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 Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?

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MessageSujet: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Dim 27 Nov - 14:25

Aux abords de onze heures, une jeune femme patientait assise à une table, une chaude tasse entre les mains, le regard tourné vers Notre-Dame qu’elle apercevait de l’autre côté de la Seine. La jeune femme était vêtue bien banalement par rapport à son statut de noble, ses longs cheveux blonds étaient lâchés sur ses épaules et sa robe était assez simple contrastant avec son visage aux teintes parfaites. Nulles décorations n’ornaient son cou fin mis à part un petit médaillon ovale pourtant, cela ne faisait que mettre davantage en valeur sa beauté naturelle. La jeune femme caressait vaguement son médaillon, l’esprit ailleurs et telle qu’on pouvait la voir, ombre pâle seule à une table, certains auraient put penser à une illusion. Pourtant elle était réelle. Elle se nommait Estelle Antoweif et elle attendait. Quoi ou plutôt qui, d’ailleurs ? Elle-même l’ignorait. Ou plutôt, elle savait qu’elle devait attendre ici un homme, un parfait inconnu qui devait la protéger. Son nom ? C’était la seule chose qu’elle connaissait de lui, Corteo Gallieri, un mercenaire que sa tante avait engagé afin de la protégée lors d’une mission. Estelle soupira. La journée avait pourtant si bien commencée !

Elle s’était réveillée dans son appartement vers 9 heures après une longue nuit de sommeil réparateur. Après qu’on l’ait habillée et lavée, elle avait commencé à regarder son courrier. La plupart des lettres qu’elle recevait n’étaient que des invitations ou des lettres de moindre importance aussi elle les tria avec l’intention de les regardées attentivement plus tard. Elle en était encore à là de son programme lorsqu’une belle enveloppe de papier clair retint son attention. A première vue, celle-ci semblait banale avec son cachet de cire et sa belle encre pâle, pourtant, Estelle avait reconnu la belle écriture qui l’ornait. Une seule personne écrivait ainsi avec de l’encre violette et elle était censée se trouver à l’autre bout du pays et surtout celle-ci n'était pas censée lui envoyer de lettres puisqu'elle devait revenir trois jours plus tard. Une sourde angoisse fit tressaillir l'infant. Etait-il possible qu'il soit arrivé quelque chose à la femme qui l'élevait depuis maintenant cinq années ? Elle ne voulut même pas s’attarder sur cette pensée.

Fronçant les sourcils, elle l’ouvrit et la lut attentivement. Comme elle s’en doutait, la personne qui l’avait écrit était sa tante. La lettre n’était, en somme que de simples lignes, de celles que lui envoyaient souvent sa tante, des nouvelles de ses amis ou des descriptions de lieux où elle voyageait et elle avait cru en instant avoir eu tord de s’inquiéter, pourtant, les derniers mots de la missive retinrent son regard. En effet ceux-ci tranchaient étrangement avec le reste de la lettre. Voilà ce qu’il en était :

[…] J’avoue cependant ma chère nièce m’inquiéter de divers incidents que m’ont rapporté des amis. En effet, il semblerait que quelqu’un ait commis certains crimes dans la capitale et j’aimerais que tu voies discrètement ce qu’il en est avant que Paris tout entier en soit informé et que le chaos s'y installe. Je te confierais cependant mes craintes concernant cette mission que je te donne aussi promptement bien que je respecte tes qualités aussi, je te confierais à un garde du corps que certains amis m’ont conseillé le temps de ton enquête. Je t’envoie mes meilleurs vœux pour cette tache et ne peux que souhaiter ta réussite la plus complète en cette entreprise.

Bien à toi,

Lorena.


Elle avait alors retournée la lettre où était inscrit le lieu où elle devait rencontrer cet homme qu'on lui désignait comme garde du corps et en avait pris connaissance. Elle s’était ensuite tournée vers une domestique qui attendait patiemment ses instructions et lui avait demandée une de ses robes, plus précisément la robe rouge simple qui lui permettait bien souvent de sortir du château dans la plus grande discrétion. Quelques heures plus tard, elle avait franchi le grand portail de la demeure royale et s'enfonçait dans Paris à la rencontre de son garde du corps. Elle avait camouflé ses longs cheveux d’argent sous une perruque blonde et avait revêtu un manteau sombre tel qu’en portaient les habitants de la ville lumière. Personne n’aurait pu la reconnaitre ainsi vétue sauf peut-être sa tante et encore rien n’était moins sur, après tout, qui oserait imaginer que la jeune marquise Antoweif se mêlerait à la population ?

Selon la lettre, le rendez-vous se situerait à l’auberge où son mystérieux garde du corps résidait. La table bleue. Le post-scriptum de sa tante lui revint soudain en mémoire alors qu’elle marchait sur les quais de la Seine d’où elle pouvait apercevoir la cathédrale. De quoi Lorena avait-elle parlé ? De lycan ? C’était, d’après ce qu’elle en savait un mot servant à désigner les lycanthropes, les loups-garous. Lorena lui avait clairement signifié que son garde du corps n’était pas humain. Inutile de dire que la curiosité de la jeune marquise en avait été piquée. Bien qu’en théorie elle connaisse cette espèce, elle n’en avait jamais encore rencontré de membres. Ceux-ci n’étant pas connus pour leur bienveillance à l’égard des vampires mais, elle le savait bien, aussi bien que les vampires pouvaient apprécier les lycans, ces derniers pouvaient tout aussi bien apprécier les vampires.

L’auberge était un fier bâtiment de solides briques rouges et, elle se devait bien de l’avouer, semblait être un établissement bien plus que convenable même s’il n’était pas à la hauteur des appartements privés du palais et y vivre était sans doute assez agréable. Elle franchit calmement la porte dissimulant son port commun à tous les nobles et se dirigea vers l’homme qui semblait accueillir les pensionnaires et déclara désirer s’entretenir avec un certain Corteo Gallieri. C’était du moins le nom que sa tante lui avait donné dans sa lettre bien qu’elle ignora s’il était vrai. Le petit homme qu’elle dépassait d’une bonne demi-tête lui assura qu’il s’en occupait aussitôt et la pria de patienter dans le petit salon. Au regard qu’il lui jeta, elle comprit qu’il se demandait surement qu’elles étaient ses relations avec le dit Corteo. Bien évidemment, il ignorait qui elle était et ne discernait pas d’autres raisons à la venue d’une femme cherchant un homme célibataire dans une auberge. Elle attendit calmement qu’il disparaisse puis se dirigea vers une petite table.

Depuis cela, elle attendait le retour du bonhomme avec, elle l’espérait, l’homme avec lequel elle devait trouver l’assassin. Elle avait eu le temps de commander toutes sortes de thé et elle en était déjà à sa neuvième tasse lorsqu’enfin une personne descendit. C’était lui. Il ressemblait précisément à la description que sa tante lui en avait faite. C’était un bel homme, grand et qui ne semblait avoir d’autres armes apparentes que la fine lame qui pendait à ses côtés, mais elle était bien placée pour savoir que les apparences étaient souvent trompeuses et elle était prête à parier que l’homme qu’elle observait conservait bien d’autres armes dans ses manches toutes prêtes à surgir aussi vite que la foudre. Elle attendit que le gérant de l'auberge qui était semble t-il bien curieux s'en aille et d’un discret signe de la main, elle l’invita à s’assoir et le salua.

-Monsieur Gallieri, n'est-ce pas ? Je suis enchantée de vous rencontrer. Je suis Estelle Antoweif.

Une fois la tasse de thé terminée, ils se mettraient en chasse. Ils partiraient à la chasse à l'assassin.

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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Lun 28 Nov - 0:24

Corteo Gallieri, beau et ténébreux mercenaire Italien dans la fleur de l'âge... deux-cent-ans tout au plus... avait passé sa matinée à entretenir ses nombreuses armes, enfermé dans sa chambre à La Table Bleue, au coin d'un bon feu. La pièce était spacieuse, et Notre Dame dressait ses tours de l'autre côté de la fenêtre et du fleuve.

Il avait disposé toutes ses armes sur la table en bois, trônant au milieu de la pièce jouxtant la chambre à coucher : Une paire d'élégants pistolets d'arçon à un coup, un mousquet à mèche allemand, un magnifique pistolet à rouet au fût incrusté de cuivre et de nacre, qu'un baron Suisse lui avait offert... Et pour ce qui était des armes blanches, un superbe cimeterre Indien qu'il avait trouvé sur un soldat arabe à Jérusalem, cinquante ans plus tôt, deux poignards, une dague de main gauche espagnole, et bien sûr, sa fidèle rapière Milanaise qui ne le quittait pas depuis plus de cent ans.

Oui, c'était un bel arsenal que le mercenaire avait à sa disposition. Et encore, il y en avait encore d'autres dans le caveau au cimetière, qu'il utilisait comme coffre fort. Non seulement guerrier et farouche combattant, Corteo aimait aussi collectionner ces armes, qu'il connaissait si bien, et dont il admirait les courbes élégantes comme de véritables œuvres d'art... Des œuvres d'art octroyant à leur porteur le pouvoir de vie et de mort sur son prochain. Au dessus du feu de la cheminée, suspendu à la crémaillère, du plomb fondait dans une petite coupelle en fonte, prêt à être versé dans un petit moule pour être transformé en balles mortelles. Pendant ce temps, se balançant sur sa chaise, les pieds sur la table, Corteo nettoyait consciencieusement chacun de ses "outils de travail" en sifflotant des mélodies populaires de son Italie natale, un verre d'un délicieux vin de Toscane à portée de main. Bien que féru d'action et d'aventure, le mercenaire appréciait ces moments simples et paisibles.

Cela faisait trois semaines qu'il était à Paris, une ville qui avait bien changé depuis qu'il l'avait quitté un siècle plus tôt. La cité était en pleine effervescence, on y venait des quatre coins de France et des pays voisins. Dans les quartiers des prostituées, on entendait aussi bien parler français qu'anglais, italien ou allemand. Et surtout, la ville n'attirait pas que ces frêles et éphémères humains. Par deux fois, Corteo avait sentit la proximité d'autres immortels, et avait même eu l'occasion de converser paisiblement avec une vampire, pour la première fois de sa vie : la jeune Marquise Lizbeth Valentyne, qui lui avait fait forte impression.

C'est étrangement alors qu'il pensait à elle que son instinct animal se réveilla, le prévenant de quelque chose d'anormal. Il arrêta ce qu'il était en train de faire et se leva, tous les sens en alerte. Il huma l'air, chargé des odeurs de la ville et de ses habitants. Il repéra bien vite cette subtile odeur, suave, de sang et de mort mêlé à un doux parfum féminin. L'odeur d'une vampire. Pendant un instant, il se demanda si cette Lizbeth Valentyne venait lui rendre visite, mais cette odeur n'était pas la sienne...

S'approchant avec précaution de la fenêtre, il risqua un œil à l'extérieur, en bas dans la rue. Il repéra sans mal la belle jeune femme qui marchait sur les pavés, vêtue simplement, mais dont l'attitude trahissait l'habitude de porter des robes plus sophistiquées. Et bien sûr, la grâce éthérée de son visage, une grâce que tout humain dirait héritée des anges, mais que tout immortel reconnaissait comme étant celle d'un être de la Nuit.

La jeune femme disparu de son champ de vision, alors qu'elle entrait dans le bâtiment. Pas de doute, elle était là pour lui. Que lui voulait-elle ? Etait-ce une amie de Lizbeth ? Ou bien une de ses vampires haïssant les lycans, qui avait repéré son logis et venait s'en prendre à lui, lui signifier qu'il était de trop en ville ?

Corteo devinait qu'en cas de conflit, il aurait largement le dessus sur elle, mais comme lors de sa rencontre avec Lizbeth, il préféra rester sur ses gardes. Et le fait qu'elle vienne dans son antre, si jamais ses intentions n'étaient pas amicales, n'était pas bon signe. Peut-être avait-elle des alliés dans les environs, prêts à lui venir en aide si jamais le lycan s’avérait trop coriace ? Préférant faire montre de prudence, il s'empara de sa rapière et glissa un pistolet dans sa ceinture, caché par sa veste. Puis il gagna la chambre, ouvrit la porte-fenêtre donnant sur un petit balcon à l'arrière du bâtiment, et de là, à l'abri des regards, bondit sur le toit de l'auberge avec une agilité et une rapidité qui n'avaient rien d'humain. Ensuite, il sauta sur le toit du bâtiment voisin, depuis lequel il avait une vue sur les fenêtres du rez-de-chaussée de la Table Bleue, là où se trouvait la salle commune. Allongé sur les tuiles, il scruta l'intérieur et repéra la vampire.

Elle discutait avec le tavernier, qui se dirigea ensuite vers l'escalier tandis qu'elle gagnait une table près d'une fenêtre. A n'en pas douter, elle l'avait envoyé chercher. Le tavernier savait qu'il était sensé être dans sa chambre, et frapperait à sa porte le temps qu'il faudrait pour qu'il lui ouvre, s'imaginant sans doute que l'Italien était encore blottit dans les bras de Morphée. Eh bien qu'il frappe...

Corteo resta un long moment sur ce toit, observant la visiteuse. Il devina qu'elle portait un déguisement, et la grâce de ses gestes lui confirmait qu'elle devait avoir une ascendance bien plus élevée que ce qu'elle voulait le faire croire. D'après ce qu'il pouvait en juger, et ce que lui rapportait son propre instinct, elle n'avait pas l'air agressive. Quand, de l'autre côté de la Seine, les cloches de Notre Dame marquèrent la onzième heure de la matinée, et que l'inconnue buvait sa neuvième tasse, faisant preuve d'une grande patience, il se décida à regagner sa chambre, empruntant le chemin qu'il avait emprunté plus tôt. Il ouvrit vivement la porte à l'aubergiste, qui sursauta.

"Ah, et bien, Monsieur, le moins que l'on puisse dire, c'est que quand vous dormez, vous ne faites pas les choses à moitié. Il y a en bas une jeune femme qui souhaite vous voir. Dois-je lui dire de s'en aller..."

Le pauvre homme s'interrompit en voyant, par dessus l'épaule de l'Italien, l'arsenal qui jonchait la table derrière lui.

"Grazie, amico mio. Je m'en occupe..." répondit Corteo, sans prêter attention aux regards anxieux de l'aubergiste.

Il descendit les escaliers, puis entra dans la salle commune. Sans hésiter, il se dirigea vers la table où la vampire l'attendait, l'aubergiste sur les talons.

"Du thé", commanda-t-il à ce dernier, plus pour avoir la paix que par réelle envie.

Puis il s'approcha et salua l'inconnue d'une discrète mais élégante révérence. Puisqu'elle souhaitait apparemment demeurer incognito, inutile d'en faire des tonnes.

-Monsieur Gallieri, n'est-ce pas ? Je suis enchantée de vous rencontrer. Je suis Estelle Antoweif.

D'un geste de la main, elle l'invita à la rejoindre.

"Lieta di conoscervi, Signora Antoweif. Oui c'est bien moi. Pardonnez ma surprise, j'ai cru comprendre que vous souhaitiez me parler ?" demanda-t-il prudemment en s'installant face à elle, gardant sa main sur sa hanche, près de la poignée de sa rapière.
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Lun 28 Nov - 19:21

Estelle détailla l’individu qui avait semble t-il comprit son invitation muette et l’avait rejointe. Elle approuva la légère révérence, élégante malgré sa discrétion. Ainsi, l’homme avait compris son appartenance à la noblesse. Cela l’arrangeait. Son regard descendit plus bas et elle nota la main de l’homme près de sa rapière. Il semblerait qu’il se méfiait d’elle. Voilà qui était assez fâcheux. Elle se devait de dissiper au plus vite les malentendus, après tout, avoir comme garde du corps un homme qui se méfie de vous n’est guère recommandé. Elle s’apprêtait à prendre la parole lorsqu’il la devança :

-Lieta di conoscervi, Signora Antoweif. Oui c'est bien moi. Pardonnez ma surprise, j'ai cru comprendre que vous souhaitiez me parler ?

De l’italien. La jeune femme avait aussitôt reconnu la langue maternelle qu’elle avait tant utilisée dans son enfance. Un détail la fit tressaillir. Cet homme venait il bien de lui demander la raison de sa visite ? Un soupçon de colère parfaitement maitrisé traversa ses yeux pâles. Etait-il possible que Lorena n’est pas prévenu cet homme de la mission qu’elle désirait lui confier ? Estelle n’était même pas sure que ce fut une erreur d’inattention de la part de sa tante. Cela ne l’étonnerait aucunement que Lorena ait manigancé, certes pas tout, elle en était incapable, mais sans doute la rencontre avec l’homme. Sa tante avait sans doute dû penser qu’il serait intéressant pour elle de savoir comment réagir face à une telle situation. Elle n’oublierait pas de le faire remarquer à sa tante, de cela elle pouvait être certaine.

Elle ramena son regard vers l’homme, songeuse. Comment expliquer à quiconque qu’il devait servir de garde du corps à une marquise en mission ? Qui plus est dans une affaire de meurtres ? Sa tante lui avait envoyé les copies du rapport des policiers qui avaient été chargés de résoudre cette enquête. Ceux-ci n’étaient guère glorieux et leur lecture l’avait convaincue de ne pas manger de la matinée. Des nausées la prirent à l’évocation des documents et elle ne put s’empêcher d’y penser.

« La victime se prénommait Angela Emilie Groens non mariée et humble bouquetière de son état. Le cadavre a été retrouvé découpé et cisaillé partout où on aurait pu voir de la chair au fond d’une impasse des bas-quartiers de la ville. Selon l’état dans lequel se trouvait la femme, nous pouvons supposer qu’elle a été violée mais le corps est en trop mauvais état pour qu’on puisse précisément trouver une réponse qu’elle quelle soit. Nous n’avons pu la reconnaître que grâce à une gourmette pendue à ce qui lui restait de poigné ce qui exclut par là l’hypothèse du vol. Il s’agit de la sixième victime en un mois. Aucuns suspects n’a été appréandé. Les victimes n’avaient rien en commun. Nous dénombrons aujourd’hui quatre femmes, un homme et un jeune garçon, tous de milieux et quartiers différents. »

Le rapport se poursuivait ainsi sur trois pages avec des descriptions détaillées de toutes les victimes et Estelle aurait sans doute rendu tout son repas si elle s’était nourrie. La police lui avait fait une liste des suspects potentiels longue d’une quinzaine de noms que sa tante avait auparavant raccourcie d’une dizaine de nom. Selon elle, le coupable n’était pas humain et dans la police, son jugement était assez respecté pour qu’on lui obéisse sans discuter. Son regard revint à l’homme. Mieux valait lui expliquer dès maintenant ce qu’elle attendait de lui. Elle maugréa silencieusement une fois de plus contre sa tante qui la testait encore contre son avis et prit la parole :

-Signor Gallieri, je suppose que vous n’avez jamais entendu parler d’une certaine Marquise Lorena ? Qu’importe, cela n’est pas important. Je souhaitais vous voir, signor, au sujet d’une certaine mission qui m’a été confiée. J’irais droit au but. Paris subit actuellement une vague de crime. Rien de très banal jusqu’ici, les grandes villes ont toujours étaient la proie de criminels. La différence est qu’ici le criminel n’est pas…comme ce chère aubergiste qui est allé vous chercher à ma demande. Cette personne est dangereuse, incontrôlable, imprévisible. Très honnêtement, je préférerais me trouver sur mon divan à lire un livre plutôt qu’ici, pourtant, j’ai choisi de venir ici. Ce meurtrier mutile ses corps. Il ne les caches pas, il ne prend même pas cette peine et il ne choisit même pas ses victimes. Il a tué un enfant. Ma tante –cette femme dont je vous ais parlé plus tôt- m’a chargé de résoudre cette affaire au plus vite avant qu’elle ne s’intensifie. Elle m’a aussi demandé d’aller vous voir, d’où ma surprise face à votre ignorance de la situation. Certains de ses amis l’ont conseillé de vous demander, face à ses inquiétudes concernant ma sécurité, de me protéger. Je ne puis vous en dire plus car j’avoue moi-même n’avoir connaissance de cette affaire que depuis quelques heures.

Elle se tut. Il n’y avait rien d’autre à rajouter. C’était ce moment où elle savait si elle s’était trompée en formulant sa demande où si au contraire, elle avait réussi à expliquer à cet homme la situation. Instant critique qui fut rompu par un petit homme rondelet qui apportait une tasse de thé. La marquise fronça les sourcils, elle n’avait pas commandé d’autres tasses et elle n’avait même pas fini sa neuvième tasse. Elle vit étonnée l’homme s’arrêter à leur table et déposer devant son interlocuteur la tasse fumante. Elle le regarda surprise. Rare étaient les hommes qui appréciaient le thé et elle aurait plutôt crut, au vu de la carrure de son interlocuteur, qu’il serait plutôt le genre de personnes à boire de l’alcool fort et brut, le genre d’alcool qui la faisait au bout d’un verre se sentir gaie et heureuse, le genre d’alcool qu’elle détestait. Quelle surprise ! Ainsi il existait certaines personnes en ce monde qui ne jurait pas que par l’alcool et savaient encore apprécier le modeste breuvage ? Elle ne put retenir l’interrogation qui lui brûlait les lèvres :

-Permettez-moi d’exprimer mon étonnement face à votre commande, de nos jours, rares sont les hommes qui boivent du thé et encore moins ceux qui apprécient ce breuvage.

Détaillant l’homme qui lui faisait face, décidemment plein de surprises, elle repoussa une mèche de sa perruque derrière sa nuque. Tout comptes fait, s’était elle trompée ? Si c’était le cas, sa détermination à arrêter l’assassin ne flancherait pas et c’est des yeux remplis de volonté qu’elle plongea dans les yeux de l’italien.
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Ven 2 Déc - 0:14

Silencieux, ses yeux d'azur posés sur la jeune femme, scrutant les moindres petites expressions sur son visage qui pourraient trahir ses pensées, Corteo écouta attentivement son récit. Le fait qu'il ne soit pas au courant de sa visite semblait la mécontenter. Mais non, l'Italien n'avait reçu aucune demande de ce type. Marquise Lorena ? Oui... Oui, ce nom sonnait familièrement aux oreilles du mercenaire, un nom émergeant vaguement des brumes de lointains souvenirs... Il avait jadis travaillé comme agent au nom d'une Marquise Lorena, mais ne l'avait pas rencontrée en personne. Ainsi, c'était pour sa nièce qu'on lui demandait de prendre les armes désormais ?

Les yeux de l'Italien brillèrent d'intérêt et d'excitation en écoutant évoquer ce mystérieux meurtrier surnaturel, et la perspective d'une mission de protection qui, éventuellement, l'amènerait peut-être à croiser la route d'un tel adversaire. Voilà qui pourrait être fort divertissant. Et de plus, lui donnerait l'occasion de côtoyer cette curieuse employeuse, cachant son rang et sa beauté sous ce déguisement de femme du commun.

La description qu'elle fit cependant des manies du tueur apportèrent une vague froide de dégout sous la peau du lycan. Oh, bien sûr, quand il se nourrissait, ses victimes étaient rarement en bon état... Mais jamais il n'en avait profité pour abuser d'une femme, ou faire souffrir gratuitement une proie innocente. Cela était l'apanage des brutes et des sadiques, or Corteo était toujours touché par des valeurs chevaleresque d'honneur et de courage, une noble part d'humanité qui ne l'avait pas quitté, même après près de deux-cent ans de lycanthropie. Ce ne serait qu'une raison de plus de faire mordre la poussière à ce boucher, si jamais il venait à l'affronter.

Mais bon... Il y a des hommes qu'un seul mot suffit à convaincre d'accepter n'importe quel travail. Argent, pouvoir, sexe... Pour Corteo, c'était l'action, le danger, l'aventure, le combat... le sexe aussi, d'accord, mais ce n'était pas de cela qu'il était présentement question. Néanmoins, sa décision était prise avant même qu'Estelle n'eût fini de parler. Il demeura cependant silencieux un moment, regardant la jeune femme, une expression indéchiffrable sur le visage... Bien que ces yeux, comme très souvent, trahissaient ses émotions par la petite étincelle d'intérêt et de curiosité qui s'y était allumée quand elle avait commencé à aborder la question du danger...

L'aubergiste choisit ce moment pour lui apporter sa tasse de thé, qu'il bu par petite gorgées sans se soucier de la température brûlante du breuvage aromatisé. Cela souleva d'ailleurs une question chez la jeune femme, qui amusa l'Italien.

"Rares en effet... Mais j'en suis. Cela date de mon séjour à Constantinople, il y a une cinquantaine d'années. Dans une cité où boire de l'alcool est considéré comme un péché mortel, il a bien fallut que je me mette aux breuvages locaux. Or là bas, on boit du thé à longueur de journée comme un bambino boit du lait. Et je m'y suis fait. C'est une boisson raffinée qui apaise l'esprit et le corps. Et il se trouve que cette auberge sert l'un des meilleurs thé de Paris. Les hommes qui en boivent sont rares par chez nous, comme vous l'avez dit, mais les endroits où l'on en sert le sont encore plus. En Espagne, j'ai déjà vu un tavernier servir pour soit-disant thé de l'eau chaude dans laquelle il faisait macérer les mauvaises herbes arrachées de son potager..."

Il finit sa tasse d'un trait, et la reposa. Demeurant pensif un moment, il regarda autour d'eux, vérifiant que personne n'aie l'oreille qui traîne. Le tavernier lançait dans leur direction des œillades fréquentes, empreintes de curiosité. Fronçant les sourcils, Corteo reporta son attention sur la jeune vampire.

"J'accepte, Signora Antoweif, de vous servir d'escorte. Moyennant bien sûr un salaire raisonnable, cela va de soi. Mais les oreilles mortelles sont un peu trop indiscrètes ici. Si vous le désirez, nous pouvons poursuivre cette conversation dans l'une des pièces que j'occupe à l'étage. Elle est sans doute moins luxueuse que vos appartements, mais elle a le mérite d'être confortable et surtout, soigneusement insonorisée."


En effet, dès son premier jour à l'auberge de la Table Bleue, Corteo avait pris soin de clouer sur sa porte plusieurs épaisseurs de tissus et de vieux oreillers, habitude qu'il avait prise depuis l'époque où il devait loger pendant plusieurs mois dans une cabine exiguë, à la poupe d'un trois-mâts en partance pour la Terre Sainte. Quand on est un lycan à l'ouïe aiguisée, s'endormir avec dans les oreilles les chants éraillés de marins enivrés n'est guère agréable. Et bien qu'il avait hésité avant de proposer à cette vampire d'entrer dans son repère, sa méfiance à son égard s'était dissipée dans la conversation. Et bien que le tavernier puisse se méprendre en le voyant monter accompagné de cette charmante jeune femme, la discrétion était une condition primordiale à leur statut d'immortels.

A ce sujet, quel type d'immortel pouvait être ce tueur ? Les corps mutilés et ensanglantés étaient en général une signature de lycan, mais le sadisme et le soin qui semblait avoir été apporté au supplice faisait plutôt penser au travail méticuleux d'un vampire. Autrement dit, rien de très concluant pour définir, avec si peu d'information, le profil de l'assassin. Et à ce stade, comme elle venait de le dire, son enquête n'était qu'à ses prémices. Il doutait qu'elle puisse répondre à cette question.
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Mer 7 Déc - 15:20

La question qu’avait posée la jeune femme semblait avoir provoqué un certain amusement chez l’homme qui lui faisait face et elle regrettait l’interrogation qui était sortit de ses lèvres. Peut être celle-ci ne fut pas perçue comme impolie par le lycan, toujours est-il qu’il lui répondit et même si sa réponse l’avait prise totalement au dépourvu, elle se garda bien de montrer un quelconque émoi. Elle avait trop tendance à oublier l’âge de celui qui lui faisait face. Pourquoi aurait-elle dut être surprise ? Après tout sa propre tante avait plus de 300 ans. Il était bien difficile, à voir cet italien qui semblait en pleine force de l’âge de deviner la nature qui se dissimulait derrière son masque d’humain. Il avait vécu tant de temps, d’âge qui lui étaient inconnus qu’elle mourait d’envie de lui poser davantage de questions. Comment avait été sa transformation ? Quand était-il né ? Les interrogations se bousculaient vers sa bouche mais elle se fit violence et se retint. Ce n’était guère le moment de se montrer indiscrète. Alors qu’elle ignorait encore qu’elle serait la réponse du mercenaire face à sa demande, elle ne pouvait se permettre de le vexer par ses questions impertinentes. Elle les poserait le moment venu, mais maintenant, elle devait d’abord le convaincre d’accepter le travail qu’elle lui avait proposé. Estelle commençait à s’apercevoir qu’elle ignorait tout des réactions de son interlocuteur et elle s’apercevait également que cela ne lui plaisait pas du tout. Elle s’était rarement sentie aussi ignorante et impuissante.

Corteo finit sa tasse à ce moment-là. Il demeura un instant plongé dans ses pensées et Estelle le vit regarder attentivement autour d’eux. Il devait sans doute vérifier que personne ne prenne intérêt à écouter leur conversation. C’était malheureusement le cas. Elle n’eut pas besoin de tourner la tête pour savoir l’identité de l’indiscret en question plus haut. C’était l’aubergiste. Il tournait autour de leur table, n’osant s’approcher, feignant de nettoyer les tables alentours, il ne parvenait pas cependant à faire montre de la discrétion propre aux curieux. Son manège était si évident que tous les clients présents dans l’auberge devaient l’avoir remarqué. Cela ne faisait qu’attirer davantage l’attention sur eux. Elle vérifia très rapidement l’infaillibilité de son déguisement du coin de l’œil à travers la vitre de l’auberge. Non qu’elle se souciait d’attirer l’attention de l’assassin sur eux, bien au contraire, cela l’aurait ravie. Elle aurait ainsi évité de perdre du temps et des moyens à la recherche du tueur mais elle se souciait en vérité de sa réputation. Elle connaissait suffisamment Paris pour savoir qu’en ces lieux, le bouche-à-oreilles se répandait encore plus facilement qu’une trainée de poudre. Si on découvrait sa véritable identité, elle perdrait tout son crédit auprès des autres nobles. L’inquiétude qui avait surgie dans ses yeux était disparue aussi vite qu’elle était apparue, un coup d’œil lui avait ôté ces craintes sur le sujet. Non que son déguisement soit parfait. Elle était bien trop gracieuse pour paraître sortir du ruisseau mais au moins, les gens alentour la verraient davantage comme une petite bourgeoise. Sa perruque blonde n’avait laissé échapper aucunes mèches de sa chevelure d’argent et elle avait légèrement maquillé son visage pour le faire paraître plus adultes, plus marqué par le temps.

Une certaine inquiétude, quoique minime restait tout de même encrée dans son cœur. Celle-ci n’avait plus rien à voir avec son apparence. Son examen à travers la vitre lui avait enlevé tout soupçon. Ce qui lui importait à présent était davantage la confidentialité de sa mission. Si celle-ci était révélée au grand jour, cela produirait indubitablement un mouvement de panique et cela rendrait la mission par au moins trois fois plus dure. Alors qu’elle allait faire part de ses craintes à Corteo et lui proposer un endroit plus discret pour discuter, celui-ci la prit de vitesse.

Contre toutes ses attentes, il accepta le travail qu’elle lui demandait d’accomplir en échange, bien sur, d’un salaire convenable, cela elle s’y été attendue, il était après tout absolument impensable qu’un mercenaire ne monnaye pas ses services. Cela aurait été comme si un lion refusait de manger de la viande. Autrement dit, complètement surréaliste. Elle avait préparé un somme assez importante en quittant ses appartements. Elle ignorait alors qu’il lui faudrait convaincre le lycan de jouer les gardes du corps, elle devait pour cela remercier sa chère tante adorée.

Corteo lui proposa alors de l’accompagner vers un lieu plus adapté à leur échange. Lui aussi avait dû remarqué le manège insistant et bien trop intéressé de l’aubergiste. Estelle accepta d’un léger signe de tête, elle lui était reconnaissante de sa proposition. Des murmures saluèrent leur départ. Les clients attablés dans l’auberge se questionnaient sans doute sur leur relation. Le monde n’était après tout composé que par les rumeurs que colportaient les gens. Ces mêmes rumeurs pouvaient par exemple se révéler bien utiles lors de l’affaire qui la préoccupait. C’était ainsi que se perdaient les criminels les plus talentueux. Elle esquissa un joli sourire d’amusement sur son visage pâle. Elle ne pouvait s’empêcher de songer à la réaction des fameux criminels s’ils apprenaient un jour qu’ils avaient étés trahis par des colportages de rues. Chaque personne qui désirait arréter un assassin avait ses sources, toutes secrètes. Celle-ci écoutaient tout ce qu’on se disait dans la ville et elles gardaient en permanence les yeux et les oreilles grands ouverts. Aujourd’hui, elle-même allait devoir mettre à profit tous ses propres informateurs et rendre visite à de vieilles connaissances qui savaient écouter ce que personne ne disait ouvertement.

Corteo la conduisit jusqu’à la chambre qu’il occupait. Une fois la porte franchie, Estelle nota immédiatement la présence de nombreuses armes sur le lit. Il était, comme elle s’y attendait, parfaitement équipé. Tout son arsenal correspondait aux pièces les plus neuves de l’armurerie du château et, à ce qu’elle en jugeait, était peut être même plus perfectionnée encore. Exactement ce qui correspondait à se qu’elle cherchait. Son regard fut irrésistiblement attiré vers un fauteuil moelleux qui juxtaposait le lit mais elle se retint. Il était impoli de prendre un siège sans qu’on l’y ait invitée alors même que son interlocuteur était debout. Elle avisa également la présence de plusieurs couches et épaisseurs de coussins et couvertures de toute sorte qui permettaient –comme Corteo l’avait lui-même signalé- d’insonoriser parfaitement la pièce. Elle se tourna vers lui et enleva la perruque. Elle n’appréciait pas vraiment la présence de la masse des cheveux d’une autre dont elle se servait comme déguisement. Ce n’était pas qu’elle les détestait mais plutôt qu’elle préférait arborer sa propre chevelure que ceux d’une autre. Toujours était-il que ses cheveux à présent libérés de la perruque descendaient maintenant comme une cascade d’argent autour de son visage d’ange. Elle le dégagea des mèches de neige et repoussa celles-ci derrière sa nuque avant de prendre la parole d’une voix claire.

-Signor Gallieri, étant donné que vous avez accepté ce que je vous aie proposé, il me semble plus convenable de vous mettre au courant de quelques détails supplémentaires. Il semble que toutes les victimes aient étaient tuées dans un certain quartier commerçant ce qui me permet de penser qu’un commerçant de cette rue est notre homme –ou notre femme, d’ailleurs- à moins que ce ne soit qu’un simple hasard. Toujours est-il que je propose que nous allions manger quelque part. Je vous avouerez n’avoir guère eu le temps de manger ce matin, aussi si cela vous conviens, je connais un certain endroit où la nourriture, comme les rumeurs, sont excellentes et je propose que nous nous y rendions.

Le sous-entendu était clair. La gérante de l’endroit en question était une de ses sources et elle proposait à Corteo d’aller y manger et en profiter pour glaner quelques informations.
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Ven 9 Déc - 9:37

La jeune vampire accepta de le suivre dans sa chambre. Corteo se leva donc et s'inclina poliment pour la laisser passer devant. Il déposa quelques pièces sur la table pour payer leurs consommations et lui emboîta le pas. Quand les deux immortels passèrent à côté de l'aubergiste, ce dernier adressa à l'Italien un clin d’œil complice, s'imaginant sans doute que la jeune femme venait pour autre chose. Corteo lui renvoya un regard neutre, teinté d'un léger mépris. Au fond, il valait sans doute mieux que cet idiot pense cela plutôt qu'il ne cherche à en apprendre davantage. Le déguisement de la jeune aristocrate ne laissait rien transparaître de sa véritable identité, aucun risque que l'opprobre ne s'abatte sur son nom. Quant à lui, étant un homme qui avait toujours admis son adoration pour le beau sexe, il se moquait complètement de ce que l'on pourrait dire. Cela aurait été autrement plus gênant si la personne montant avec lui avait été un homme.

Une fois passé la porte de sa chambre, qu'il referma soigneusement après avoir jeté un coup d’œil derrière eux, dans le couloir, il se tourna vers la jeune femme. Il se sentait soudain un peu gêné, n'ayant guère l'habitude d'inviter une femme dans ses appartements privés pour autre chose que des activités...disons plus distrayantes et n'impliquant pas autant de vêtements. L'arsenal qui encombrait les deux pièces avait de quoi impressionner, il regrettait d’accueillir la Vampire dans un tel désordre guerrier. Celle-ci, cependant, ne paru guère s'en formaliser. Elle ôta sa perruque blonde, que Corteo avait devinée factice depuis longtemps, non pas qu'elle soit mal ajustée, mais parce que l'odorat développé du lycan lui avait révélé que ses boucles d'or dégageaient un parfum qui différait légèrement de celui de la jeune femme. Il ne pu cependant retenir un petit haussement de sourcils surpris en découvrant ses longues mèches argentées. C'était la deuxième fois qu'il rencontrait une aristocrate vampire, et ces deux femmes arboraient la même couleur de cheveux. Était-ce un pur hasard ?

Il suivit son regard vers un fauteuil, et s'en voulu immédiatement de sa discourtoisie. Il se dépêcha de le lui avancer pour l'inviter à s'y asseoir. Lui même avisa un fauteuil semblable près de la cheminée, enleva le fusil à mèche qui était posé dessus et s'y installa, prêt à écouter les explications de sa nouvelle employeuse.

Elle l'informa que le lieu commun de tout ces crimes était un quartier commerçant, et que par conséquent ses soupçons se portaient en priorité sur l'un des marchands. Corteo médita ses paroles. Lui aurait plutôt soupçonné un immortel de passage, comme lui-même, plutôt qu'un commerçant vivant dans la capitale depuis longtemps, et qui aurait subitement des envies de meurtre. Il n'en savait de toute façon pas assez pour tirer des conclusions, et puis c'était elle l'enquêteuse. Lui-même n'était à présent que son homme de main. Elle était le cerveau, lui le bras armé. Visiteur ou marchand, quelque soit le coupable, il comptait bien sur le fait qu'elle le démasque et qu'il puisse l'affronter.

La jeune femme proposa d'aller se restaurer. Corteo comprit qu'elle souhaitait commencer par rencontrer ses sources, comme toute bonne enquêteuse. Lui-même appréciait cette occasion de rencontrer des gens ayant un œil ou une oreille partout en ville. Cela pourrait lui être utile plus tard.

Il se leva, d'un geste élégant.

"Va bene, Signora. Je ne vous demanderai qu'un petit acompte, histoire de sceller notre contrat. Laissez-moi juste le temps de me préparer, et nous y allons. Je vous invite, bien entendu."

Il alla chercher la bouteille de cet excellent vin Italien et la posa, avec un verre propre, sur un petit guéridon à côté du fauteuil de la jeune femme.

Il se tourna ensuite vers la table où étaient posées ses armes pour faire son choix et se préparer méticuleusement. Dans le large bandeau de soie qui ceignait sa taille, à la mode méditerranéenne, il portait déjà l'un de ses deux pistolets d'arçon. Il y glissa le deuxième, après avoir vérifié le mécanisme rafiné de l'arme et l'avoir chargée. Il vérifia les munitions et le petit sac de poudre suspendus à sa ceinture, y joignît une élégante dague Indienne dans son fourreau, ajusta un petit couteau caché dans sa manche et glissa un autre poignard dans sa botte. Il caressa du doigt sa précieuse alliée, sa rapière milanaise, paisiblement rangée dans son fourreau, contre sa cuisse. Il passa ensuite un long et élégant manteau noir, dont les bordures et les manches étaient parcourues d'un beau et délicat motif florentin argenté, glissa ses mains basanées dans une paire de gants en cuir sombre, fins mais solides, puis il noua ses cheveux en une petite queue de cheval sur sa nuque avec un ruban, tel que c'était la mode chez les jeunes gentilshommes à cette époque - du moins pour ceux qui ne portaient pas de perruques - et s'empara de son tricorne noir à larges bords, arborant de discrets motifs accordés à son manteau. Il termina en glissant dans sa poche intérieure une petite bourse bien remplie. Il avait beau être un homme d'action et de combat... Et un lycan amateur de viande fraîche, il mettait toujours un point d'honneur à se montrer élégant. Ainsi vêtu, seule sa rapière était visible, et il ressemblait à n'importe quel jeune, beau et fringuant aristocrate partant pour une partie de chasse, bien que ses vêtements soient plus sobres, plus sombres et plus pratiques que les immondes costumes chargés de dentelles et de rubans, aux couleurs criardes, qu'il avait vus portés par nombre de bourgeois et de nobles dans la capitale.

Nul ne pouvait se douter de l'arsenal qu'il portait sous ce manteau, et encore moins de la nature immortelle et bestiale qui parcourait ses veines.

Son tricorne à la main, il tourna ses yeux d'azur vers la jeune femme, qu'il avait laissée en compagnie de sa bouteille de vin Italien en attendant de se préparer. Il fit une légère révérence et lui offrit son bras.

"Voilà Signora. Nous y allons ?"
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Ven 16 Déc - 21:37

Comme elle s’y était attendue de sa part, Corteo comprit le sous-entendu qu’elle avait glissé dans sa phrase. Elle le regardait, assise sur la chaise qu’il lui avait avancée et où elle s’était empressée de s’assoir, se préparer. Elle devinait, sans pour autant voir quoique ce soit, qu’il équipait à sa tenue une véritable armurerie. Elle sirota un verre du vin qu’il avait prit la peine de lui apporter. Il était délicieux. Son palais sentait encore l’exquis arome de la boisson lorsqu’elle reposa son verre. Elle n’appréciait pas vraiment le vin, lui préférant de loin le thé mais savait tout de même apprécier un bon crû lorsqu’elle en goûtait un. Elle remit d’un geste appliqué la perruque sur sa chevelure et se retourna vers son hôte. Elle n’avait enlevé sa perruque que par souci d’honnêteté, non qu’elle allait tout lui dire, c’était juste qu’il lui semblait normal de se présentée à lui sans artifices, qu’il sache à quoi elle ressemblait. Elle ne doutait pas que Corteo avait deviné depuis bien longtemps que sa chevelure blonde était factice.

Elle se retourna vers lui et prit le bras qu’il lui tendait. Elle héla un fiacre et lui ordonna de l’amener au Charivari –c’était le nom du lieu où ils se rendaient- et accompagnée de Corteo, y monta. Le trajet se déroula sans encombre et elle vit bientôt se dresser l’auberge où elle trouverait ses informations au coin de la rue. Elle paya le cocher et y entra. Elle ne fut pas surprise de voir qu’Elizabeth l’attendait déjà. Son informatrice avait les oreilles partout. Elle connaissait les querelles qui opposaient les ménages de tout Paris et savait même le nom de leurs amants.

Elizabeth était une femme assez ronde au visage agréable. Elle n’avait pas ouvert le Charivari par hasard. Les bars étaient les endroits où le plus de rumeurs circulaient et sous son visage d’ange, personne ne savait se méfier d’elle. Ses yeux étaient aussi vifs que perçants, presque rien ne lui échappait. Elle salua la femme et se tourna vers Corteo :

-Sir Gallieri, permettez moi de vous présenter Elizabeth Cook, la gérante de ce lieu. Mme Cook, je vous présente Corteo Gallieri, un ami qui m’accompagne aujourd’hui. Pouvons-nous nous installer à la table habituelle ?
La femme lui répondit par un sourire. En désignant Corteo comme un ami, elle lui avait implicitement signifié qu’il faisait parti de son enquête et qu’elle pouvait parler devant lui. Elizabeth les conduisit vers une petite pièce, à l’écart des autres tables. Elle s’installa, Corteo en face d’elle et demanda le menu. Elizabeth revint bientôt avec deux menus sous le bras qu’elle leur tendit. Estelle engagea la conversation.

-Que me conseillerez tes clients en ce moment Elizabeth ? J’avoue ne savoir que prendre.

Elle avait ainsi demandé les dernières nouvelles et la femme lui répondit de manière tout aussi peu ouverte, un sourire commercial sur le visage :

-Oh, j’ai peu de clients ces derniers jours, on murmure dans les rues de sordides histoires de meurtre. La plupart de mes clients m’ont également parlé d’une nouvelle boutique de vêtements qui, m’a-t-on dit, est absolument magique. Je vous conseillerais d’aller y jeter un coup d’œil à l’occasion. Enfin bref, je parle, je parle, mais vous devez bien avoir faim n’est-ce pas ? Je vous propose de me laisser choisir. Cela vous convient-il ainsi, madame ?

Estelle acquiesça à cette dernière proposition d’un air absent. Une boutique de vêtement récemment ouverte ? Elizabeth n’avait pas directement désigné le propriétaire de l’endroit comme un potentiel coupable, cela voulait donc dire qu’elle ne le soupçonnait pas lui mais plutôt quelqu’un de son entourage proche. Un frère, une sœur, un employé,… Les possibilités étaient aussi nombreuses que diverses mais au moins, elle avait une adresse.

Elizabeth revint, les mains chargées de plats qui lui semblaient à l’odorat, absolument exquis. Elle avait rencontré Elizabeth quelques années plus tôt par sa tante. La gérante du Charivari n’était pas seulement une excellente source d’information mais aussi une cuisinière hors-pair. Elle était aussi douée pour écouter ¨que derrière un fourneau. Cette femme forçait son admiration. La plupart des femmes de son époque n’osaient parler fort ouvertement de peur de déplaire à leurs homologues masculins. Elizabeth, elle ne s’embarrassait pas de ce genre de considération. Elle était franche et avait une forte personnalité.

La demoiselle prit sa fourchette et la planta dans la viande. Elle déplia ensuite la serviette et trouva, comme elle s’y attendait, un mot écrit sur un parchemin caché dans les plis du tissu. Estelle la lut, c’était une adresse, dans le quartier commercial. Elle se tourna vers Corteo et lui montra en silence ce qu’elle avait dans sa main. Pour animer la conversation qui était absente depuis leur arrivée, Estelle prit la parole et demanda :

-Sir Gallieri, je vous prie de me pardonner si cette question vous semble inopportune mais une question me taraude. Sir Gallieri, vous êtes le premier lycan que je rencontre, et j’aimerais vous demander, sans impertinence aucune, comment vous l’êtes devenu.

[Désolée du retard, j’étais en manque d’inspiration T.T]
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Lun 19 Déc - 14:59

A la minute où ils sortirent de la Table Bleue, Corteo se glissa dans son rôle de protecteur. Restant silencieux, pendant que la demoiselle donnait sa destination au cocher, il observait la rue, les passants, tous ses sens aux aguets. C'est qu'il avait de l'expérience pour ce genre de travail, et cette jeune femme n'aurait pas pu trouver mieux que lui pour l'escorter et veiller à sa sécurité. Il avait déjà un don pour deviner, en se fiant à d'imperceptibles détails, l'humeur des gens qu'il voyait : s'ils avaient des intentions agressives, il le repérait rapidement. Et ses sens aiguisés de loup renforçaient encore ce talent, par l'odorat, où même simplement un instinct qui se trompait rarement. L'avantage d'être à moitié un animal sauvage.

Dans le fiacre, il gardait la tête baissée et les bras croisés sur sa poitrine, attitude qui pouvait laisser penser qu'il s'assoupissait. Mais par dessous son tricorne, il regardait défiler avec attention les rues de paris par la fenêtre de la voiture. Ils longèrent les quais un moment, puis s’enfoncèrent dans le dédale tortueux des petites ruelles d'un quartier modeste, sans pour autant être au niveau des ghettos et des coupe-gorge qu'il avait déjà eu l'occasion de visiter. Ici, les habitations et les boutiques étaient humbles, mais plutôt bien tenues. Quand ils arrivèrent à l'auberge, le Charivari, Corteo descendit le premier pour offrir sa main à sa compagne, tout en surveillant les alentours d'un œil aguerri. Presque aussitôt, la porte de l'auberge s'ouvrit, et une femme sortit dans la rue, un sourire accueillant et rayonnant aux lèvres. Elle n'avait pas l'air surprise de les voir, et semblait bien connaître Estelle. Cette dernière se chargea de faire les présentations.

"Madonna, ravi de vous rencontrer"
, dit-il à la dénommée Madame Cook en s'inclinant élégamment, le tricorne à la main.

L'aubergiste s'inclina a son tour avec un grand sourire poli. Puis, à la demande d'Estelle, elle les guida à l'intérieur. Corteo jeta un œil sur la clientèle. Il y avait de tout : du riche, du moins riche, de l'élégant, du ridicule, du traîne savate. Mais ce qui marqua le plus l'Italien, c'est que beaucoup d'entre eux devisaient comme d'égal à égal, comme si le rang social n'avait pas cours ici. Une sorte de petite communauté à part. Les nombreux yeux et oreilles de Madame Cook. Certains tournèrent vers le jeune homme un regard curieux, d'autres le détaillèrent franchement du regard. Ils s'intéressaient moins à Estelle. Sans doute étaient-il accoutumés à la présence de la jeune femme. Sans faire preuve d'aucune agressivité, Corteo garda néanmoins une main posée nonchalamment sur le pommeau de son épée.

Toujours en silence et aux aguets, il écouta, un fois attablés, l'échange des deux femmes. Elles parlaient avec une complicité palpable, s'échangeant des informations masquées et codées sous un discours banal. Non seulement accueillante et plutôt jolie, cette Madame Cook se montrait également plutôt rusée. Une femme comme Corteo les appréciait beaucoup. Il apprécia aussi l'assiette qu'on lui apporta, et bien qu'il toucha à peine aux légumes, il savoura la viande délicatement grillée avec un sourire carnassier, dévoilant sa dentition aux canines un peu plus prononcées que la moyenne. Attentif aux échanges des deux femmes, il opina simplement du chef lorsque, la tenancière s'étant éloignée, Estelle lui montra l'adresse du tailleur. Si cette boutique était récente, c'était en effet là qu'il fallait commencer.

C'est alors que sa compagne lui posa une question qui le prit un peu au dépourvu. L'Italien pris le temps de réfléchir à ses paroles en vidant lentement son verre de vin, ses yeux de saphir calmement posés sur le visage de la vampire.

"Je suis ce qu'on appelle un mordu", dit-il finalement, la voix basse. "Donc, comme vous pouvez le deviner, ça ne s'est pas fait sans douleur."

Avec des gestes lents, il dégrafa du bout des doigts la fermeture de sa chemise à jabot, et ouvrit son col en tirant sur le tissus pour dévoiler sa peau nue, entre le cou et l'épaule. Sur sa peau basanée, au niveau de la clavicule, il portait encore une cicatrice circulaire, celle d'une morsure profonde, faite avec les crocs acérés d'un énorme loup. Puis il referma sa chemise, avant que Madame Cook ou un de ses employés n'entre.

"Ça s'est passé une nuit de pleine lune, dans la forêt près de Lodi, ma ville natale. Un loup m'a attaqué, la bête la plus énorme et la plus féroce que j'avais jamais vue. Je ne savais rien, alors des lycans et des vampires. Il m'a mordu cruellement, ce porco demonio, mais je l'ai tué. J'ai ensuite perdu connaissance, et me suis réveillé plusieurs heures plus tard, changé pour toujours. Ça s'est passé il y a près de deux siècles."

Il marqua une pause. Il ne parla pas de la raison pour laquelle il se trouvait dans cette forêt. Une raison qui lui avait causé bien plus de douleur que cette morsure. Il venait d'enterrer clandestinement la femme qu'il avait aimé, et qu'une épouse jalouse et cruelle avait fait condamner à mort en son absence, avec le soutient d'un évêque crapuleux qui était son amant.

"Cela n'a pas été facile. Voyez-vous, les lycans qui le deviennent suite à une morsure sont parrainés par celui qui les a transformés. Il devient leur mentor, les guide, les aide à se faire à leur nouvelle vie, à leur transformation. C'est une chose assez particulière : d'humain, vous devenez un animal, doté d'un appétit féroce et d'une puissance physique qui vous dépasse. Il y a la transformation, qu'il faut apprendre à gérer, puis à contrôler. En bref, il faut apprendre à exister..."

Il fit une pause, regroupant ses pensées et ses souvenirs. Il avait rarement eût l'occasion de parler de sa propre transformation, seulement une fois ou deux en deux-cent ans avec d'autres lycans rencontrés par-ci par là au cours de ses péripéties à travers le monde.

"En contrepartie," reprit-il, "le lycan transformé est asservi à son mentor. Il devient son esclave, pendant des décennies, voir des siècles, jusqu'à ce qu'il atteigne assez de puissance et de contrôle de soi pour pouvoir s'émanciper. Inutile de préciser que souvent, les mentors ne distillent leur savoir à leurs élèves qu'au goutte-à-goutte, histoire que ce moment d'indépendance ne vienne pas trop vite les priver de leur nouveau serviteur. Or il se trouve que pour ma part, je n'ai pas eu de mentor, puisque je l'ai décapité avant de me transformer et de réaliser la portée de mon acte. J'ai tout appris par moi-même, cela n'a pas été facile. Mais l'avantage, c'est que je suis venu au monde de la Nuit libre, sans maître ni loi. Et cela vaut bien les mois de souffrance et d'incompréhension qui ont suivi ma morsure."

Il se tût, et tourna son regard vers la vampire.

"Et vous Signora? Je crois deviner que vous êtes une infante. Vous êtes la deuxième vampire infante que je rencontre depuis mon arrivée à Paris. J'imagine qu'on vous a formée dès la naissance, puisque vous êtes née avec ce don..."



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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Jeu 22 Déc - 21:02

Sa question sembla un instant le prendre au dépourvu mais il se reprit assez rapidement et il lui répondit. Il était donc un mordu. Sa tante lui avait évidemment expliquée ce terme mais elle ne s’y était jusque là encore jamais attardée, laissant Estelle sur sa faim de connaissance. Il semblait toutefois que sa curiosité soit sur le point d’être comblée. La jeune femme savait que le nom de mordu signifiait que Corteo était un humain qui avait transformé par la morsure d’un lycan. Estelle apprit en revanche certains détails que sa tante aurait eu quelque peine à lui fournir. Tout d’abord, que la transformation avait été douloureuse. Elle même étant née avec ses instincts de vampire, elle ne pouvait pas imaginer une telle sorte de souffrance.

Corteo dévoila le haut de son torse où elle put observer une cicatrice d’une vieille morsure. Après plus de 200 ans, elle s’étalait encore, large forme circulaire d’une rangée de crocs. Corteo referma sa chemise, sans doute pour éviter les regards d’Elizabeth ou de l’un de ses espions. Il était sur que la gérante du Charivari serait enchantée de découvrir pourquoi son accompagnateur avait une si large cicatrice sur le torse sans paraître le moins du monde incommodé par l’énorme morsure. Estelle savait par expérience qu’il était rare qu’Elizabeth se détourne de l’objet de sa curiosité une fois que celle-ci était éveillée.

Corteo lui donna davantage de détails, il était né à Lodi et il se trouvait dans la forêt quand le lycan l’avait mordu. Son interlocuteur ne donna pas la raison de sa présence dans la forêt et la jeune marquise se garda de poser la moindre question sur le sujet. Elle devinait au timbre de sa voix que c’était un sujet sensible. En parler n’aurait plus été de la curiosité mais de l’indiscrétion. Chacun avait ses souvenirs pénibles qu’on désirait gardés pour soi. Elle respectait cela. Il n’en parlerait que si il le désirait, après tout, c’était bien de sa vie qu’il s’agissait.

Corteo marqua un silence avant d’enchaîner. D’après ce qu’il lui dit, les lycans mordus avaient pour habitude d’être aidés par celui qui les avait transformés. Le lycan lui décrit ce que le « parrain » des mordus devait leur apprendre. La faim que ressentaient les jeunes transformés, la soudaine différence avec l’humain qu’ils avaient cessé d’être et le contrôle de la transformation.

L’infante apprit également que les lycans mordus étaient asservis à leur mentor. Elle frémit intérieurement à cette pensée. Pour sa part, la pensée de devoir servir quelqu’un pendant des siècles la révulsait. Sa liberté était la chose qui lui tenait le plus à cœur et même sa tante l’avait toujours respectée. Elle tenta de s’imaginer un instant devant servir un maître, brûlant de s’en affranchir tout en sachant que c’était impossible. Elle tenta de s’imaginer devant servir ses repas à un lycan qui se servait d’elle en ne lui délivrant son savoir que par infimes gouttes. Elle ne put y arriver. La seule pensée que certains devaient endurer cela la faisait frissonner d’angoisse.

Corteo n’avait pas eu de mentor. Il avait tué le sien le soir de sa transformation. Il avait donc était contraint de tout apprendre par lui-même. Chacun sait que le savoir ne s’acquiert pas sans erreurs et elle songea vaguement que cela avait du être dur. Elle n’avait strictement aucune idée de ce qu’il avait put ressentir. Lorsqu’elle s’était aperçue de son héritage vampire, elle le maitrisait déjà sans le savoir et Lorena n’avait jamais eu la moindre intention de la prendre pour une esclave, loin de là et elle était la sœur de sa mère, sa seule famille. Lui avait dû tout découvrir seul et elle l’admira un bref instant pour cela.

Le lycan lui posa soudainement une question à laquelle elle ne s’était pas préparée. Elle se gifla intérieurement pour ne pas avoir songé à la question qu’il allait, en toute logique, poser. C’était la réaction normale de toute personne qui se voyait poser des questions sur ses origines, il lui renvoyé cette question. La jeune marquise se prépara à lui répondre, après tout, c’était elle qui avait mené la discussion sur ce sujet et ce n’avait pas dû être très agréable de ramener tout ces souvenirs à la surface pour Corteo non plus. D’ailleurs, il venait de mentionner une autre infante et la curiosité d’Estelle fut de nouveau piquée mais elle choisit de poser cette question plus tard. Ce n’était ni l’heure ni le lieu pou récolter ce genre d’informations. La marquise inspira profondément et prit la parole, en souriant calmement à son interlocuteur :

-Je crains de devoir vous décevoir quelque peu en affirmant n’avoir eu aucune connaissance de mes origines jusqu’à mes 14 ans, à la mort de mon père.

La marquise marqua une légère pause afin de cacher son émotion à l’évocation de celui qui durant quatorze années avait été sa seule famille.

-Ma mère était une vampire, une mordue. Elle est morte en me donnant naissance. Mon père craignait ma réaction si je découvrais l’héritage que ma mère m’avait offert aussi, il me le cacha. Il mélangeait à ma nourriture du sang, de manière si diffuse que je ne sus le détecter. Il mourut à l’aube de mes quatorze ans. Nous habitions dans un petit manoir, dans la campagne italienne pendant que ma tante gérait avec son accord, les domaines de mon père. Elle logeait à Paris, dans un hôtel particulier. A cette époque, j’ignorais même avoir une tante. J’appris mes origines par une lettre que me laissa mon père. Il m’y priait d’aller vivre désormais chez ma tante pour apprendre à contrôler davantage mes instincts.

Un sourire vint fleurir sur ses lèvres à l’évocation du souvenir de sa première rencontre avec sa tante. La tristesse qui avait assombri son visage disparu laissant place à l’amusement.

-Ma tante est, … Je ne sais comment vous la décrire. Il me semble que vous ne l’avez jamais rencontrée n’est-ce pas ? Tout ce que je peux vous dire c’est qu’elle peut se montrer aussi gentille et gaie que cruelle et colérique. Elle m’apprit tout ce que j’avais besoin de savoir et même un peu plus. Mon histoire n’a rien d’originale, je me dois de l’accorder. Sir Gallieri, si vous me le permettez, j’aimerais avant que nous partions vous quitter un instant, je dois faire quelque chose avant de passer chez le tailleur que Mme Cook nous a conseillé. Si vous voulez bien m’excuser un moment, … Je ne serais pas longue.

Estelle le quitta sur ses mots. Elizabeth avait déjà prévu des vêtements de rechange. Elle savait aussi bien qu’elle que vêtue telle qu’elle l’était, Estelle paraîtrait suspecte aux yeux du vendeur. Elle avait l’apparence d’une simple habitante, pas du genre de femme que se faisait faire des vêtements sur mesure.

Elle choisit une robe blanche et violette plus proche de son niveau de vie. Elle se maquilla de manière à paraître une adulte accomplie et rassembla les mèches dorées de sa perruque de manière à faire un élégant chignon qu’elle garni de fleur. Sa transformation achevée, elle prit un chapeau assorti à la robe et le disposa artistiquement sur la perruque.

Elle rejoint Corteo et ils sortirent. Ils hélèrent une voiture qui les conduit jusqu’au magasin dont Mme Cook avait parlé. Elle s’apprêtait à entrer mais décida avant de régler un petit détail auparavant. Elle se tourna vers le lycan et dit :

-Sir Corteo, avant d’entrer, il faut que nous nous répartitions des rôles. Que proposez-vous ?

Elle avait décidé de laisser le choix à Corteo. C’était à lui de choisir la place des personnages qu’ils joueraient. Il était clair que pour entrer dans une boutique de tailleur, il fallait se faire faire des vêtements sur mesure.
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Ven 23 Déc - 12:43

La jeune femme se confia à son tour. Corteo s'en voulu de lui faire revivre de douloureux souvenirs.
C'était malheureusement le lot de nombreux immortels : vivre plus longtemps signifiait aussi affronter plus d'épreuves qu'aucun humain ne pouvait en endurer en une vie. Vampires, lycans, la plupart traînaient derrière eux un passé souvent chargé de drames et de souffrances, de morts et de sang. Corteo avait enduré le meurtre de sa bien-aimée, il avait cruellement châtié les coupables. Depuis, sa vie n'avait était qu'une succession de combats, de sang versé sur les champs de batailles ou ailleurs. Il avait vu mourir des dizaines de milliers d'hommes, tombés pour des causes dont il ne saisissaient même pas le sens. Il en avait lui-même tué des centaines, des milliers, en deux-cent ans de combat. Certains n'étaient que de jeunes garçons, n'ayant même pas encore goûté à la chaleur et aux baisers d'une femme. Il avait vu, avec un calme froid, s'éteindre dans leurs yeux la flamme juvénile d'une vie pleine de promesse et interrompue trop tôt. C'était le lot de la guerre. Il se refusait à trop y songer, sans quoi tous les souvenirs, tous les visages l'auraient hanté et rendu fou – ou pire, insensible.

Chaque immortel était un tueur, qu'il soit vampire ou lycan. Les uns tuaient pour le sang, les autres pour la chair. Corteo ne faisait pas exception, pas plus que sa camarade. Combien d'hommes et de femmes étaient morts sous les crocs de la jolie jeune femme au visage innocent qui lui faisait face ? Qu'éprouvait-elle dans ces moments là ? Comme beaucoup d'immortels, était-elle indifférente au sort de ces victimes humaines ?

Beaucoup d'entre eux considéraient les humains comme des être pitoyables, inférieurs, du bétail tout juste bon à être égorgé et saigné. Beaucoup, même, éprouvaient un plaisir cruel à infliger les pires souffrances à leurs victimes avant de leur accorder la délivrance de la mort. C'était probablement le cas du tueur qu'Estelle recherchait.

Mais Corteo n'était pas de ceux-là. Certes, il avait tué, beaucoup, et tuerait encore. Mais il se considérait comme un chasseur et un guerrier, il était attaché à des valeurs chevaleresques dont peu d'immortels se souciaient. Il ne s'en prenait qu'à des proies capables de se défendre, guerriers, soldats, bandits. Il tuait vite, et bien, et n'en tirait nul plaisir, sauf dans quelques rares cas où il avait quelques griefs personnels envers sa victime. Son cœur saignait quand les circonstances l'obligeaient à s'en prendre à des innocents. Il lui était arrivé de verser quelques larmes sur le corps des rares femmes à qui il prenait la vie. Mais jamais il ne s'en prenait aux enfants. Plutôt mourir de faim. D'ailleurs, cela lui avait parfois valu les moqueries d'autres lycans, qui ne voyaient pas plus de mal à égorger une fillette ou un garçonnet qu'il y en avait à tuer un agneau pour s'en repaître.

Oui, il se demandait quelle tueuse pouvait bien être cette Estelle Antoweif. Celle-ci, après s'être absentée un moment, revînt vers lui vêtue d'une nouvelle robe, et sa coiffure avait changé. Elle semblait en quelques minutes avoir grimpé de plusieurs échelons dans la société. Corteo ne pu que sourire de surprise et d'admiration devant ce talent pour le déguisement dont elle faisait preuve. Cette nouvelle tenue lui allait à ravir, et mettait un peu plus en valeur sa beauté naturelle – ou surnaturelle.

« Bellissima » fut son seul commentaire alors qu'il lui donnait son bras pour quitter le Charivari, après avoir salué leur hôte. Corteo arrêta un fiacre, et tout deux se rendirent à l'adresse du tailleur, dans un quartier où pullulaient des boutiques colorées et aux devantures fleuries et accueillantes.

La voiture s'arrêta devant une boutique assez coquette, bien que d'extérieur, elle ne semblât pas très grande. Mais un coup d’œil par la vitrine démontrait qu'elle s'étirait en profondeur. Des murs couverts de boiseries vernies, des miroirs réfléchissant les lumières de nombreuses lanternes, s'ajoutant à la lumière du jour, et partout des vêtements magnifiques et des rouleaux de précieuses étoffes multicolores. C'était un endroit digne d'un prince, et Corteo réalisa combien la jeune femme avait été avisée de changer de toilette. Lui-même portait des vêtements, certes sombres et sobres, mais assez élégants pour le faire passer pour un riche bourgeois, voir un petit nobliau. D'ailleurs, elle tourna ses jolis yeux vers lui pour aborder la question du rôle qu'ils allaient jouer en entrant dans ce paradis de la soie.

La question amusa l'Italien, amateur de comédie et qui aimait particulièrement cet exercice consistant à s'inventer une personnalité et une histoire – jeu auquel devait se livrer tout immortel ne souhaitant pas attirer l'attention sur sa longévité.

« Eh bien, nous sommes tous deux vêtus comme des bourgeois aisés. Mon accent ruinerait toute illusion visant à me faire passer pour français. Voici ce que je vous propose. Je suis Lotario, l'associé et employé d'un riche banquier Milanais, le Signore Delgari. Il m'a envoyé vers vous, son amie et représentante à Paris, pour vous demander de constituer une élégante garde-robe à offrir à sa fille, qui se marie prochainement. Nous sommes donc ici à la recherche de boutiques de tailleurs de qualité, et d'étoffes avenantes, propres à honorer cette demande de notre ami et associé. Qu'en pensez-vous Signora ? »
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Mer 28 Déc - 15:11

La jeune marquise sourit à l’idée que Corteo venait d’énoncer. Cela lui plaisait assez.

-Je dois avouer que cette idée est bonne. Un fois à l’intérieur, je parlerai avec le directeur du magasin. Pendant ce temps, essayez de chercher discrètement s’il y a quoique ce soit qui sorte de l’ordinaire. Nous pouvons y aller, Signore Lotario.

Estelle avait à peine poussé la porte que déjà un vendeur se dirigeait vers elle. Selon ce qu’ils avaient conclus avant de franchir le seuil de la boutique, l’infant les présenta tous deux :

-Bonjour, monsieur. Je suis Johanna Carsini et voici Mr Lotario de Milan. Nous sommes venus ici dans l’espoir que vous pourriez nous aider. Voyez-vous, le signore Lotario a été chargé par son associé et employeur, le signore Delgari de me demander de constituer une garde de robe digne de son rang et de sa grâce pour sa fille Laura qui se marrie prochainement. Etant son amie et représentante à Paris, je me suis fait une joie d’accepter de lui rendre ce service. Ainsi, le signore Lotario et moi nous sommes mis à la recherche d’un tailleur capable de réaliser ces vêtements. Nous commencions à désespérer lorsque la réputation de votre boutique est parvenue à nos oreilles et nous avons donc décidés que nous pouvions toujours voir ce que vous nous proposiez dans l’immédiat et nous décider ensuite. Une autre boutique avait attirée notre attention mais sa mauvaise réputation nous a retenus. Pouvez-vous nous montrer vos étoffes je vous prie ?

Le vendeur acquiesça rapidement et les conduisit presque aussitôt vers les tissus. Il semblait avoir crût leur histoire et avait apparemment décidé à ne pas laissé partir deux potentiels clients qui paraissaient aussi aisés. Cela les arrangeait. Le nom de Johanna s’était tout simplement imposé à Estelle. Son père avait toujours décrit sa mère comme une femme raffinée et élégante. Une femme à présent morte et dont elle ne connaîtrait jamais la gentillesse qu’on lui avait décrite. Elle fit mine d’apprécier la texture des tissus et la finesse de leurs dessins sans montrer à quel point le fait d’utiliser ce prénom la touchait. Finalement, elle se décida à enfin distraire le personnel de la boutique.

-Pardonnez-moi, j’aimerais discuter avec vous des modèles que vous pourriez me proposer. Pourriez-vous appeler les couturières ?

Ces dernières arrivèrent presque aussitôt, appelées par le tailleur, décidemment bien décidé à les convaincre de la qualité de sa marchandise. Son comportement la faisait rire intérieurement. Elle découvrait que jouer les acheteuses ne lui déplaisait pas. Elle s’amusait sans pour autant perdre de vue son principal objectif : monopoliser l’attention de tous les employés du magasin pour permettre à Corteo de chercher des indices ou quoique ce soit d’étrange. Elle s’adressa au tailleur :

-J’avoue préférer de loin votre boutique à toutes celles qui l’ont précédée. J’aimerais que nous puissions prendre des mesures dès maintenant afin que le signore Delgari puisse offrir à sa fille sa garde-robe dans les meilleurs délais.

Le personnel qu’elle avait ameuté acquiesça. Elle fut conduite vers une pièce où elle donna les indications aux couturières. Elle indiqua un tissu nacré et un autre de velours rouge, choisi des rubans, des volants et enfin donna des mesures aux couturières. Elle avait donné les siennes, prétendant que « Laura » et elle possédait les mêmes. Pendant que les couturières s’affairaient auprès d’elle, elle en profita pour les interroger.

-Mesdemoiselles ? Puis-je vous posez une question ? Comment est votre patron ? Je suppose que ce n’est pas lui qui vous a appelées vers moi tout à l’heure, n’est-ce pas ? Je ne peux empêcher de trouver étrange le fait qu’il ne supervise pas lui-même ses affaires.

Les couturières se regardèrent entre elles. Apparemment l’infant venait de toucher le point qui les intriguait tout autant. Elles lui répondirent cependant si calmement que sans l’échange de regards qu’elle avait perçu en posant sa question, elle n’aurait pas trouvé cela étrange le moins du monde. Le dirigeant de la boutique devait apparemment être un fantôme, même ses propres employés ignoraient son visage.

Cela l’inquiétait un peu. En supposant que le patron puisse être l’assassin, il fallait tout de même avoir un visage pour prouver quelque chose.

-Et puis-je savoir quel est le nom de celui pour qui vous faites ces mesures ? C’est lui que je paierais une fois que vous aurez fini. Je ne peux payer un inconnu. Je dois au moins le rencontrer pour fixer un prix pour le travail que vous êtes en train de faire.

Les couturières échangèrent de nouveau un long regard rempli de sous-entendus. Celle qui lui mesurait la poitrine fini enfin par lui répondre.

-Nous ne sommes pas agrées à répondre à votre question. Nous ne faisons que coudre des vêtements. Ces questions, je vous conseille plutôt de les posées à Mr Colman, l’homme qui vous a accueillie. Il sera plus à même de vous répondre je pense, mademoiselle. Nous avons terminé. La fille de votre ami aura sa garde robe dans trois jours. Je lui souhaite mes meilleurs vœux pour ses noces.

Elle grimaça intérieurement. Elle n’avait presque rien découvert. Elle n’avait plus qu’ a espérer que de son côté Corteo aurait eu la main plus heureuse.
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Mer 28 Déc - 16:36

Corteo entra à la suite d'Estelle, et apprécia avec un petit sourire le numéro de comédie magistral auquel elle se livra devant les employés. Il resta légèrement en retrait, jouant son rôle de simple accompagnateur étranger s'y connaissant peu en vêtement. D'ailleurs, c'est à peine si le vendeur obséquieux qui les avait accueillis, et dont l'eau de Cologne chargée agressait le flair développé du lycan, ne lui avait adressé un regard. Lui et ses couturières n'avaient d'yeux que pour la ravissante Johanna Carsini.

Tout ce joli monde se prêta au jeu de la jeune femme, qui les entraîna tous dans un coin de la boutique pour regarder les tissus. Accroché à ses basques comme un caniche, le vendeur hochait inlassablement la tête d'un air entendu à chacune de ses paroles. On lui aurait mis une brosse dans les mains qu'il se serait jeté à plat ventre pour cirer les souliers de la belle. Et même quand Estelle entraîna les couturières dans une pièce à part pour prendre ses mesures, il resta derrière la porte, ajustant sa tenue, lissant ses cheveux rares, regroupant des échantillons de tissus que sa cliente avait sélectionné... Bref, Corteo semblait être complètement sorti de ses pensées, ce qui l'arrangeait fortement. Il fit mine de sortir de la boutique pour prendre l'air quand le vendeur posa un œil vague dans sa direction, mais au dernier moment, il referma la porte, et se dirigea à pas de loup vers le fond de la boutique.

« Nous avons cette élégante tulle de Bruges, et une dentelle assortie qui constituerait un merveilleux drapé... » claironnait le vendeur contre la porte ou Estelle s'occupait des couturières.

Corteo poussa une porte que les employées, en entrant, avaient laissé entre-ouverte. Il se trouvait dans l'arrière boutique, où s'empilaient des rouleaux de tissu jusqu'au plafond, ainsi que des caisses de livraisons qui n'avaient pas encore été ouvertes. Il repéra sur celles-ci des inscriptions dans une langue gutturale qu'il ne comprenait pas, mais qu'il identifia comme étant du Hollandais. Il se tînt un moment immobile, laissant son instinct animal le guider, surveillant à l'ouïe que personne ne quittait Estelle, et qu'il n'y avait personne d'autre dans l'établissement. Au flair, il sentît bel et bien une légère odeur de sang, très diffuse, mêlée au parfum doucereux de la mort. Un vampire était passé par ici. Mais le foisonnement d'odeurs étrangères et multiples accumulées parasitaient le flair du lycan, l'empêchant de discerner avec précision les endroits où cette odeur vampirique était la plus forte. On avait visiblement lavé avec soin la boutique récemment, et les effluves de savon bon marché et de bois humide supplantaient tous les autres parfums.

En plus de celle qu'il venait de passer et qui donnait sur la boutique, la pièce comprenait deux autres portes. Il entrouvrît légèrement la première : c'était le vestiaire des couturières. Contrairement au reste de la boutique, la pièce était nue et sans confort : un simple banc en bois ébréché, ainsi qu'une armoire où, devinait-il, les dames entreposaient leurs tabliers.

Il poussa la deuxième porte : c'était un bureau, et à l'odeur qu'il y régnait, il devina que c'était celui du vendeur. Il s'approcha du meuble en chêne parfaitement ciré et ouvrît les tiroirs avec un luxe de précautions. Il ne trouva que des bons de commandes, un flacon de cette immonde eau de Cologne, un coupe-papier en or... Oh...

Il sortît du tiroir une liasse de papiers froissés. Là encore, c'était du Hollandais, mais il devina qu'il s'agissait de factures et de contrats de livraison. Les adresses d'expéditeurs indiquaient des villes telles que Bruges, Amsterdam, et des patelins aux noms imprononçables. Ce qui l'intéressa en revanche, ce fut le nom inscrit dans la partie du document indiquant le receveur et payeur des marchandises : Willem Van Gaskart. Ainsi, c'était cet homme le propriétaire de la boutique ?

Fouinant un peu plus, il tomba sur des feuilles de comptes. Les épluchant en diagonale, il comprît assez vite que c'était ce vendeur, un dénommé Colman, qui s'occupait de la partie finance du commerce, ainsi que de la gestion des salaires. Il s'octroyait visiblement une bonne part du gâteau, tandis que le salaire des sept couturières restait misérable. Tous les papiers qui défilaient devant les yeux du lycan étaient rédigés de sa main, et à chaque fois, comprenaient le tampon et la signature élégante de ce mystérieux Van Gaskart, pour toute validation. Cela laissait sous entendre que le propriétaire ne s'intéressait guère à la paperasse, et qu'il laissait volontiers toute cette charge administrative à ce Colman, qui en profitait bien au passage. Mais de ce Van Gaskart, il n'était que rarement mention dans les papiers, si ce n'est que son nom représentait la boutique dans les documents officiels. Le lycan parvînt cependant à dénicher une adresse, proche de Montmartre, sur une enveloppe contenant un compte rendu des affaires de la boutique, que Colman adressait à un « Très cher Patron et associé ». Les chiffres indiqués sur ce rapport ne correspondaient pas toujours avec ceux mentionnés sur les feuilles de comptes de ce vendeur crapuleux. Colman détournait des sommes faramineuses. Mais cela n'était pas les affaires de l'Italien, qui s'empara d'une plume et d'un bout de papier vierge pour noter l'adresse en question.

Quelque chose chiffonnait Corteo. Un élément qui ne collait pas. Il revînt à la liste des employés. Sept couturières ? Il n'en avait compté que six tout à l'heure...

Son ouïe l'avertit d'une soudaine agitation venant de la boutique. Estelle sortait de ses essayages. Corteo referma les tiroirs, ouvrît la fenêtre, et bondit dans la rue. Il fit le tour du bâtiment pour accéder à la porte de devant, et entra comme ci de rien était. Colman, qui pensait l'avoir vu sortir plus tôt, ne s'étonna guère en le voyant.

« Vos observations ont-elles été fructueuses, Madonna Carsini ? Pourrai-je écrire à Messer Delgari que vous avez trouvé ce qui conviendra au bonheur de sa fille ? » demanda-t-il à Estelle avec un air faussement enjoué.
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Jeu 16 Fév - 7:38

Au moment où les couturières finirent de la mesurer, Estelle était dépitée. Il ne lui restait plus qu’à espérer que Mr Colman lui vendrait des informations plus facilement. Elle s’apprêtait à mettre le plan qu’elle avait formaté dans son esprit lorsqu’elle vit Corteo arriver. Une autre idée germa alors dans sa tête.


« Vos observations ont-elles été fructueuses, Madonna Carsini ? Pourrai-je écrire à Messer Delgari que vous avez trouvé ce qui conviendra au bonheur de sa fille ? »


Il semblait enjoué mais peut être un peu trop pour que ce soit la réalité de ses sentiments. Elle sourit, le lycan arrivait au bon moment.


« J’ai en effet trouvé plusieurs tissus qui la comblerait certainement mais une ombre demeure au tableau. J’ignore le nom du chef de la boutique que je n’ai même pu ne serait-ce qu’apercevoir et j’avoue être mal à l’aise à ce sujet, Messer Delgari voudrai sans doute remercier les tailleurs qui participent par leur dur travail au bonheur de sa fille adorée mais voilà que je me vois obligée de lui signifier que j’en ignore jusqu’au nom du dirigeant. Cela me pose, je l’avoue au problème. »

La jeune marquise avait agrémenté son discours d’une certaine peine qui avait sut, bien qu’elle n’ait pas pris expressément le temps de le vérifier alarmer le cher Mr Colman qui comme elle s’en était doutée refusait de laisser partir une si bonne cliente. Il était devenu blafard quand elle le fixa de nouveau, toujours un air navré sur ses traits et il le sentait près à hurler sous la pression qu’elle lui avait appliqué. Sans même s’apercevoir de ce qu’il disait, il parla de lui-même.


" Je vous en prie, enfin madame, si connaître le visage de notre grand dirigeant peut apaiser vos pensées, il est bien évident que je vous le ferais rencontrer. J’ai du mal m’exprimer tout à l’heure. Le patron de ces jeunes filles et le mien n’est pas présent, je craignais de vous dire qu’il était malheureusement partit déjeuner avec un client important. Il sera surement désolé d’avoir raté votre visite. Si vous souhaitez réellement le rencontrer, je ne m’y opposerais pas. Si vous y tenez vraiment, je vais lui demander de venir vous trouver de lui-même. Où pourrait-il vous joindre ?"


Estelle étouffa un sourire. Il était tombé dans son piège avec plus de facilité qu’elle ne s’y attendait. Avec un sourire soulagé, elle se tourna vers Corteo.


« Vous n’aurez qu’à lui dire de me rejoindre à l’auberge Sainte Marie. Je lui propose un déjeuner pour parler à nos aises de notre affaire. Le signore Corteo sera bien évidement également présent afin de me seconder et de me rappeler au mieux quels sont les clauses qui conviendront le plus au bonheur conjoint de son futur gendre et de sa fille qu’il est si heureux de voir presque mariée. J’avais grand mal à le tenir, chaque fois qu’il me parlait dans ses lettres, je le sentais si ravi de cette nouvelle union, c’est à peine si je ne le voyais pas tressauter de nervosité. J’avoue avoir crains d’atténuer son bonheur qu’il souhaite partager avec tous en lui disant que les habits de sa fille avaient été entièrement crées par des gens qu’il ne pourrait remercier. Je suis heureuse que vous puisiez convenir avec moi et m’aider à agrandir encore sa félicité. »


Elle avait ponctué ses paroles d’amusement et de joie qui achevèrent d’après ce qu’elle vit de convaincre Mr Colman qu’il n’avait commis aucunes erreurs en faisant de telles promesses. Elle connaissait l’auberge, c’était un endroit généralement réservé à la bourgeoisie où personne ne risquait de la reconnaître. Elle sortit avec Corteo et effaça enfin de son visage le sourire enjoué qu’elle avait adopté. Lorsqu’ils furent assez loin pour que nul ne puisse les entendre, elle lui posa enfin la question qui lui brulait les lèvres.


« Alors, Signore Corteo, avait-vous trouvé par le plus grand des hasards quelque chose susceptible de nous aider ? Pour ma part, je n‘ai qu’appris que cette boutique était loin d’être parfaite. Ce qui est loin d’être suffisant pour accuser quelqu’un. »
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MessageSujet: Re: Quoi de mieux qu'un immortel pour en protéger un autre ?   Sam 18 Fév - 10:56

Corteo leva un sourcil amusé devant le jeu de comédienne de sa partenaire. Elle parvenait en quelques battements de ses charmants cils à mener cet homme par le bout du nez. Toutefois son regard s'assombrit quand il lui promit de lui faire rencontrer son patron. Etait-il digne de confiance ? D'après ce qu'il avait découvert, il en déduisait que ce fameux patron n'était pas du genre à réellement se mêler des affaires de la boutique. Sortirait-il de sa retraite pour une cliente, même fortunée ? Et surtout, il avait découvert que ce Colman était une véritable crapule.

Il arbora néanmoins une mine aussi satisfaite que celle d'Estelle en saluant le vendeur, puis sortit de la boutique en tenant galamment la porte à la jeune femme. Il lui offrit son bras dans la rue, et ils s'éloignèrent tous les deux dans la ruelle. Reprenant son rôle de garde du corps, Corteo avançait en jetant des regards autour d'eux, une main posée sur le pommeau de sa rapière.

Enfin, Estelle s'arrêta. Il se pencha, plantant ses yeux azurs dans ceux de la jeune femme, de sorte que leurs visages ne fussent éloignés que d'une vingtaine de centimètres, leur permettant de dialoguer à voix basse.


« Alors, Signore Corteo, avait-vous trouvé par le plus grand des hasards quelque chose susceptible de nous aider ? Pour ma part, je n‘ai qu’appris que cette boutique était loin d’être parfaite. Ce qui est loin d’être suffisant pour accuser quelqu’un. »

Corteo esquissa un sourire. Loin d'être parfaite ? C'était peu dire.

"Mes recherches ont été plus fructueuses, je crois. Tout d'abord, je pense avoir découvert le nom, et peut-être l'adresse du propriétaire. Ce serait un certain Willem Van Gaskart. Ce nom, ainsi que les documents que j'ai découverts, me laissent supposer qu'il vient de Hollande, et que l'essentiel des partenaires commerciaux de la boutique sont également de là bas. Apparemment, il ne s'intéresse que très peu à la gestion de son établissement, et laisse la majorité des responsabilités administratives à ce vendeur, ce Colman. Ce furbacchione semble d'ailleurs détourner un joli pourcentage des revenus mensuels à son profit..."

L'Italien marqua une petite pause, le temps de surveiller l'allée.

"Cet endroit est bien fréquenté par un vampire. J'ai repéré son odeur dans l'arrière boutique, ce qui sous entend que ce n'est guère un client, mais bien un employé. Sur les listes que j'ai eu sous les yeux, neuf personnes étaient inscrites. Nous en avons vu sept, toutes humaines. Il reste ce Van Gaskart, ainsi qu'une couturière dont je n'ai pu trouver le nom..."

Corteo prit un petit temps pour réfléchir.

"Posséder un commerce de ce niveau et en délaisser la gestion peut supposer un désintérêt des biens matériels et des affaires... ce qui correspondrait assez à un immortel. Néanmoins, ce Van Gaskart est peut-être aussi un simple homme d'affaire, possédant peut-être plusieurs commerces de ce genre et donc forcé de déléguer les responsabilités que cela entraîne à des crapules comme Colman. Mais dans ce cas, je suppose que son nom serait un peu plus connu. Ou bien est-il malade, ou trop vieux pour s'en charger de lui même ? Ma foi, Cara mia, je ne suis que votre garde du corps pour cette affaire, et non l'enquêteur, alors je laisse ses questions à vos soins. En ce qui concerne la septième couturière, je n'ai trouvé d'elle que la mention de son existence. Je n'ai pas eu le temps de fouiller le vestiaire des employées pour en apprendre d'avantage. Ce pourrait aussi bien être elle la vampire."

Il poussa un soupir et s'adossa contre le mur, à côté d'Estelle. Il sortit de sa poche le papier sur lequel il avait noté l'adresse et le tendit à la jeune femme.

"Va bene. Et maintenant, Signora, que fait-on ? Même si vampire il y a, rien ne prouve que c'est lui le coupable de ces meurtres."



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