C’est une magnifique journée. Les rayons du soleil offrent une chaleur délectable, mais n’oppressent personne. En quête de calme, je me suis retrouvée ici, instinctivement. J’ai croisé bon nombre de personnes. Des enfants riants aux éclats, des adultes en pleine conversation…Des personnes âgées se promener, en quête d’un peu d’air frais et de changements, aussi. J’ai croisés leurs regards. Des yeux pétillants, pleins de vies. Des regards tantôt inquiets, tantôt rassurés. Des regards fatigués. Le regard est le reflet de l’âme, il parait. Je n’ai pas croisé une âme similaire à la mienne, pas une seule. Ils sont tous concentrés sur leurs présents, leurs avenirs, je peux aisément le comprendre rien qu’en les regardant dans les yeux. Moi, aujourd’hui, j’ai fait le choix de me souvenir, dans ce lieu calme ou personne ne viendra m’interrompre, en cette journée ensoleillée.
Quel âge avais-je, à l’époque ou remonte le premier souvenir que j’ai de toi ? En ce temps tu représentais tout. Une perfection. Un modèle à suivre, un but à atteindre. Une indescriptible source d’un bonheur innocent qui attirait le petit papillon que j’étais dans des flammes d’une chaleur bienfaitrice. Auprès de toi je savais que je ne me brûlerais pas les ailes. Même au-delà de ça…Je savais que le moindre de mes maux prendrais fin en ta compagnie. Mais on ne peut expliquer les effets de ce lien qui nous unissait toi et moi ; aucune de nous n’en aurait été capable. Parce que notre relation n’a jamais été exprimée…Elle s’est tout simplement toujours vécue. Les joies…comme les peines, n’est-ce pas ?
Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait, ce qui nous arrivait. Du jour au lendemain tu avais disparu, tout était comme si tu n’avais jamais existé. Et ma vie sans toi a commencé…Jour après jour, je me suis demandé ce que tu étais devenu, pourquoi tu étais parti…Pourquoi tu m’avais abandonné de la sorte. Ta présence m’a manqué, vraiment manqué. J’ai souffert de ne pas t’avoir près de moi toutes ces années, tu sais. Pourtant je n’ai jamais pu t’en vouloir pour ça…Je tenais trop à toi pour te tenir rigueur de ne plus vouloir rester avec un être tel que moi…Je suppose. Mais le plus douloureux ne fût pas les premiers instants de ma vie sans toi, je me dois de te le confesser en ce jour…
Le plus douloureux fût lorsque j’ai osé prononcer ton nom devant lui…Si tu savais combien j’ai eu peur ce jour-là. J’aurais aimé t’avoir à mes côtés plus que jamais…J’ai eu beau te supplier de venir, ce jour-là…Tu n’étais pas là. Tu n’es jamais venu. Je refusais de croire en toute ces horribles paroles qu’on m’envoyait au visage de la sorte…Je crois que cet ignoble individu aurait tout aussi bien pu m’envoyer quelconque objet en plein visage…J’aurais moins souffert qu’en entendant ces horribles paroles que je savais fausses, encore et encore. Il me disait que tu n’avais jamais existé…Comment aurais-je pu croire un seul instant à ces menteries ? Toi et moi ce que nous avons vécu…C’était unique et je ne pouvais le renier. Mensonges, ce n’était que des mensonges…Pourtant ils m’ont fait mal…tellement mal.
J’ai eu peur de ne jamais être autorisée ou capable te voir à nouveau, j’admets que je n’ai pas vraiment cerné le problème à l’époque. Puis les années ont défilées…Sans toi. J’ai ris sans toi. Pleuré sans toi…Vécu sans toi. Et j’ai fini par comprendre que rien de tout ça n’était de ta faute, ni même de la mienne. C’était cet homme, le véritable coupable de notre séparation. Je ne l’ai jamais compris…Mais n’ai jamais eu envie de le comprendre. Il m’avait privé d’une personne bien trop importante pour que je puisse tenir à lui. Alors je l’ai hais. Pour toi. Pour nous. Comme tu devais certainement le faire, toi aussi, où que tu sois.
Je voulais que cette horrible séparation prenne fin. De plus en plus alors que les années passaient. Une vie sans toi n’en était pas vraiment une. Ce manque…Rien ni personne n’aurais jamais su le combler. Et même s’il nous arrivait de nous voir en cachette, de façon rare mais tout de même non négligeable, je ne parvenais pas à m’en contenter. Est-ce que je suis égoïste ? J’aurais voulu profiter davantage de toi, de ta présence si…essentielle.
Je n’ai jamais été aussi heureuse que le jour où cela a enfin été possible. J’étais mal, tellement mal…Et avoir ce loisir d’être de nouveau avec toi…Plus que nous n’avions jamais pu l’être…C’en était presque un rêve éveillé. Comme si toutes ces années de séparation n’avaient jamais existées…Nous nous sommes comme retrouvés. Inséparables comme j’avais toujours voulu l’être avec toi. J’ignore ce qu’aurais pu devenir ma vie sans toi, en ces instants de plus en plus douloureux. De nouveau j’ai apprécié la vie que je menais, malgré les mauvais moments…Car tu étais là pour m’aider à y faire face. Quand j’y pense, jamais nous n’avons pu être si proches, toi et moi.
Pourtant tout a pris fin une seconde fois. Une nouvelle fois tu as disparut. Une nouvelle fois tu m’as laissé seule. Une nouvelle fois je n’ai pas pu t’en vouloir. Une nouvelle fois, rien de tout ceci n’a été de ta faute. Et tout n’en a été que plus douloureux.
Aujourd’hui, j’ai fait le choix de me souvenir de chaque parcelle de passé, de chaque souvenir que j’ai avec toi. Parce que je n’ai plus que mes souvenirs désormais. Consciente de cela, je m’accroupis face au monument qui me rends si nostalgique. J’en contemple les moindres détails, tente d’y trouver un défaut mais ne peut rester que froidement fasciné par sa perfection. Et dans un geste désespéré, je tends le bras vers l’avant. Et du bout de doigts, je viens doucement caresser le marbre. J’ai beau prier pour que la main passe au travers, ou pour que cette pierre disparaisse, pour que quelque chose, n’importe quoi, me prouve que rien de tout cela n’est vrai. Mais je ne peux me rendre compte qu’à une évidence bien trop douloureuse pour moi.
Il pleut…Pourtant le soleil est haut dans le Ciel. Je ne comprends pas…
Tu me manques tellement…Grande sœur.