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 Parlons un peu sous la pluie !

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MessageSujet: Parlons un peu sous la pluie !   Ven 4 Nov - 22:30


-Dépêche-toi, Estelle, nous avons un rendez-vous important aujourd'hui ! Prépare-toi vite ! La voiture nous attend déjà !

Tirée du sommeil par les tambourinements de sa tante contre sa porte, Estelle grommela sous les pâles draps de soie mais lui obéit. Après une rapide toilette, les domestiques la vêtirent et elle descendit à la cour de leur hôtel où déjà le cocher retenait à grande peine les chevaux de la voiture qui attendaient. Le plus grand animal de l'étalage était un superbe étalon d'un noir pur rappelant par sa grâce et sa majesté la beauté d'une nuit sans lune. A sa vue, il se calma aussitôt. Dès son arrivée au domaine de sa tante quatre ans plus tôt, un lien c'était créer entre eux. Elle caressa délicatement les naseaux du cheval et s'appuya un instant contre lui. Elle n'avait jamais compris comment ce cheval pouvait supporter sa vue. A cause de la naïveté de sa mère et de l'amour aveugle que ses parents se portaient mutuellement, du ventre de Johanna Antoweif était sorti un enfant aux origines métissées. Elle en avait un instant voulu à cette femme qu'elle n'avait pas connu et s'était souvent dit que si sa mère n'avait pas eu l'aveuglement et la stupidité d'épouser son père, elle serait peut être née en temps qu'humaine au lieu de quoi, elle se retrouvait dans un semi-état. Ni humaine, ni vampire, craignant de faire du mal aux personnes qui lui importaient, ses origines l'oppressait de toute part. Si sa tante ne l'avait pas recueillie à la mort de son père, elle serait sans doute devenu un être assoiffé de sang et incontrôlable à la mort de son père.

Son père....Une multitude de souvenirs l'assaillirent soudain avec violence. Son père qui l'écoutait chanter, son père le jour de ses 16 ans, un mois avant sa mort.... La nausée la prit soudain et elle ne put empêcher les autres images de déferler dans sa tête. Son père froid et pâle comme de la glace, son corps déjà rendu dur comme de la pierre par la rigidité cadavérique. Elle n'avait pas voulu y croire. Son père, si grand, si imposant, si fort, tenait dans un drap. Elle s'était attendue à tout moment à le voir se lever et lui dire en riant à gorge déployée que c'était une plaisanterie. Mais hélas, le marquis Alexis Antoweif était bel et bien mort. Elle avait pleuré, pleurer.... Elle ne savait plus combien mais pour son esprit d'adolescente, nulles larmes, nulles paroles n'aurait put la réconforter dans la souffrance de la perte de son univers. Longtemps encore après sa mort, elle avait cru pouvoir sentir sur sa joue les grandes mains chaudes de son père. Caressant, comme toutes les fois où elle sentait l'abattement du deuil refaire surface, un médaillon finement ciselé où, elle le savait, été peint un portrait de ses parents du temps où ils étaient encore vivants. Vivants..... A cette pensée, la jeune femme sentit des larmes de douleur perler sous son masque impassible mais elle se fit violence et se redressa, comme toujours. Retrouvant son habituelle confiance en elle, elle releva la tête et essuya d'un revers de la main les prémices de sa tristesse.

Lorsqu'elle s'installa à l'intérieur de la voiture, sa tante, Lorena Antoweif et vampire de son état, l'attendait. Aussitôt, elle lui expliqua leur programme de la journée.

-Pour commencer, nous nous rendrons au palais royal pour un rendez-vous important. Un conte aurait besoin de mes services ma chérie. Ensuite, mous rentrerons au domaine pour le repas et tu me feras entendre ton piano. Je veux constater de moi-même tes progrès. A 15 heures, équitation, à 16 heures, petit thé, à 17 heures, leçon de danse et à 18 heures, toilette, repas et coucher. Ce programme à ton accord ? Bien, j'en suis heureuse.

Estelle hocha la tête vaguement surprise même si elle n'en laissa rien transparaître. Il était bien rare que sa tante consacre toute une matinée pour espionner une seule personne. Intriguée, elle ne pipa mot sur ce sujet et préféra parler à sa tante d'un nouveau roman à l'eau de rose qu'elle lisait actuellement.

Sa tante était belle, seul un idiot ne s'en serait pas rendu compte. De longs cheveux bruns qui encadraient un visage parfait aux traits cristallins encore embellis par ses magnifiques yeux émeraudes qui scintillait comme la pierre dont ils étaient le reflet exact. Elle portait en cette belle matinée une jolie ombrelle pour que sa belle peau diaphane ne brûle pas au soleil assassin. Là était son désavantage. Son corps ne pouvait -comme tous les mordus- pas supporter les chaleureux rayons de l'astre. D'après ce qu'elle en savait, c'était la seule chose que sa tante regrettait de sa vie mortelle.

Le trajet se déroula sans encombre dans une ambiance chaleureuse comme seule peut l'être celle d'une tante et de sa nièce, une ambiance complice et confiante. Bientôt elles virent enfin se dresser devant elles les tours du palais. Arrivée à l'entrée, Sa tante déclina leurs identités et elles purent entrer.

Estelle fut ébahit par la splendeur de tout le bâtiment. Tout ce qu'elle avait entendu sur le palais royal concernait le fait qu'il était splendide et que le roi était absolument terrifiant. Elle pouvait déjà confirmer la première rumeur mais ne se risquerait certainement pas à tenter de vérifier la véracité de la seconde. Pour les gens comme elle, cela était bien trop risqué. Sa tante lui avait expliqué bien des fois que le roi désapprouvait et chassait les vampires aussi mieux valait ce faire discret. Abasourdie par la finesse des sculptures et des meubles, elle les regarda attentivement. Une telle magnificence ne se rencontrait pas tous les jours, aussi elle grava chaque détail dans sa mémoire.

Un domestique les conduisit, à travers de nombreux couloirs rivalisant tous de beauté les uns envers les autres, vers des appartements mais alors qu'elle s'apprêtait à entrer, Lorena la retint et lui dit :

-Je n'ai pas besoin de toi ici ma chérie. Va visiter le palais ou les jardins. Je te prie. Je ne serais pas longue.

Estelle protesta évidemment face à cette demande inattendue. Elle l'accompagnait toujours, pourquoi pas cette fois ? Mais rien n'y fit et Lorena lui interdit tout de même l'accès. Laissée seule dans le couloir, son esprit ressentait déjà l'engouement provoqué par la rage et la demoiselle -après avoir vérifié qu'elle était seule- sera les points et laissa transparaître sa colère. Elle ne s’attendait certainement pas à être congédiée comme une domestique ! Sa propre tante lui avait demandé d’aller se balader et voir le jardin. Un léger froncement de sourcil -signe chez elle d'une grande contrariété- vint troubler un instant son visage d’ange redevenu paisible de peur que son masque de parfaite jeune fille ne se brise. Lorena savait pertinemment que se faire écarter de la sorte l'énerverait et pourtant, elle lui avait même conseillé avant de la laisser d'avancer ses leçons particulières. Avancer ses leçons ! Comme si elle était une élève décevante !

Contrariée et cherchant un endroit où laisser éclater sa colère, elle se dirigea tout naturellement vers les jardins, son lieu préféré. Pour elle, éprise de liberté, les jardins étaient parfaits. Elle s’arrêta soudainement aux côtés d’un superbe buisson de roses rouges d’une magnifique couleur profonde et ne put se retenir, malgré ses prémices de colère bouillonnants, de sentir le doux parfum de la fleur. Depuis toujours, et ce quelque soit son degrés de colère, le parfum de ces fleurs l’avait toujours rasséréner. Repoussant une mèche de ses beaux cheveux de soie, elle se pencha et cueillit la plus jolie des roses du buisson qu’elle accrocha délicatement dans ses mèches d’argent. Fermant les yeux et se laissant porter par l'odeur, elle se sentit brusquement sereine et son visage s'éclaira soudain de son habituel sourire joyeux. Elle songea un instant, en sortant un petit miroir de son nécessaire à espionnage, que cette fleur s’accordait à merveille avec sa tenue. Une robe rouge sombre avec de fins jupons et volants en dentelles fines. Quand elle avait vu son regard attiré par ce vêtement sur le mannequin de sa couturière, elle avait immédiatement été séduite par la beauté et la dignité de cette tenue. Ni trop handicapante ni trop banale. En clair, parfaite. Elle avait laissé ses cheveux lâches et ne portait aucuns chapeaux. Ses chaussures de velours, des bottines noire étaient assorties à sa robe et ne dépassaient que légèrement des élégants drapés de ses jupes.

Elle en était encore là, plongée dans ses pensées, tout soupçon de colère éradiqué de son être, quand une goutte d’eau glissa soudainement jusqu’à ses bras bien peu couverts par le tissus : en cette radieuse matinée, le temps lui avait parut si clément lorsqu’elle avait choisi sa tenue qu’elle n’avait pas prévu de pluie. Son corps était donc bien peu protégé par ses vêtements printaniers. Agacée, elle chercha du regard un endroit où s’abriter. Levant les yeux vers le ciel, elle vit de gigantesques nuages noirs qui planaient comme mille ombres au-dessus de sa tête. Elle n’aimait pas la pluie. Elle trouvait ce fait morne et déprimant. Avec ces quelques gouttes, elle se sentait déjà fatiguée et l’idée d’un endroit abrité où se reposer était charmante. Enfin, elle trouva ce qu’elle cherchait : un endroit clos, calme et, comble de ses souhaits, entouré de roses. Sans plus y réfléchir, elle s’y précipita avant d’être entièrement trempée.

La pergola, était bien évidemment sublime –un palais se doit d’être magnifique, n’est-ce pas ?-mais hélas particulièrement vide. Ce n’était guère étonnant dans ce recoin isolé du jardin mais tout de même ennuyeux. En jetant un léger coup d’œil vers le dehors, elle se résigna à compter le temps passer. Il ne lui restait qu’à espérer que la pluie torrentielle qui s’était déchaînée se calme vite. Lassée de rester debout, elle s’assit sur un banc et sans doute, finit par s’assoupir quelques minutes.

Elle fut réveillée par des bruits de pas et tournant le regard vers leur origine, elle découvrit une belle jeune femme aux longs cheveux bruns ondulant. Elle avait sans doute aussi désiré s’abriter de la pluie. Détaillant de ses beaux yeux clairs encore embrumés par le sommeil l’inconnue, il lui sembla pourtant la connaître. Peut être n’était-ce qu’une faible impression, mais… Non, elle était sure de la connaître. Elle la détaillait encore lorsque cela lui revint brusquement. Oui, cette femme se nommait Mary Ann Wickford. Elle était baronne. Sa tante lui avait un jour, il y a de cela quelques hivers, présenter et fait apprendre les visages de tous les personnages de la cour et cette dame très élégante faisait partie de la liste. Si ses souvenirs étaient exacts, elle avait deux ans de plus qu'elle et était née le 22 avril dans une belle demeure au bord de la mer. A cet âge, jugea t-elle, on était encore d'une compagnie agréable. Elle sourit chaleureusement. Il semblerait que l’attente soit peut être moins longue qu’elle ne l’avait imaginé tout d’abord. Sans le savoir, cette dame l'avait libérée d'un ennui mortel et avec cela lui parut tout de suite sympathique. Après tout, une femme avec laquelle on pouvait bavarder était forcément gentille. Avec un petit signe de la main, elle l’invita poliment à s’assoir et lui demanda poliment:

-Cela vous dirait-il de vous joindre à moi ? L’attente me paraîtra sans doute moins longue si une personne me tenait compagnie. J’espère que cela ne vous ennuie pas si je vous demande aussi cavalièrement de discuter avec moi ?

Intérieurement, elle pria pour que cette réponse soit positive. Elle ne se voyait absolument pas attendre seule que la tempête qui semblait s’être déclenchée à l’extérieur se calme. Elle attendit avec angoisse la réponse de la baronne de son masque calme.

[Voilà, en espérant que ce début te convienne. A toi !]
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MessageSujet: Re: Parlons un peu sous la pluie !   Dim 13 Nov - 17:43


Estelle Antoweif & Mary Ann Wickford ♥



Brisons ces pas, cette lassitude et ce malheur qui s’entremêlent.

Un doux rayon annonçant le matin perçait à peine la fenêtre que la demoiselle Wickford s’activait déjà devant la journée à venir, car il lui fallait savoir partir à point si elle voulait triompher de toutes les innombrables besognes qu’elle s’était imposée. Pas qu’elle désirait ardemment trimer toutes ces saintes heures, mais vaut mieux avoir un but que d’avancer à tâtons et faire fit de choses qu’on pourrait regretter plus tard. L’oisiveté n’est-elle pas la mère de tous les vices ? Aussi, Mary Ann préférait quitter son lit si douillet avant les autres occupants de sa demeure. Le silence avait un prix et une plénitude si recherchés, depuis quelques semaines, qu’il semblait lui filer entre les doigts à chaque fois qu’elle tenait à s’en accaparer. C’était à croire que ses domestiques désiraient avidement entendre à toute heure le son de sa voix simplement pour combler un vide qui n’était pourtant pas si envahissant et désolant. Et les moyens pour y parvenir semblaient impossible à énumérer, allant jusqu’au questionnement sur la disposition des vases qui, jusqu’à ce jour, n’avait guère déplu à qui que ce soit. Pourquoi désirer à ce point un babillage inutile et oppressant ? En bonne maîtresse de maison, elle ne pouvait que convenir à répondre à ces interrogations qui semblaient si importantes aux yeux de ses servantes. Parfois et avec chance, un simple hochement de tête suffisait. Allez savoir ce qu’un vase de salon peut changer ou non dans votre vie qu’il soit légèrement en retrait ou trop voyant. N’est-ce pas futile comme question ? De plus, sa contribution paraissait volatile puisque, dans la plupart des cas, la décision avait déjà été prise dans son ensemble par une gouvernante trop sûre d’elle. Enfin, il fallait penser que la demoiselle n’aurait jamais entièrement les rênes en main dans cette maison.

Mary Ann soupira, puis bailla, chassant les derniers vestiges de sommeil. Elle entendit la porte de sa chambre s'entrouvrir avant que le bruissement d’un jupon de lainage gris annonce la venue de Nanie, sa gouvernante. La jeune femme remonta au somment de son crâne, en un geste habile, ses voluptueuses mèches auburns en un chignon lâche, tandis que la vieille dame serrait son corset d’une poigne de fer – un peu trop fort au goût de la demoiselle dont la respiration devenait presque sifflante. Piquant ses éternelles pinces dans ses cheveux, elle se laissa pomponner et choyer par les mains aguerries de sa gouvernante, l’esprit tourné vers des réflexions abstraites et floues –le genre qu’on est seulement apte à formuler quand on vient à peine de se lever.


« Vous êtes bien pensive Miss Wickford. »

« Je sais ma chère Nanie. Il faut croire que je n’ai jamais les idées claires. »

« C’est que vous restez trop longtemps le nez dans vos fichus registres. Ça vous embrouille la tête tous ces noms et ces nombres-là ! Depuis quand n’êtes-vous pas sortit prendre l’air, hein ? »

« J’ai bien du retard sur ces "fichus registres", comme vous le dîtes si bien. Nanie, à quelle heure notre invité doit-il arriver ? »

Mary Ann lança un regard surpris à sa gouvernante qui ne déniait pas répondre. À croire que le chat lui avait mangé la langue. La jeune femme lui empressa de parler, voyant déjà les minutes défilées dans le mutisme de Nanie. Celle-ci lui dit du bout des lèvres que leur invité ne viendrait sans doute pas. La demoiselle frappa nerveusement le coin de son boudoir du dos de sa brosse, quémandant des explications. Ce monsieur Murell était attendu depuis plusieurs semaines déjà, car il devait signer un document attestant qu’il louait les services de la compagnie de Mary Ann pour une exportation de produits manufacturés vers le sud du territoire. Elle ne pouvait passer à côté d’une telle commande. Dommage que l’homme se soit éclipsé ou ait trouvé une centaine d’indisposition pour l’éviter. Enfin, s’il l’évitait…Ses suppositions n’étaient basées sur aucun fait crédible méritant d’être retenu.

Nanie la ramena à l’ordre en lui tendant ses gants et son chapeau orné de dentelles. Grâce à la fortune ramassée au cours de toutes ses années et au dur labeur accompli, on lui avait attribué le titre de baronne. Enfaîte, il appartenait en réalité à son père, mais n’ayant aucun héritier mâle, ce titre accompagné d’un devoir retombait sur les épaules de sa fille. Celle-ci le percevait comme une lame à double tranchant. Il est parfois bien peu commode de se trouver au plein milieu d’une jungle de la haute société. Le code vestimentaire n’était qu’un autre accommodement raisonnable parmi tant d’autres ou plutôt, un accord tacite passé entre la baronne et sa gouvernante, qui refusait de voir sa protégée vêtue indécemment, c’est à dire, sans aucun apparat garnissant sa jolie tête. Mais il faut savoir bien faire, dans ce monde, si on ne veut que des langues acérées de rapaces nous enfouissent sous une mauvaise réputation bien peu plausible. À croire que seule la perfection est recherchée par les « vautours de la cour ». La demoiselle Wickford sourit sous cette appellation bien peu commode trouvée, autrefois, par son père qui voyait d’un mauvais œil toutes expositions de richesses et d’échanges de dérisions. Le chant de la mer était à ses oreilles une mélodie près d’un million de fois plus attirante que le bruit sourd causé par tous ces commérages échangés à grands cris ou tels des sifflements de serpent, vicieux et sonnant horriblement faux.

Nanie lui tendit une enveloppe finement ciselé, dont la cire formait un anneau fracturé en deux à qui les conjonctions se tordaient pour former un M. La baronne haussa un sourcil pour esquiver sa surprise. La vieille femme dénie son regard interrogatif par un haussement d’épaules. Elle n’en savait pas plus qu’elle. Les affaires de sa maîtresse ne l’importunait dans aucune mesure et le brave jeune homme servant de messager pour messire Murell –comme sans doutait Mary Ann- ne lui avait fourni aucune explication pouvait l’éclairer. La baronne congédia la gouvernante d’un regard avant que celle-ci lui spécifiait que les servantes l’attendaient dans la grande salle pour recevoir leurs ordres. Mary Ann évinça l’information en lui faisait signe de prendre elle-même les mesures nécessaires. Se retrouvant seule, elle fit fondre la cire pour crocheter la lettre. Elle espérait que cela ne fusse pas encore de mauvaises nouvelles qui assombriraient sa journée. Le papier sentait l’huile de violette et l’odeur ne fut que plus persistante lorsqu’elle finit de le déplier.


« Ma chère, je suis sincèrement désolé pour tous ces désagréments.
J’étais dans une position, ma foi, fort inconfortable avec des lords, que je n’en doute pas, vous en penseriez du mal.
Je vous implore de me pardonner et de me rejoindre au palais où je possède déjà un premier rendez-vous d’affaires.
Avec mes plus grandes salutations.
M. »

La jeune femme, toujours la lettre en main, descendit d’un pas excédé et précipité jusqu’au rez-de-chaussée où elle appela à grands cris son côcher. Le pauvre homme, ne se doutant absolument pas des humeurs maussades de la baronne causées par sa précédente lecture, fut bien pris de peur en la voyant frapper du pied aussi impatiemment. Pas qu’il ne fût guère habituer. Le caractère changeant de la fille du capitaine n’était plus un secret pour personne à des milles à la ronde. Il fallait prendre les bons jours comme ils venaient et les mauvais…Mais cette fois-ci, elle semblait prête à laisser éclater une de ses crises d’hystérie si bien attribuer aux fillettes dont les pères ont trop de moyens ou pas assez de temps pour leur accorder leur attention. Très inhabituel si vous vouliez l’avis du vieil homme. Il n’attendit pas que le ciel lui tombe sur la tête avant de filer chercher la voiture et d’ordonner qu’on équipe les chevaux. Qu’est-ce qui avait donc pu encore frapper la demoiselle Wickford ? Celle-ci rongeait lentement son frein, la mine atterrée et l’esprit alerté. S’il y avait une chose qu’elle aurait bien souhaité éviter pour cette journée annoncée s’était un rendez-vous imprévu et qui discordait totalement ses plans déjà en place. Saisissant au passage, un croissant dont seule Nanie possédait le secret de sa riche garniture, elle prit la peine d’accompagner son côcher dans ses préparatifs, se doutant fortement qu’elle le mettait sur les nerfs bien plus qu’autre chose, mais elle n’avait guère le temps de s’arrêter sur les enfantillages d’un vieil homme au bord de l’évanouissement tant il était énervé. Au bout de plusieurs minutes qui lui semblèrent interminable, elle put enfin gravir l’élévation la menant à l’intérieur de sa voiture. Maintenant, il lui fallait contrôler son air révélateur qui apparaissait d’une manière si voyante sur son visage crispé. Être maîtresse de ses émotions, une capacité bien plus que nécessaire dans le domaine du commerce aussi humble soit-il.

Durant la route la menant à son point d’arrivée, la demoiselle eut le temps de mettre en pièce son éventail brodé tant ses mains ne demandaient qu’à être occupées et éloignées de tout stress qui les mènerait à l’incohérence. Pourtant, lorsqu’on vint lui ouvrir la porte du côche d’une délicate attention plutôt que d’un devoir oppressant, on ne put qu’apercevoir une mine transparente bien alimentée de santé et dont les joues légèrement enjolivées de tâches de rousseur ne laissaient aucun tressaillement trompeur. Une vraie actrice aux charmes traîtres. Elle tendit la main d’une manière obligée et sourit à la ronde tandis que sa respiration s’écrasait sous son corset. Elle quémanda d’une voix claire, mais forte, qui ne laissait aucune place à l’opposition, qu’on la conduise à Monsieur Murell dans les délais les plus brefs. Sa patience avait été bien aiguisée ces derniers jours devant son invité fantôme. On la guida dans un dédale de couloir pour la faire entrer dans un petit salon richement serti. Elle n’eut pas à languir longtemps avant qu’un homme la rejoigne. Elle sut contenir sa déception quand le fait qu’il ne s’agissait aucunement de M.Murell. L’être devant elle avait tout d’un larbin et rien d’un gentilhomme ou quelque possible associé. Sa carrure, sa façon d’être et les habits, dont il était pourvu, n’avaient rien de distingués. Toujours calée dans un des fauteuils, mais l’esprit en alerte, elle demanda d’une voix presque blanche de colère où se trouvait son sollicitant. Son interlocuteur lui répondit qu’il était indisposé, mais qu’il l’avait fait venir à sa place pour traiter quelques points du contrat en cours. Il était un homme de confiance, osa-t-il rajouté. Mary Ann se retint de rire devant tant de calomnies. Mais comment ce voyou pouvait-il croire qu’elle lui accorderait une minuscule parcelle de confiance ? Pensait-il vraiment qu’elle ne se laisserait pas méprendre devant ses intentions et celles de M.Murell ? Une chose conservait un aspect clair et compréhensible dans son esprit : On ne cherchait qu’à l’intimider en la mettant devant pareille personne pour que les marges du contrat soit bâclées et désavantageuses en son encontre. Époussetant calmement sa robe nullement froissée, elle enquit son adversaire qu’elle ne conclurait pas quoi que ce soit sans la présence physique -crue-t-elle bon ajouter- du si incommodé M.Murell. Cette fois-ci, elle s’autorisa à faire poindre de l’hypocrisie dans ses paroles. Il fallait comprendre qu’elle n’aimait guère qu’on se joue d’elle surtout que sa journée n’avait pas pu être plus gâchée par ce voyage finalement bien inutile. Sur ce, elle prit aimablement congé de l’homme, malgré les circonstances de leur échange, et sortit d’un pas presque théâtrale de la pièce, laissant un vaurien bien hébété et incrédule. Son petit numéro avait pourtant bien fonctionné avec ses précédentes victimes.

Mary Ann observa autour d’elle. Devait-elle retourner dans sa demeure pour se morfondre de ce rendez-vous catastrophique ? Non, une fierté est si facile à perdre et à oublier. L’astre du jour avait déjà bien entamé son chemin dans les cieux même si on apercevait nettement les premiers signes d’une future température houleuse, la baronne n'y fit guère attention. Elle opta même pour aller passer un peu de temps dans les jardins royaux, véritables joyaux d’horticulture et d’exotisme, disait-on ; mais les médisances étaient fort peu importantes au goût de la jeune femme, autant se créer une idée par elle-même. Elle se dirigea, donc vers le lieu précédemment nommé pour parfaire sa culture en matière de fleurs. Elle ne fut pas déçue. Un tel spectacle égalait un ravissement pour les yeux tant les couleurs harmonieuses et les parfums divins envahirent son champs de vision et son odorat. Elle se permit de cueillir une de ces fleurs si voyantes nommées orchis, mais perdue dans sa contemplation de merveilles, elle ne vue pas le temps s’assombrir grandement. La bourrasque de vent qui plaqua ses multiples jupons à ses jambes la ramena plutôt brusquement à la réalité. Elle ne put faire un mouvement avant que la pluie annonce à son tour son arrivée d’une manière fracassée. La jeune femme eut une pensée désolée pour son chignon si élaboré qui rendit l’âme au deuxième coup de vent. Ces épingles finirent leur course dans un bosquet près d’elle et sa chevelure désordonnée lui retomba sur les épaules d’une façon fort hardie. À son âge, il était indécent de garder ses cheveux aussi volages, mais bon, qui pouvait bien la sermonner en ces lieux ? Elle jeta un regard à la dérobée. Elle ne pouvait rester sans agir, elle finirait par être complètement trempée, ce qui serait un comble vue son était actuel. Ses yeux s’attardèrent sur la pergola. Mais pourquoi pas ? Bravant la tempête qui arrivait, elle se fit un chemin dans cette voie. Se croyant seule, elle eut un mouvement de recul non-négligeable en voyant assoupie une jeune femme sur un banc. La baronne se mordit les lèvres, espérant ne pas avoir troublé son sommeil, mais l’endormie s’extirpait déjà de ses rêves. Elles s’observèrent l’une et l’autre pendant plusieurs secondes, essayant certainement de déterminer exactement à qui elles avaient respectivement affaire. Le sourire que la jeune femme adressa à Mary Ann mit cette dernière que celle qu’elle croyait être une inconnue ne l’était peut-être pas. D’ailleurs cette forme de visage et cette lueur dans les yeux lui étaient familières. Reprenant lentement ses esprits, elle comprit qu’elle se trouvait en présence de miss Estelle Antoweif, nièce d’une de ses connaissances, Lorena Antoweif. Elle l’avait déjà rencontrée, mais où ? Elle ne put saisir l’éclair de lucidité qui la traversa et le souvenir se fondit dans l’oublie. Enfin, connaissance ou pas, la politesse était toujours de mise. Mary Ann la salua respectueusement d’un signe de tête et d’une légère inclinaison. Répondant à sa demande, elle prit place à ses côtés, veillant à ce que ses jupes légèrement mouillées ne touchent pas la jeune femme.


« Ne vous inquiétez pas ma chère, je n’ai compris aucune insolence dans vos paroles et j’accepte avec joie votre proposition. Il est vrai qu’il vaut mieux occuper notre temps à discuter qu’à s’évertuer contre cette tempête impromptue. »

Elle adressa un regard vers le ciel décoré de toutes les nuances de gris existantes. Un véritable paysage de mort et de désolation. Il n’en aurait peu fallu de plus pour convaincre sa vieille Nanie d’un mauvais présage, aussi croyante était-elle. Mai s la baronne ne craignait pas les caprices de la nature lorsqu’elle avait les deux pieds sur terre, sur mer, et bien, c’était tout autre cas…

« Mais dîtes-moi, vous êtes bien miss Antoweif ou ma mémoire me méprend d’une façon honteuse ? Votre visage m’est plus que familier, pourtant je n’arrive point à me souvenir dans quelles circonstances date notre rencontre. Il est vrai que de récents événements m’affairent à un tel point que je ne sais plus où donner de la tête…mais excusez-moi, il est bien vulgaire de tout ramener à moi. »

Mary Ann adressa un air confus à sa compagne de banc. Mais où était passé ses manières ? L’euphémisme de croire que le récit de sa vie pourrait intéresser une personne qui vient à peine d’ouvrir les yeux est en soi assez dérangeant à l’oreille pour sa propre émettrice. Sa voix sonnait comme celle d’une étrangère dépourvue d’éducation prête à donner naïvement ses confidences sans qu’elles ne soient désirées par qui ce soit. Voulant réparer quelque peu son erreur ou du moins l’atténuer, la baronne s’enquit auprès de la jeune femme :

« J’espère bien me rattraper en vous demandant qu’est-ce qui vous amène dans un lieu aussi isolé que la pergola si ce n’est que cette mauvaise pluie ? Et je vous demande pardon d’avance si cette humble question vous importune. »

Elle lui sourit sans savoir si ces paroles qui pourraient paraître hasardeuses créaient un quelconque malaise. Mais il valait mieux oser dans un endroit aussi exigu que de laisser entrer un aura de tension dût à des silences trop pesants. En effet, les brumes nuageuses semblaient formées un voile autour d’elles, les coupant totalement d’un aussi petit et insignifiant contact avec le monde extérieur. Le temps n’était pas aux airs timides et aux réserves des jouvencelles effarées, mais bien à l’attitude de femmes fières et en paix avec leur entourage.

[HRP : Désolé du temps de ma réponse. Les cours tuent mon inspiration.T.T]
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MessageSujet: Re: Parlons un peu sous la pluie !   Lun 14 Nov - 19:53

Estelle regarda avec un certain amusement (très bien dissimulé cela dit) la jeune baronne prendre place à ses côtés sur le pâle banc de pierre froide. Dieu, que cette femme était polie ! Elle avait même écarté légèrement, de façon presque imperceptible, ses jupes pour ne pas mouiller celles déjà sèches de la marquise. C’était sans aucuns doutes cela une femme distinguée. En entendant venir à ses oreilles la réponse de la baronne, elle sentit venir à elle une certaine vague de soulagement. Sa demande n’avait heureusement pas été perçue comme irrespectueuse et elle qui n’avait jamais apprécié la pluie ne devrait pas attendre seule que celle-ci disparaisse. La marquise attendit calmement qu’on lui adresse la parole et de ses manières les plus discrètes, redressa son dos et croisa ses pâles mains à la naissance de ses jupes à la manière des nobles les plus distingués comme le lui avait enseigné sa tante. Absorbée par la contemplation des roses légèrement rosies par l’humidité, elle releva gracieusement la tête, secouant ses boucles de neige et sourit à la baronne qui lui adressait la parole :


« Mais dîtes-moi, vous êtes bien miss Antoweif ou ma mémoire me méprend d’une façon honteuse ? Votre visage m’est plus que familier, pourtant je n’arrive point à me souvenir dans quelles circonstances date notre rencontre. Il est vrai que de récents événements m’affairent à un tel point que je ne sais plus où donner de la tête…mais excusez-moi, il est bien vulgaire de tout ramener à moi. »


Cette baronne avait une bonne mémoire. Elles s’étaient en effet fugacement croisées lors d’une réception il y avait de cela quelques années. Son apparence n’était alors point encore figée et son visage possédait encore ses caractères juvéniles et innocents. Leur rencontre s’était alors résumée à une salutation aussi brève que simple et il ne serait jamais passé dans son esprit que quiconque ait pu se souvenir d’elle. Lors de cette soirée de printemps, Lorena l’avait présentée à toute la cour comme sa pauvre nièce orpheline de père et dont la mère été décédée lors de l’accouchement. Ce souvenir était l’un des plus humiliants de toute sa vie. Ce soir là, toute sa peine et sa souffrance avait rejaillie lui jetant au visage toute la faiblesse de son âme. Cette nuit-là, elle avait pleuré lorsque Lorena et elle étaient revenues à leur demeure. Estelle avait dû endurer pendant toute la soirée les condoléances de tous ces nobles hypocrites sans pitié. Partout les mêmes mots. Tous la consolaient avec des mots vides de sens. Elle avait souhaité s’enfuir au plus tôt de cette maudite réception, loin des masques rieurs des nobles plongés dans l’oisiveté et l’ennui pourtant, elle s’était forcer à rester debout, à sourire alors que tout son corps, tout son être désirait hurler, leur crier au visage ce qu’elle pensait vraiment de toutes ces poupées insensibles qui l’abreuvait de compliments, noyant son jeune esprit de fausse compassion. Elle n’avait été pour eux qu’une attraction. Un jouet d’une nuit dont on se lassait vite d’ailleurs, si la baronne lui était restée en mémoire s’était justement parce qu’elle s’était montrée particulièrement sincère et aimable. Elle n’avait pas tenté de lui faire croire que sa douleur passerait et que pleurer son père était idiot.

Après cette sinistre nuit, en la consolant, dans sa chambre encore bien étrangère, Lorena ne lui avait dit que quelques mots qui pourtant l’avait marquée à jamais :


-Dans ce monde, tous sont ainsi. Je t’ai conduit à cette fête uniquement pour t’avertir. Ne baisse jamais ta garde. Ici, personne ne dévoile son vrai visage. Seuls les masques sont visibles. Ne l’oublie jamais. Aucun propos ne sera jamais sincère. Deviens forte et sois sans pitié envers tes ennemis. Noies-les de paroles hypocrites et remporte la victoire.


Alors elle était devenue forte. Elle avait abandonné son ancien elle, l’avait caché sous des couches et des couches de vernis impénétrable. Elle avait protégé son cœur d’une armure de glace, repoussant toutes marques d’affections d’un visage aisément malléable. Les seules à avoir pu réellement y trouver une place n’étaient que deux. La première était sa tante, la seule envers qui elle pouvait être sincère au sujet de ses inquiétudes. La seule famille qui lui restait. L’autre femme avait les traits d’une enfant. Lily Olivia Rousseau. Victime d’une maladie empêchant son corps de vieillir, ses traits resteraient éternellement ceux d’une enfant d’une douzaine d’années. Elle voyait un peu Lily comme sa petite sœur. Elle fut envahie d'une poussée de tristesse lorsqu'il lui revint en mémoire que ce bonheur qui lui semblait pouvoir durer à jamais était en fait bien éphémère. Lily était humaine et dans quelques années, on commencerait à se poser des questions, après tout, elle avait cessé de vieillir. Rien n'était éternel. Ni le bonheur, ni la souffrance. Même pas la maudite pluie glaciale qui martelait de ses tapotements incessants la pergola. Ainsi, au fil du temps, sa peine avait fini par s'appaiser. Elle n'avait évidemment pas disparue ; cela aurait été bien trop rapide mais elle s'était muée en nostalgie, en souvenirs joyeux, en souvenirs tristes . . .

°La baronne, songea-t-elle en détaillant discrètement son visage de ses yeux d'argent avait su rester elle-même.° Ses mouvements, ses manières, tout paraissait si sincère, si réel ! A travers cette femme, Estelle entrevoyait ce qu’elle aurait pu devenir. Elle l’enviait tant ! Peut-être qu’un jour elle aussi serait capable de montrer aux autres son véritable tempérament. Peut-être un jour elle aussi se montrera capable de sourire joyeusement et de proposer à ses amis d’aller se baigner à la plage, courir dans les campagnes ou boire du thé dans une ambiance détendue et chaleureuse et elle pourrait rire et plaisanter tel qu’elle le faisait avec sa tante et Lily. Son esprit caressa un instant cette idée mais la rejeta douloureusement. Elle ne pourrait jamais s’amuser librement, pour elle, c’était impossible. Elle hésita à mentir à la baronne en prétendant qu’elles ne s’étaient jamais rencontrées mais elle ne put se résoudre à mentir à une personne aussi sincère. Elle allait lui répondre lorsque la baronne la prit de vitesse en lui disant :


« J’espère bien me rattraper en vous demandant qu’est-ce qui vous amène dans un lieu aussi isolé que la pergola si ce n’est que cette mauvaise pluie ? Et je vous demande pardon d’avance si cette humble question vous importune. »


Estelle rougit brusquement. Toute plongée dans ses pensées qu’elle était, elle avait dû donner l’impression de trouver la question impolie. Tournant vivement la tête, elle répondit aussitôt de manière spontanée, sans même réfléchir, toute embarrassée qu’elle était :


-Oh, je vous assure que votre demande était on ne peut plus polie. Je m’excuse si je vous ai donné l’impression d’en avoir été offensée mais en réalité, je songeai à la manière la plus simple de vous répondre. Nous nous sommes effectivement croisées il y a trois ou quatre ans lors de mon arrivée à la cour lors d’une réception nocturne. Mon apparence était bien différente alors et je n’aurais jamais osé penser que quiconque ait pu se souvenir de moi. Pour dire vrai, je suis flattée que vous vous rappeliez de moi, madame la baronne et je puis vous assurer que vous n’avez à aucun moment ramener votre question à vous. La pluie m’a effectivement conduite ici. Cela peut sans doute vous sembler stupide mais, sans être nullement superstitieuse, la pluie m’est assez désagréable, je la trouve sinistre. Elle est synonyme pour moi de bien mauvais souvenirs. Mais, si je puis me permettre de poser cette question sans vous paraître importune, la pluie a-t-elle également guidé vos pas vers ce lieu ?


Estelle se tut soudainement. Elle avait laissé cours à sa panique et avait fissuré son masque serein. Il s’agissait de la première fois où cela lui arrivait et elle baissa ses yeux vers ses mains pour qui elle sembla éprouver un soudain et brusque intérêt. Les pommettes encore rougissantes de honte, elle se sentit mal. Comment quiconque voudrait l’approcher après ce mouvement du cœur ? Sans réfléchir, elle avait répondu paniquée et de vive voix, en se voulant rassurante et en souhaitant dissiper tous malentendus elle s’était montrée d’une franchise d’une vulgarité sans noms. Nul doute que tous allaient la prendre pour une enfant folle, extravertie et stupide après cet accident. Elle ne pouvait se pardonner la manière dont elle avait répondu. Mais possédait-elle bien un cerveau par tous les dieux ? Elle en venait à en douter profondément. S’arrachant enfin à la contemplation de ses mains, elle tourna son visage encore rougissant d’embarras vers son interlocutrice et tentant de faire oublier son manque de politesse avec une question, n’osant toujours pas regarder la baronne dans les yeux, toute honteuse qu’elle était de ses paroles irréfléchies. Elle lui dit d’une voix encore embarrassé, inclinant la tête en un signe d’excuse et de repentis :


-Je vous prie d’excuser mon manque de manière concernant la réponse à votre question, je crains d’avoir fait preuve d’une ignoble impolitesse. Je suis navrée si je vous aie offensée bien que je le comprendrais parfaitement. Je ne peux, devant ma réponse cavalière que prier pour que vous puissiez me pardonner, madame la baronne. Je suis sincèrement désolée.


Elle était sincère. Elle s’en voulait tant d’avoir proférer cette réponse si impolie qu’elle entendit ses remords résonner dans sa voix. Ne cesserait-elle donc jamais de proférer les pires bêtises ? Elle ne savait plus ce qu'elle disait. De sa bouche ne semblait sortir que des propos stupides et naïfs. S'excuser ainsi risquerait de la faire passer pour une oie blanche criarde et ridicule. En écoutant ses propres piaillements, elle avait peine à croire que c'était sa bouche qui les avaient prononcés.C'était à croire à l'entendre qu'elle n'était pas saine d'esprit. Elle détestait cela. Sous le coup de la panique qui s’était emparée d’elle, elle avait même perçu un soupçon de l’accent italien qu’elle avait pourtant cru avoir perdu il y a des années, bien avant la mort de son père. Inquiète, elle attendit la réponse de la baronne sans même oser lui jeter un simple coup d’œil furtif. Depuis son arrivée à la cour, c’était la première fois qu’elle se retrouvait ainsi prise en défaut. Elle n’avait jamais laissé son vernis se rompre ni même se fragiliser et il avait fallu que cela ait lieu avec une baronne connue et respectée. Jetant un regard couroucé au ciel grisâtre qui semblait se rire d'elle et de ses faiblesses, elle frissona sous l'agressive morsure du froid qui semblait avoir pénétré jusqu'au lieux les plus isolés. La pluie ne lui avait décidément toujours attiré que des malheurs, de la mort de son père à ce jour. Plus le temps passait et moins elle apréciait cet humide caprice naturel dont le vent glaçant s'insinuait tel un ignoble serpent vorace autour de son pâle corps menu. Resserant sa robe autour d'elle dans l'espoir que ce fait puisse la réchauffer un tant soit peu, elle baissa enfin les yeux vers la baronne aux yeux émeraudes attendant la réponse, la craignant. Mais tel dans un mauvais rêve, elle se doutait d'avance de la triste fin pourtant inévitable et elle entendait presque déjà sa jeune interlocutrice la regarder froidement, une étincelle de mépris dans les yeux et lui expliquant que personne ne méritait de subir les paroles impolies de la marquise. Mais au fond, que craignait elle donc ? Pourquoi donc lui importait-il de ne pas passer pour une écervelée aux yeux de la baronne ? Etait-ce à cause du pouvoir qu'elle risquait de perdre ? Sans doute non. Quelques sourires suffiraient à faire croire à un malentendu à tous ces nobles aveuglés par les apparences. Oui, pourquoi s'en souciait-elle ? Elle n'en avait pas la moindre idée, force lui était de l'admettre, pourtant, ce phénomène, bien plus que de l'intriguer la contrariait au plus haut point. Elle était bien décidée à comprendre au plus vite ce nouveau sentiment qui l'inquiétait. Dusse t-elle en payer le prix, ainsi soit-il. La curiosité chez elle l'emportait toujours.


[Aucuns problémes au sujet du temps de réponse, un cours de math ou de physique n'aide sans doute pas à trouver de l'inspiration ^^]
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MessageSujet: Re: Parlons un peu sous la pluie !   Sam 10 Déc - 17:51

~Les manières hautaines et les agissements ne devraient porter sur un quelconque jugement.~


Le tintement de la pluie retentissait comme un contraste tant on l’associait avec froideur et tristesse dans la plupart des cas, car la chaleur qui régnait dans la pergola n’était que plus présente et Mary Ann dut bien se résoudre à utiliser son éventail même si cela lui paraissait comme un geste puéril et incongru. N’importe quel faible esprit acheminerait un lien entre cet instrument et les soirées mondaines, rabaissant la baronne a une simple vulgaire spectatrice de la cour, qui condamnée par l’excès d’hypocrisie contagieux en ces lieux, ne serait qu’à tout jamais liée par les préjugés sur son titre. Elle espérait que la marquise – car oui, maintenant qu’un nom lui avait été ramené à la mémoire, elle pouvait prétendre que la jeune femme se trouvait bel et bien à ce titre. – ne s’arrêterait pas à ses préconçus pour s’établir une idée sur la baronne. Celle-ci se faisait des cas parfois avec si peu que ces inquiétudes étaient vaines et presque amusantes pour la moindre personne extérieure, mais bon, sa conscience la dictait ainsi. Comment aurait-elle pu se changer ? Elle possédait un esprit averti, mais si déplacé parmi tous ces concepts à retenir sur la façon d’être, alors elle tentait inutilement, la plupart du temps, de ne rien laisser à l’erreur même si cela semblait de la pure délusion. La preuve était faite qu’un simple éventail parfaitement anodin pouvait semer à ce point des doutes sur ce qu’elle laissait paraître. Enfaîte, ce que les gens pensaient d’elle ne l’importunait que trop peu, mais ce qu’ils comprenaient réellement d’elle ne lui faisait que trop craindre. Elle préférait avoir un contrôle sur tout, ne donnant que ce qu’elle voulait bien faire valoir d’elle-même à son entourage.

Justement, quelle attitude devait-elle précisément adopter devant la jeune femme ? Son comportement tout sauf hostile lui inspirait une vague confiance bien que frémissante et à peine naissante. Cependant, elle se doutait fort bien qu’il ne pourrait s’agir que de vulgaires artifices. Il était si facile de tromper l’ennuie en recherchant la compagnie du premier venu, en se faisant passer pour quelqu’un d’aimable, alors que l’attention qu’on porte sur cette personne n’a pour but que de calmer nos ressentiments face à notre autosuffisance habituelle. Mary Ann avait déjà connaissance d’êtres aussi méprisable que vils qui appréciaient tirer profits de ce genre de situation. Jusqu’à quel point quelqu’un peut-il manipuler son entourage, s’accordant lui-même des faveurs, avant de n’être capable d’observer son reflet dans la bassine le matin ? Un nom trottina sournoisement dans les méandres de son esprit tel un insecte tenace malgré tous ses efforts pour le repousser. Elle alla jusqu’à le comparer à un mauvais rêve éveillé ; Frank…Il y avait eu bien des nouvelles lunes depuis sa dernière mise en garde insérée dans enveloppe aussi jolie que fourbe était son contenu. Des menaces et de la vilenie, c’est homme possédait-il quelconque limite ? Repoussait-il ou ignorait-il le jour où il devrait remettre ses actions devant le Seigneur lui-même ? La baronne trouvait que la situation effleurait les voies de l’injustice. Après tout, lui choisissait lui-même son chemin de cruauté, dépassant les limites de la rédemption et, elle, elle avait été damnée dès sa naissance ; l’appel de la lune martelant sa chair inlassablement et sans aucune possibilité d’échappatoire. Étant la digne, mais plaidable fille de mordus, elle ne pouvait que répondre à des instincts dont elle ne se doutait même pas les origines. Quelle situation à l’humour noire. Un oncle qui se vautre dans une luxure semblable à la débauche, n’ayant que pour seule ambition de lui demander sa main et une nièce qui lutte pour le salut de son âme et pour honorer la mémoire de son respectable père. Elle se retint de rire pour ne pas apeurer la marquise. Celle-ci finirait par quémander des explications si la baronne s’esclaffait pour aucune raison apparente et Mary Ann ne tenait pas à s’empêtrer dans des réponses inutiles et qui ne la concernaient qu’elle et elle seule.

Le silence, bien qu’il ne fût pas des plus pesants, commençait à se faire sentir et elle tourna la tête vers sa compagne. Son regard ne paraissait-il pas plus grave et solitaire que tout à l’heure ? Non, ce n’était sûrement que cette pluie brumeuse qui lui jouait encore de vilains de tours. Tout semble morne sous une mauvaise température et elle n’était pas la première à penser cela. Mary Ann vue des rougeurs habiter pendant un cours instant les joues d’Estelle avant de disparaître aussitôt. Elle s’en voulut de la mettre mal à l’aise, mais à force de ne côtoyer des marins, elle adaptait des manières plutôt rustiques. Il lui était, parfois, difficile de camoufler les origines de bas-monde de sa famille. Si elle était une génération ou deux avant, elle n’aurait jamais pu connaître les doux jardins royaux et on l’aurait sans doute chassée sans ménagement si elle avait osé mettre un seul pied dans l’enceinte du château. C’est fou ce qu’un pécule quelque peu imposant pouvait changer dans une vie. La voix de la marquise attira son attention. Mary Ann perdait vite le sens de la réalité lorsqu’elle commençait à divaguer dans son esprit. C’était l’attitude rêveuse attribuée à ceux qui passaient leur vie sur la mer. Était-ce basé sur un maigre préjugé ou une véritable réalité bien fondée ? La fille du capitaine ne saurait le dire. Peut-être aussi était-ce dut par la solitude si souhaité des derniers jours ? On aurait dit qu’elle était bien incapable de se concentrer sur quoi que ce soit. Elle pencha la tête vers la jeune femme pour mieux saisir ses paroles à travers le vacarme de ces larmes du ciel, s’écrasant sur le sol pour nettoyer la terre de ses péchés. Enfin, c’est ce que racontait Nanie. La baronne était bien la dernière personne qui se risquerait à mettre en doute les croyances de la vieille gouvernante. Autant s’avouer vaincu à l’avance et éviter une lutte impossible. Pour celle qui avait élevé Mary Ann comme sa propre fille, la foi était quelque chose d’irréfutable et d’irrévocable. Il fallait agir selon ce que le Tout Puissant nous enseignait. Allez savoir comment elle faisait pour vivre avec des lycans, mais ce qu’elle ne savait pas ne pouvait l’atteindre…en espérant qu’elle ne sache rien.


« Nous nous sommes effectivement croisées il y a trois ou quatre ans lors de mon arrivée à la cour lors d’une réception nocturne. »

La baronne croisa les mains comme à chaque fois qu’elle réfléchissait. Il y a trois ou quatre ans ? Cette période était fort troublée dans sa mémoire. Après tout, son père avait été déclaré perdu en mer et elle se retrouvait à la tête d’une importante compagnie sans avoir aucune épaule sur laquelle s’appuyer. Pour dissimuler sa tristesse et rongée par le malheur, elle avait préféré rester à l’écart de toute haute-société. Celle-ci ne lui aurait été d’aucun secours pour se remettre d’un si grand chagrin. Ce n’était pas que les condoléances de la riche noblesse l’offusquaient, mais leurs mots étaient si futiles. Pouvaient-ils ramener son père ? Non pas du tout. Alors pourquoi les entendre encore et encore si ce n’était que pour faire saigner son cœur à chaque fois ? Pourtant, la marquise affirmait qu’elles s’étaient rencontrées à l’une de ces soirées. Mary Ann essaya de rassembler ses souvenirs vagues et dispersés. Avait-elle croisé dame Lorena en compagnie de sa nièce lors de sa période deuil ? Un éclair de lucidité la saisit d’une manière inattendue ! Bien sûr ! C’était à une de ces mondanités qui lui avait semblé impossible à éviter, car elle devait renouer avec d’anciens contacts ou plutôt clients de son père. Cela avait été une vraie cérémonie de présentations et de gentilhomme cherchant son attention. Elle avait effectivement croisé la distinguée dame Antoweif et sa nièce, Estelle Antoweif bien que cette dernière eut évolué d’une manière surprenante. L’image qu’elle gardait en mémoire était loin d’être celle qu’elle avait aujourd’hui sous les yeux, mais si sa mémoire n’avait pas été altérée par le temps, la marquise, elle aussi, venait à peine de relever d’un deuil. Mary Ann n’avait pu refouler un élan de sympathie pour une cadette qui vivait le même drame qu’elle. Elle avait laissé de côté sa résolution de ne pas se mêler volontairement aux autres pour venir témoigner aux endeuillées ses regrets qu’elle espérait sincères.

« Je me rappelle. Ce n’avait pas été une des soirées les plus heureuses de ma vie et pour vous non plus, j’ose avancer. Je peux vous dire, sans fausse modestie, que votre apparence n’était que des plus normale vue les circonstances. Moi-même, j’aurais laissé de côté mes manières et l’habillement si obligé pour m’éloigner de tout attroupement si ce n’avait pas été mes devoirs vis-à-vis ma compagnie qui m’y obligeaient. Voyez-vous, j’affrontais comme vous la perte de mon père, ma seule famille encore vivante dans mon cœur. Je n’ose affirmer que ma douleur soit égale, moindre ou supérieure à la votre puisqu’on ne peut comparer ce genre de choses, mais j’admirais votre volonté face à tant de condoléances dépourvues d’intérêt. »

Mary Ann s’arrêta quelques instants pour cogiter sur ses propres paroles. Elle ne devait pas s’aventurer dans un terrain dangereux, mais la discussion était agréable en ce jour qui avait si mal commencé. Elle profita de la diversion de la demoiselle Estelle sur la pluie. De bien mauvais souvenirs ? Il est vrai qu’on associait rarement la pluie avec une joie intense et la baronne décida de ne pas creuser trop loin au risque de véritablement blesser sa compagne. Tout naturellement, elle songea qu’elle n’avait aucun recul devant la possibilité de raconter ses mésaventures de la journée. Après tout, une fois les actes tournés au ridicule, elle pourrait en rire et alléger sa frustration qui enserra sa poitrine tel un étau.

« À vrai dire, on rendez-vous d’affaires m’a conduite au château, mais j’ai découvert que mon demandeur avait conçu une fourberie pour me tromper afin que les termes du contrat soient à son avantage seulement. Ce qui me révolte le plus, c’est qu’il ait engendré ce plan regrettable dans l’idée fixe qu’il allait fonctionné sur le seul résonnement que j’étais une femme donc incapable de toute réflexion ou intelligence. N’y a-t-il plus insipide comportement ? Outrée, j’ai échoué dans les jardins royaux pour calmer ma colère qui m’empêchait de voir la situation clairement et je me suis retrouvée sur une averse. La pergola me semblait le meilleur endroit pour me dissimuler aux intempéries de la nature. »

La baronne hocha la tête à la suite de ses dires et un sourire se forma même sur ses lèvres à la suite. Elle écouta attentivement les excuses de sa comparse. Elles étaient bien inutiles. Ce n’est pas Mary Ann qui allait refréner qui que ce soit de dire ce qu’il avait à dire. Elle qui passait son temps sur les ponts des bateaux les plus achalandés par des marins qui juraient et criaient à tout temps. De plus, elle n’était pas de la plus haute noblesse et c’est elle qui se devait d’être respectueuse envers la marquise et non l’inverse. Elle sourit à nouveau en entendant un accent naître dans l’énervement de la demoiselle Estelle. Elle ne sut avancer avec exactitude d’où pouvait en être l’origine. Elle-même possédait un léger accent anglais qu’elle ne cherchait guère à dissimuler. Il ne lui servait en rien à réfuter ses ancêtres. La jeune femme chercha à rassurer son interlocutrice :

« Ne vous excusez pas ma chère et appelez moi Mary Ann ou lady Mary Ann selon vos principes. Madame la baronne me fait vieillir de plusieurs années sans que je m’en aperçoive. Elle rit doucement. Nous ne somme s pas en présence d’une cour, nous n’avons pas à surveiller notre langage à tout bout de champ. À quoi bon avoir une discussion si elle ne peut avoir le plaisir de la spontanéité ? Je ne vous jugerai pas si vous donnez votre opinion, car je paraîtrais bien revêche et maussade. »

Elles ne se trouvaient pas dans un de ces bals distingués où chaque invité lorgnait l’autre et donnait un poids à chaque parole. Mary Ann avait finalement conclu à arrêter toutes manières qui ne servaient à rien, car elles ne faisaient que donner une certaine froideur à leurs propos.
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MessageSujet: Re: Parlons un peu sous la pluie !   Sam 24 Déc - 17:46

La pergola gagnait en chaleur à chaque minute qui passait. Estelle se préparait toujours à recevoir un flot de réprimandes mais malgré tout ce qu’elle avait imaginé et craint au sujet des réactions de la baronne, celle-ci n’eut aucunes de celles qu’elle avait présagées. Elle s’était relâchée, oubliant que à la cour, rare étaient ceux qui étaient sincères à l’image de sa tante à laquelle elle songea avec amertume. Que pouvait-elle donc bien faire chez cette personne autour de qui elle avait fait tant de manière et de secret ? Estelle n’avait pas l’habitude d’être ainsi mise à l’écart par Lorena et elle en était quelque peu vexée. Estelle n’habitait pas exclusivement chez sa tante, elle y allait juste de temps à autre quelques jours. Elle avait tenu à ses 19 ans à utiliser l’appartement qu’on lui avait attribué au palais, ayant par trop l’impression qu’elle était dépendante de sa tante. La voix de la baronne l’interrompit de nouveau et bien que celle qui lui faisait face ne puisse les voir, ses joues se teintèrent de nouveau d’une belle couleur pivoine. Toute perdue dans ses esprits qu’elle était, elle en avait oublié le plus important, la baronne Mary Ann Wickford qui était justement en train de lui parler.

« Ne vous excusez pas ma chère et appelez moi Mary Ann ou lady Mary Ann selon vos principes. Madame la baronne me fait vieillir de plusieurs années sans que je m’en aperçoive. Elle rit doucement. Nous ne somme s pas en présence d’une cour, nous n’avons pas à surveiller notre langage à tout bout de champ. À quoi bon avoir une discussion si elle ne peut avoir le plaisir de la spontanéité ? Je ne vous jugerai pas si vous donnez votre opinion, car je paraîtrais bien revêche et maussade. »

Estelle releva la tête à l’annonce de ces mots, sur le visage de celle qui venait de dire ces mots, nulle moquerie, nulle ironie, juste un sourire. Il lui sembla soudain qu’un énorme poids s’était enfin soulevé de sa poitrine et qu’elle pouvait de nouveau respirer convenablement. La jeune marquise sourit à son interlocutrice et lui répondit de la manière la plus spontanée et sincère qui lui vint à l’esprit :

-En ce cas, Mary Ann, je me dois d’être en accord avec vous au sujet du goujat qui vous a fait vous isoler dans cette pergola. En toute franchise, ce genre de comportement me révulse au plus au point et me semble être le comble de l’impolitesse et de la grossièreté. Je me dois de reconnaître que les hommes sont connus pour être physiquement bien plus forts que les femmes et que c’est souvent le cas –certaines exceptions mises à part bien entendu. Le drame est sans doute de là. Certains hommes sont si surs d’eux qu’ils refusent de voir que les femmes ont une égale intelligence. Leur égo refuse sans doute de le voir. J’aimerais mépriser ce genre d’individus mais ils me font surtout pitié. Leur besoin de supériorité les rend –à mon avis- tout à fait ridicules.

En tenant ce discours, la marquise s’était enflammée. Elle s’était exprimée on ne peut plus franchement. Ce genre de comportement lui semblait si petit, si stupide qu’elle ne pouvait que plaindre ceux qui en usait. Elle en avait déjà vu, des clients qui tentaient de les réduire au silence par des menaces à peine voilées. Inutile de dire que cela n’avait jamais eu aucune chance de fonctionner pour diverses raisons qu’elle se garderait bien d’énoncer à la baronne assise en face d’elle. Elle ne se voyait décemment pas dire avec un grand sourire qu’elle était le rejeton d’une vampire et d’un humain, une infante, cela ne lui paraissait guère faisable. Tout d’abord parce qu’elle ne l’aurait jamais crut et ensuite parce qu’elle aurait du la tuer pour garder le secret. Une perspective qui n’était pas vraiment le comble de son plaisir. Elle avait déjà du tuer mais elle n’y avait jamais pris plaisir. Son père avait réussi à lui faire apprendre le respect de la vie d’autrui.

-Lady Mary Ann, si je puis me permettre de poser cette question sans paraître indiscrète, de quelle manière cette homme a-t-il tenté de vous faire faire ce contrat si inégal ?

C’était-là de la simple curiosité, puisque la baronne l’avait invitée à se montrer sous son véritable caractère, elle allait s’en faire un plaisir. Elle ne ressentait aucune animosité envers la baronne et si abuser des personnes haïssables l’amusait, ce jeu ne l’intéressait plus dès lors qu’il s’agissait d’une personne aimable envers laquelle elle n’avait aucuns mauvais sentiments. Ses sentiments envers la baronne étaient mitigés. Elle se sentait d’une certaine façon proche d’elle puisqu’elles avaient du faire face au même drame et d’un autre côté, elle ne pouvait s’empêcher de se méfier. L’expérience lui avait appris que la gentillesse ne faisait pas partit des valeurs morales instruites à la cour. On y apprenait surtout la tromperie, la dissimulation et l’art des sous-entendus. Elle se dégoutait parfois, désirait s’enfuir hors de ce monde de trahisons et de faux semblants tout en sachant qu’elle en était incapable. Elle ressentait un certain soulagement à arrêter de faire tant de manières. Ce n’était pas dans sa nature et elle ressentait un soupçon de culpabilité à tromper ceux qui de toute évidence ne cherchaient pas à tromper. Aux robes immenses dans lesquelles elle bougeait difficilement et avec lenteur elle préférait de loin les robes plus simples, peu décorées.

Le vent souffla et la pluie redoubla d’intensité. Poussée là par la brise, une rose tomba sur ses genoux. Elle la prit et la posa sur le décolleté de sa robe. Elle était plus calme. La sérénité était de retour sur ses traits. Elle se demandait combien de temps la pluie allait durer. Isolées qu’elles étaient dans la pergola, elle avait l’étrange impression de se trouver bien loin de l’emprise du temps, presque dans un autre monde. Elle ne distinguait plus rien à travers la pluie. Le monde semblait avoir entièrement disparu sous un voile brumeux. Elle lissa machinalement ses cheveux vers l’arrière que l’humidité avaient rendus humides. Quand elle rentrerait dans ses appartements, elle prendrait un bain, puis elle mangerait. Elle ressentait de manière totalement et brusquement incontrôlable une envie de sucré. Elle espérait juste que la pluie se calmerait avant que son estomac ne pousse un grognement de révolte qui ne serait sans doute pas des plus élégants et la gênerait affreusement. Elle parvenait presque à ressentir la douce torpeur dans laquelle la plongerait l’eau chaude. Elle imaginait déjà le thé qu’elle boirait après le bain, au jasmin, un pur délice. Le vent la fit revenir au présent et elle secoua sa tête, comme pour se réveiller. Son absence n’avait pas durée plus de deux ou trois secondes et elle ne serait sans doute pas remarquée par la baronne qui amorçait la réponse à la question qu’elle venait de poser.

[Desolé pour la longueur]
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