Terriblement ennuyée, je jugeais durant le trajet, que je devais me montrer assez hostile envers mon amie, qui n’avait en rien mérité cette malencontreuse humeur qui me jouait des tours. Qu’elle me comprenne, faire bonne figure et joindre à ceci bonne volonté n’est pas aisé. Mais, celle-ci perdue dans un ramassis de paroles comptant ses conquêtes masculines, ne semblait pas remarquer que je ne lui prêtais plus attention, me contentant de rétorquer tant à autre quelques mots passe partout. « Oui », « Tout à fait », « Vous avez raison ». Ainsi je continuais à la faire chanter, lui permettant de passer outre l’ennui, qui à l’inverse me rongeait l’esprit.

Arrivée. Tel était bien le cas, la diligence c’était arrêté, je m’approchais fatalement de la salle de bal. Dès lors devant mes yeux scintillèrent les lumières de la salle, à mes oreilles se mêlèrent les rires aux diverses notes de musique formant une chaleureuse cacophonie qui finalement me réchauffait le cœur. Allons donc Ophélia, ce n’était pas la première fois que tu participais à ce genre de festivité.

Agatha devant moi se fondit rapidement de la foule, me tirant derrière elle comme pour ne pas être séparée de la seule connaissance qu’elle avait à portée de main, animée d’une certaine joie. La musique s’élevait dans les airs, certains couples dansaient. Agatha ne mit que peu de temps à se dénicher un partenaire, décidée à se faire de nouvelles connaissances, peut-être bien pour forniquer. Si mon humeur avait été plus clémente j’en aurai fais de même, au lieu de cela je me postais de côté dans une partie reculée tenant compagnie à une femme plus âgée qui semblait fureter du regard la salle. Je regardais tantôt certaines personnes rire à gorge déployée, d’autres à exercer leurs charmes. Une soirée comme l’on en voit tant, mais décidée à garder les identités secrètes. Ors, bon nombre de personnes pourraient déchanter, et il fallait bien avouer que le port du masque portait tout son intérêt réservant la surprise de l’identité. Je devais le concéder mais, il est certain que ce port de masque est rassurant. Personne ne peut vous reconnaître et ainsi mieux vous importuner pour vous consacrer un semblant d’intérêt tout cela pour monter dans votre estime de manière hypocrite. Ici présent, personne n’avait connaissance de l’identité des autres, et pouvaient librement parler sans se préoccuper du rang de chacun.

Alors que je me perdais dans mes réflexions, une voix masculine me sortit de mes songes. Proche surtout. Mon regard se posa sur un homme de grande carrure, semblait-il bien gâté par dame nature à en juger cette toison de chaire qui constituait son torse. Des cheveux couleur de neige encadrant son visage à la peau mat, je plongeais mon regard dans le sien. Lui, d’un bleu assez prononcé, je souriais lentement en le découvrant du regard. Une danse ? Je n’avais pas escompté cela, mais maintenant qu’on m’y invitait, je ne pouvais me résoudre à refuser par politesse. Je mis un temps à répondre détaillant sans gêne l’homme devant moi, de haut, en bas. J’inclinais la tête et théâtralement comme si il s’agissait d’un jeu, je relevais légèrement ma robe en m’inclinant la tête, basse, l’espace de quelques secondes. Avant même de lui répondre je me saisissais de son bras essayant de paraître pour le moins aussi gentille que je le pouvais, enfouissant en moi cette humeur désolante qui me susurrait au creux de l’oreille « Non refuse, tu n’a point l’envie de te laisser entrainer, tu n’a pas le désir de participer à ces stupidités. Pourquoi accepter une telle proposition, car après tout si, ici tu es exécrable, personne ne sera là pour te le reprocher après femme masquée ».

« Bonsoir belle inconnu.
J’accepte avec plaisir votre invitation à danser Monsieur, j’espère pour vous que vous êtes sur de votre choix ~ »
soufflais-je sur un ton taquin mais sans menaces.

Je suivis les pas de l’homme qui m’entrainait vers la piste jusque se positionner devant moi. Une main assurée, dans un geste plein de délicatesse vint se positionner sur le bas de mon dos sur la chute de mes reins, l’autre main serrant la mienne. Je fis un sourire amusé sans quitter son regard, pour le moment.

« Quel bon vent vous as porté en ces lieux festifs ? » demandais-je avec un air curieux. Savoir ce qui avait poussé mon cavalier à venir ici bas, savoir si lui aussi était emprunt de cette hypocrisie noble. Pouvoir ensuite juger de mon propre chef le genre de personne qu’il incarnait. Telles étaient mes réelles intentions, le sens sous-jacent à cette question qui était emprunte de simplicité.

Débutais ainsi la danse, sur une mélodie langoureuse. Nous allions à un rythme assez lent pour le moment l’histoire de nous échauffer un peu, et puis rien ne pressait. Je ne prêtais dès lors plus attention à ce qui nous entourait, la consacrant à la danse. A la coordination de nos pas, et de cet homme qui faisait office de partenaire. Serions-nous ensemble juste le temps d’une danse ou bien serais-je sa cavalière de soirée ? Qui sait, j’appréciais bien ne pas avoir connaissance du futur, ainsi donc je verrais. Mais cette idée, reconnaissez-le avait tout d'excitant~

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Les rayons de la lune filtraient au travers des fenêtres venant éclairer faiblement la pièce aux lumières tamisées, comme si la lune daignait nous baigner dans ses rayons. Désormais, en contraste avec le bruit qui précédemment était roi dans la salle, la pièce était plongée dans un silence de mort, seul les bruits que nous provoquions lui et moi résonnaient encore dans la pièce où trônait divan, bouquets de fleurs, et divers meubles de bois vernis. Une de mes mains gantées vint frôler du bout des doigts une table ronde faite de ce bois qui était délaissée seule au milieu de la salle sur un tapis baroque, sans plus de curiosité mais par un pur hasard je l’avais touchée. Finalement la soirée c’était écoulée plus vite que je ne l’aurai cru, sans doute que trop intriguée par le mâle qui me faisait face, j’en avais oublié tout autre chose ou personne excluant même Agatha qui devait être rentrée en compagnie d'un homme.

Nous étions seuls à présent. Observant mon inconnu s’approcher après qu’il ait clos la porte derrière lui, mon cœur se mit à battre irrémédiablement plus fort, à mon plus grand désarroi. La panique ? L’exaltation du moment ? Je n’en savais que trop rien. Mais ce moment m’était précieux, je me sentais vivante. Terriblement vivante, mon souffle en était d’ailleurs légèrement troublé dans son rythme de coutume si régulier.

Après avoir passé la soirée en sa compagnie je brûlais de découvrir son identité. De savoir quel était ce visage, de l’apprivoiser sous mes mains et peut-être de mes..Non je m’égare. Et cette seule pensée me trahissait lourdement. Dans l’air se fit sentir de la tension, je vis dans ses gestes lents une certaine appréhension, lentement il se mouvait vers moi jusque se trouver à quelques centimètres. Maintenant nous étions, là. Face l’un à l’autre, seul les masques nous séparaient encore. J’avais la terrible impression de sentir une émotion nouvelle, qui déferlait en moi comme une vague qui annonçait une ère nouvelle.

Ma peau brûlait d’être découverte, tout comme mes mains rêvaient de venir lui ôter ce masque qui entravait son identité. Au final, il m’importait peu de savoir sa classe sociale, je ne le désirais pas. Je ne voulais qu’avoir la joie d’apprécier sa compagnie à mes côtés un peu plus longtemps. La soirée me paraissait si courte à présent.

Mes mains, les siennes. S’approchèrent du visage de l’autre, pour avec finesse ôter le masque qui nous voilait le visage, et nous procurait cette assurance qui soudainement me quitta pour ma part, dans son cas je n'aurai pu vous le dire. Mes yeux se posèrent sur les traits de son visage masculin, le découvrant de toute part alors que mon souffle fut coupé. Ne manquant pas une miette du spectacle qui m’était offert, c’est d’un œil nouveau que je laissais voler mon regard sur ses pommettes marquées. Des lèvres fines aux contours bien dessinés, juste bien en chaire sous ce nez droit, de ceux que l’on qualifie de convenable. Remontant jusque ses yeux singuliers aux couleurs si frappantes. Tout me paraissait harmonieux, à présent tout était assemblé comme un puzzle, je n’avais plus le besoin de sonder les parties de son visage découvertes pour essayer de m'imaginer son visage.

Après cette découverte j’aurai cru que mon cœur daigne aspirer à des battements plus calmes, mais au contraire, ils s’agitèrent d’autant plus. Il saisissait les deux masques et les posèrent sur la table ronde, allant même jusque venir serrer ma taille. Ce que je ne jugeais pas présomptueux à présent, et cela va sans dire mais ce geste me plus.

« Les masques sont tombés. Tout –loin de là en réalité- de nous est révélé. »


Je fis un léger sourire à cette phrase prononcé d’une voix si basse, qui portait tout son sens, la trouvant presque poétique. Si la situation n’était pas si propice j’aurai sans une once d’hésitation rétorqué qu’il restait encore tant de chose à découvrir l’un de l’autre. Mais je n’aurai pas omis ce désir, pas maintenant. Cela aurai gâché toute l’alchimie qui c’était formée entre nous.

« Votre visage me fascine, loin de moi l’idée de vous flatter..M..mais vous êtes d’une beauté singulière jeune inconnu..»
et je me retins de dire que ses lèvres attisaient les miennes, que son regard noyait le mien…

L’une de mes mains aventureuse, telle Christophe Colomb partie à la découverte des terres inconnue de son visage immaculé, tâtant la texture de sa peau brulante. Remontant le creux de ses pommettes puis passant sur l’arrête de son nez, sur ses sourcils disciplinés puis ses yeux avec une lenteur délibérée pour lui laisser le temps de m’ôter la main si il n’appréciait pas mon geste, qui pourtant était emprunt d’une douceur suave. Le bout du doigt finissait par glisser de son nez jusque ses lèvres se posant quelques instant sur son menton pour finalement retomber avec ma main sur ses épaules.

Je pouvais sentir la fragrance de son cou qui flottait autour de lui, frissonnant sous ce parfum dont je sentais toutes les effluves masculines. Comme une sorte de musc que lui seul possédait. Je n’aurais su définir cette touche sauvage qui était en ce parfum enivrant.

« Sortez-vous tout droit d’un songe d’une nuit d’été ? » demandais-je la voix basse, trop subjuguée. Inlassée de poser le regard sur lui. Je murmurais « Ai-je à présent, le droit d’avoir connaissance de votre nom ? »

Sans cela aurai-je une quelconque chance de le retrouver ? Je ne pense pas. Un nom portait toute son utilité et si je voulais l'appeler il me fallait bien un nom.

Spoiler:
 


Dernière édition par Ophélia Rosenblum le Lun 20 Aoû - 8:53, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Si la jalousie est un défaut, c'est aussi un signe de passion #Ophélia Rosenblum   Jeu 16 Aoû - 15:16

Amusons nous en cette soirée. Après tout, c’était le but de ce bal, se plonger dans une certaine décadence masquée, danser toute la nuit, flirter avec des inconnus, s’approcher de gens qu’avec tant d’hypocrisie nous pouvons dénigrer au quotidien, et cela sans la moindre honte. Ranger tous nos aprioris. Rêver l’espace d’une nuit d’un monde où tout le monde est à l’égalité. Qui avait eu cette idée ? Le roi ? Beaucoup de monde le trouvait tyrannique. Filrahen s’en fichait, tant qu’on ne le gênait pas dans ses affaires. En tout cas, l’organisateur pouvait être fier de lui, le monde affluait et surement que l’on refusait des gens à l’entrée pour ne pas surpeupler cette réception. ‘’Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt’’, et bien cela ne vaut pas que pour le réveil. Le monde appartient à ceux qui ont le pouvoir, et ceux qui savent prendre les initiatives ou les bonnes décisions le plus rapidement sont ceux qui peuvent ramasser les restes. La vie est dure. Cependant, si elle n’était pas si corsée, elle ne serait pas très drôle ne croyez-vous pas ? Un peu de challenge ne fait de mal à personne. Et voici un défi pour notre lycan, celui de retrouver ses émotions d’enfants, cet amusement perpétuel. Il était devenu trop sérieux avec les histoires de ces derniers temps, ces derniers mois. Et là, il demandait dorénavant à une inconnue de danser avec lui. Mais pas n’importe qui….

Fins traits chromés. Plaques brillantes de verre, vert. Ou serait-ce du turquoise assez clair ? Peu importe. D’autres plaques grisées, par ci. Ou alors par-là, c’est selon. Ornant l’appendice nasal, un sigle. Que signifiait-il ? Une armoirie ou, un simple symbole. Peut-être la signature d’un créateur quelconque. Pour rendre tout cela encore plus beau, ornant la plaque frontale, une pierre, un saphir jugerons nous d’un œil amateur, entouré, encerclé, de ce que l’on aurait pu appeler dorure, si seulement cela n’avait pas une teinte grisée, métallique. Pour finir, des plumes se dégagent de derrière cet artefact montrant un petit signe de richesse discret, plumes vertes se dégradant vers le foncé. Et uniquement vers le haut, contrairement à celui de Filrahen qui avait ces dernières tout autour d’un masque, moins ‘’industriel’’. Etait-ce un gout parfaitement objectif ou du à son métier, mais il n’était pas friand du verre et du métal. Néanmoins, il voyait que ces matières avaient un potentiel certain, même pour des ‘’vêtements’’ même si un masque n’était pas un habit à proprement parler. Et même si l’homme n’était pas un fan du vert, il trouvait tout de même la parure et le masque de bon gout. De toute manière, le lycan n’observait plus le masque, non, c’était fini cela. Maintenant, il dévorait ses yeux à travers les fines fentes qui permettaient de s’y perdre.

Quelle était cette impression, à la fois délicieuse et désagréable, déjà ressentie auparavant, mais ignorée à ce moment ? Pourquoi était-il empli de nostalgie, alors que jamais le lycan ne l’eut aperçu précédemment ? Oh oui, cette sensation, de proximité avec quelqu’un, de complicité accompagnée par un zeste de sensibilité et de complexité. Un mélange assez douteux qui avait créé un nectar de fraternité entre Filrahen et son jumeau. Mais pourquoi tout ceci revint à lui aussi subitement ? Quel évènement déclencheur avait mis en lui ces pensées, longtemps refoulées, voire même presque oubliées ? Elle ? Oui, surement. Ses yeux sont les mêmes, ce regard bleuté calme, l’iris azuréen cachant une attitude espiègle de temps à autre, et cette paupière batifolant dans une danse maitrisée couverte de cils soignés. Oui, c’était surement cela qui lui rappelait son frère. Quand on lui demandait ce qu’il en était, le tailleur répondait, presque convaincu par lui-même, que ce dernier était mort, comme toute sa famille. Mais la vérité était tout autre. Elle était ailleurs, loin, et il ne savait où. Ses seules connaissances étaient la première partie de sa vie, cette partie malheureuse qui se finit dans un délice de complicité, mais dans le sang et les états d’âmes, les remords et l’abandon. Oui. Filrahen n’avait eu d’autre choix. L’union de deux frères jumeaux est sacrée et fusionnelle, rien ne peut l’ébranler, rien ne peut la détruire, et les deux êtres sont liés, de la conception à la décomposition. Sauf dans le cas où nous ne sommes plus humains. Cette définition idyllique ne fonctionne plus une fois des monstres. Plus rien n’est jamais pareil quand nous en devenons un.


« Mon frère, je t’écris ces quelques mots, sûrement les derniers, sûrement la dernière fois que nous nous voyons, que nous nous parlons. Jamais plus tu ne me verras à ton chevet, à veiller sur toi. Jamais plus tu ne devras subir mais taquineries. Je sais. Cela te manquera. Je sais aussi que tu réussiras à vivre de tes propres ailes. N’essayes pas de me retrouver. Je te l’interdis mon loup. Je n’aime pas avoir recours à cela, cette emprise que j’ai sur toi, cette maîtrise qui fait de toi une marionnette, encore plus que nous le sommes. Mais tu l’as lu tout comme moi. La main mise que j’ai sur toi s’effritera avec le temps, les années, les lustres. Je sais, en lisant ce mot, le seul sentiment qui te vient est la haine, la colère, le dégout. Ou quelque chose comme cela. Je te connais très bien, nous sommes les mêmes. Je t’en conjure de trouver la libération et la paix, tu n’es soumis à plus rien, juste à la distance entre toi et moi. Apprends à contrôler ton loup, et construis toi une vie dans la paix, avec une femme, un métier, des enfants… Une petite famille qui te comblera. Petit à petit, nous nous oublierons. Je l’espère. C’est pourquoi, c’est avec une tristesse sûre, une peine certaine, que je te dis ces quelques mots. Merci pour tout. Je t’aime mon frère, Grimmpow. Prends soin de toi. »

Ces mots étaient une véritable claque à ses pensées, des mots dures et doux, sincères, poignant, mais encore plus douloureux qu’un coup de couteau. Où était-il maintenant, actuellement ? Jamais il ne s’était posé la question. Jusqu’alors. Comment arrivait-elle à faire ressurgir ces choses-là d’un simple regard ? Non, ce n’était pas sa faute. La jeune femme n’y pouvait rien. Elle ne pouvait pas le savoir. Cela ne pouvait être volontaire. Alors qu’il se perdait sans une réaction sur son faciès, alors que ses pensées se percutaient les unes aux autres dans un joyeux chahut, se mêlaient ensemble et, finalement, feraient un formidable sac de nœud qui fournirait une bien belle migraine, alors que tout ça le tourmentait, elle sut de quelques mots le faire revenir sur terre. Retombant sur un sol bien plus meuble, celui de la réalité, il écouta ses douces vibrations vocales, faisant le vide du bruit ambiant, buvant ses paroles. Son timbre était doux, et Filrahen sourit. La demoiselle masquée acceptait sa demande, le taquinant au passage. Oui, il était plus que sûr maintenant. Elle devait l’être aussi pour accompagner un inconnu comme lui.

Avançant donc sur la piste, dans un couloir de personne qui leur semblait dédié, s’arrêtant finalement dans une zone libre, telle une clairière. Se tournant face à elle, il se positionna le plus naturellement possible, un peu étonné par lui-même. Ses mains s’aventuraient rarement aussi facilement au contact d’une femme de cette manière. A part pour resserrer le corset de clientes, il avait peu de contacts physiques avec des femmes pour être honnête. Son gant gauche glissa le long de son dos jusqu’en bas de son corset, l’autre gant noir et fermant sur celui de la jeune femme. Il baissa son regard vers elle, alors que l’orchestre débutait une nouvelle musique. Le synchronisme était parfait. Elle posa une question, avant que la danse ne débute. Puis, sur les airs de violon, de piano et de harpe, et surement d’autres instruments dont Filrahen n’avait jamais entendu la sonorité, le lycan débuta et entraina la demoiselle dans la danse. Se déplaçant un peu sur les côtés, tournant doucement, le rythme était assez doux. Tout comme la voix que le tailleur emprunta pour lui répondre, la regardant encore, droit vers les fentes de son masque de verre et de métal :


« Je ne sais pas vraiment pourquoi je suis venu, une personne m’a parlé de ce bal et j’ai trouvé que l’idée pourrait être amusante. Mais au final, je suis plutôt un observateur. Du moins, je l’étais jusqu’à venir vous proposer cette danse. Vous me voyez d’ailleurs ravi d’avoir accepté. Et vous-même, qu’est-ce qui vous a poussé à venir jusqu’ici ? »

Filrahen sourit, continuant la danse, concentré sur ses pas et sur ses placements. Il essayait de jouer le jeu de la soirée, cachant son identité, préférant cacher les mots ‘’clientes’’ de son vocabulaire. Il fallait se faire vague ce soir, et c’était assez excitant, cette sensation de secret à garder. Ce sentiment énigmatique et mystérieux qui entourait l’aura de chaque personne. Alors que ses jambes et celles de sa partenaire tentait de suivre une maladroite coordination, le lycan ne voyait plus qu’elle, n’entendait plus que la musique. Plus personne n’était autour d’eux, il se sentait comme dans une bulle. Il était rare qu’il s’évertue à danser de cette manière. En passant aux invités autour d’eux, il eut la faible idée que certains n’allaient surement pas jouer le jeu et révéler leur identité. C’était idiot. Il était inutile de venir dans ce cas-là. Faible ? Oui, car en une brise musicale, cette pensée disparut, se concentrant de nouveau, sur elle, la danse, et la musique. Alors que sa main gauche quittait de temps à autre son dos, le temps d’une petite rotation ou le temps d’une extension de bras droite, son gant droit restait fermement contre celui de la demoiselle. Il ne voulait plus quitter son contact. Il était envouté par son fin visage, et évidemment, par ses yeux. La musique ralentit, puis se tue, finissant l’un proche de l’autre. Ne bougeant pas, ses deux mains à leur place, il soupira un instant avant de dire avec un grand sourire, se reculant légèrement sans pour autant la lâcher :

« Voilà. La musique est terminée. Ce fut un magnifique moment d’être en votre compagnie, et, pardonnez-moi d’avance, mais puis je rester en votre délicieuse compagnie ? Pour une nouvelle danse, un passage pour s’abreuver, pour aller discuter, peu m’importe. »

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Nu. Son visage n’était plus habillé par cet artefact. Le masque –ainsi faut-il appeler le responsable- avait été un outil singulier de rencontre, un accessoire obligatoire pour la soirée et très appréciable. Mais plus le temps passait, et plus il devenait l’ennemi de l’un et de l’autre. Le désir –non pas de la chair- montait, les pupilles désirant savourer encore plus le visage de notre, ou nos pour les plus présomptueux, partenaire de soirée. Maintenant c’était fait. Là, devant elle, libre de tout masque. Pour la première fois de la soirée, il quitta ses yeux pour observer autre chose, tout ce qui était aux alentours. Descendant le long du boulevard, fin et droit, que formait son nez, son regard déboucha sur des lèvres, qu’il pouvait déjà observer avant car le masque n’était pas intégral. Cependant, elles n’avaient pas la même signification, cette fois ci. Suivant une petite déviation en passant sur ses joues, et remontant sur ses pommettes, Filrahen découvrait avec stupeur les délices de la perfection. Ses yeux continuèrent de monter inexorable pour observer maintenant, à la place de la pierre bleutée, un front lui aussi exempt de tout défaut. Les longues plumes maintenant disparues, laissaient la perception faire son travail, laissant découvrir les cheveux de la femme.

A peine eut-il ouï les vibrations de sa voix retentirent qu’il suivit les mouvements de ses lèvres. Et ses mots. Elle le trouvait beau. Sous ce compliment, qu’il n’eut que rarement entendu, des légères rougeurs tintèrent sa peau. Le tailleur, déconcerté, n’eut pas le temps de réprimer une réciproque, si vraie pourtant. Une des mains gantées de la noble –point qu’il ne connaissait pas- se posa sur sa peau. Son cœur tapa d’un coup contre ses cotes. Pourquoi s’affolait-il celui-ci ? Pour le lycan, ses battements lui donnaient l’impression de jouer d’un instrument à percussion, et qu’elle pourrait l’entendre. Evidemment, cela ne se pouvait, et quand bien même, elle était bien trop occupée pour y faire attention. Louchant sur cette main gantée qui palpait chaque centimètre de sa peau, il sentait derrière ses doigts sa chaire bruler. Non pas de douleur. Mais qu’était ce ? Peu importe, c’était en tout cas agréable. Puis, ses douces caresses partirent. Finissant sur son épaule.

Relevant son faciès vers le sien, il écouta, but même, ses paroles. Qu’il était bon, d’entendre des choses pareilles. Mais voilà que ses pensées de début de soirée s’ébranlèrent, son propre principe de confidentialité pour ce soir se brisant face à juste un coup de cil, un de ses battements de paupière. Hésitant, le souffle lent, mais le rythme cardiaque brûlant. Sa bouche s’ouvrit lentement, il se devait de répondre à sa question. Ses questions. Même si la première était plus que certainement rhétorique, il voulait, lui aussi, la complimenter. A sa manière.


« Sachez que si nous sommes dans un rêve, je ne voudrais pas le quitter, pour rien au monde. Votre compagnie est la plus douce que j’ai pu avoir depuis un bon moment… Mon nom est Filrahen Coral, humble tailleur de vêtements de luxe en notre beau Paris » Ce dernier se rendit alors compte qu’il aura pu se contenter de son nom, mais l’habitude avait la vie dure. Il continua néanmoins. « Votre visage m’interpelle aussi je dois dire… il est… hum. Parfait. Vous êtes vraiment très jolie, et je pèse mes mots. »

Le tailleur l’attira vers le canapé qui se trouvait dans la pièce, gardant cette même promiscuité entre eux, refusant de la laisser partir. Indirectement, évidemment. Mais il dut la lâcher pour s’asseoir. Ses mains avaient glissé le long de ce petit corps humain, si fragile… il croisait alors les bras, maintenant assis sur le coussin moelleux du fauteuil à deux places. Il la regardait, et brulait d’envie de la reprendre dans ses bras, désireux aussi de gouter à ses lèvres. Brulant d’envie qu’il réprimait, tenant toujours sa légendaire bienséance aux aguets. Si bien que pour tenter de se tenir en laisse, de tenir face à une femme aussi charmante qu’elle, le lycan parcourut des yeux la salle plutôt que l’observer, elle. Il dit alors en même temps :

« Et. Hum. Comment vous prénommez vous, belle demoiselle ? »

Il finit sa phrase en reportant son regard sur elle. Tel un aimant, Filrahen y revenait toujours. C’est finalement son corps qu’il examina, pour la première fois de la soirée. Il n’aimait pas forcément la couleur verte, mais il fallait dire qu’elle la portait bien, et que la robe était parfaitement bien taillée. Un concurrent qu’il faudrait surveiller de près, mais là n’était pas le sujet, non. En réalité, il n’y avait rien de particulier en tête, son regard roulait le long de ses formes sans vraiment y faire attention, il était encore dans une petite bulle, il n’y avait qu’eux deux dans cette salle, et c’était vraie. Son corps palpitait de nouveau, et il se laissa porter par son instinct, même si là encore la bienséance qu’il s’était éduqué durant tout son temps à Paris reprit le dessus et il ne fit que s’approcher un petit peu, plongé, hypnotisé, dans ses iris. Bleus.
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